Dr Abdelhamid Maghrebi, expert international en environnement : Le marché du carbone est devenu une réalité





Le marché du carbone constitue aujourd’hui une réalité palpable.


Il représente une opportunité de taille aussi bien pour les pays industrialisés que pour les pays en voie de développement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et tirer des profits substantiels. Le Dr Abdelhamid Maghrebi, expert international en environnement, actuel directeur de la Stratégie et du Développement à Qatar Petroleum et ancien Directeur de l’Observatoire National de l’Energie au ministère de l’Industrie et de l’Energie, explique les enjeux de cette nouvelle économie.


 


En quoi consiste le marché du carbone ?
Il convient de noter tout d’abord que la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, adoptée au Sommet de la Terre à Rio en 1992, a engagé la communauté internationale (189 Etats ont adhéré à cette convention) dans la lutte contre l'augmentation de l’effet de serre en posant notamment comme objectif général de parvenir à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre (GES) à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique. Ce phénomène, décelé dans les années 80, est jugé de plus en plus préoccupant par les rapports successifs du Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Evolution du Climat (GIEC) dont la quatrième édition sera publiée au cours de cette année.


Le protocole de Kyoto, adopté en 1997 et ratifié à ce jour par 161 pays, est venu renforcer les dispositions de la convention. Il impose notamment aux pays industrialisés - dits de «l’annexe 1» - des objectifs contraignants de réduction de leurs émissions de Gaz à Effet de Serre (CES) qui correspondent à une réduction moyenne totale de -5%. Les pays en développement, exemptés à ce stade d’objectifs contraignants, sont encouragés à réduire leurs émissions sur la base du principe de «responsabilité commune mais différenciée» agréé à Rio en 1992. Pour atteindre leurs objectifs, les pays industrialisés doivent donc mettre en œuvre des politiques nationales de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Si celles-ci se révèlent insuffisantes, ils peuvent recourir à trois mécanismes à savoir les «permis d’émission» qui permettent de vendre ou d’acheter des droits à émettre entre pays industrialisés, la «mise en œuvre conjointe» (MOC) qui permet, entre un pays développé et un pays dit «à économie de transition», ayant des engagements de maîtrise ou de réduction de leurs émissions de GES sur la première période de mise en œuvre du protocole de Kyoto, de procéder à des investissements visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre en dehors de leur territoire national et de bénéficier des crédits d’émission générés par les réductions ainsi obtenus et enfin le «mécanisme de développement propre» (MDP), proche du dispositif précédent, à la différence que les investissements sont effectués par un pays développé ayant des engagements quantitatifs de réduction au titre du protocole dans un pays non soumis à de tels engagements, c’est-à-dire essentiellement dans un pays en développement.


 


Le marché du carbone, est ce une utopie ou une réalité palpable ?


Le marché international du commerce de carbone, qui permet aux pays industrialisés d’acheter et de vendre des crédits d’émissions entre eux, est devenu une réalité légale et pratique.


Le marché des crédits provenant des mécanismes de flexibilité est en plein développement. Le montant de projets enregistrés par le Conseil exécutif du mécanisme de développement propre (MDP) s’élève à 675 et a généré à ce jour 49,8 millions de crédits carbone ce qui vaut environ 500 millions d’euros par an (1 t CO2 vaut 10 euros aujourd’hui et pourrait atteindre 30 à partir de 2008). En un mot, une nouvelle économie est née.


 


Plus concrètement, sur quel principe reposent les mécanismes du marché du carbone pour les pays en développement ?


Le principe consiste à investir dans les projets et à récupérer la mise à travers des contrats d’achats de crédits ERPA (Emission Reduction Purchase Agreement) entre l’investisseur et le propriétaire du projet (Développeur). L’avantage pour les pays en développement où le projet est réalisé est d’éviter de mobiliser des ressources budgétaires supplémentaires pour des projets qui ont de toutes façons un intérêt économique et stratégique certain. C’est le cas des projets des énergies renouvelables qui constituent pour certains pays un pilier important de la politique énergétique.


 


Comment, d’après-vous, la Tunisie pourrait-elle tirer profit du marché du carbone ?


Ce que je viens de préciser pourrait s’appliquer parfaitement à la Tunisie dont la politique énergétique repose en plus du développement de l’exploration et la production des hydrocarbures, sur la maîtrise de l’énergie et le développement des énergies renouvelables. La maîtrise de l’énergie est une activité très vaste qui couvre tous les secteurs d’activités économiques et sociales.


Certains projets de maîtrise de l’énergie ou d’efficacité énergétique génèrent des réductions d’émissions de CO2. La même chose s’applique pour les projets d’énergie solaire ou éolienne ou autres renouvelables puisque ces projets viennent en remplacement d’autres projets consommant du pétrole ou du gaz et générant de l’électricité.


Donc, de tels projets en Tunisie sont nécessairement éligibles au pré-financement à travers les crédits de CO2. Une telle approche pourrait être pratique et réalisable sans avoir à rajouter d’autres aspects réglementaires, car les programmes sont connus sur le court et moyen termes et la réglementation nationale est déjà adaptée à une telle approche soit au niveau de l’investissement ou au niveau de la réalisation. Le programme présidentiel pour le développement des énergies renouvelables pourrait bénéficier de cette approche. Dans le même temps, cela cadre parfaitement avec l’agenda national du développement durable.


 


Entretien réalisé par

Lotfi TOUATI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com