Les jeunes et la crise de l’adolescence : Il vaut mieux prévenir que guérir !





L’adolescence est considérée comme l’époque de l’instabilité.


Une phase de la vie où les troubles semblent inévitables. C’est d’ailleurs durant l’adolescence que les conflits entre les générations atteignent le sommet. Pourquoi? Comment peut-on expliquer ce malaise ? Et est-ce qu’on peut gérer ce mal d’être ?


Tunis-Le Quotidien


Dans l’organisme d’un adolescent surviennent des transformations subites et rapides qui peuvent provoquer un déséquilibre endocrinien. Ce déséquilibre donne naissance à un tempérament instable. Les transformations physiques se heurtent avec la construction émotionnelle et mentale. Ce déphasage est à l’origine du premier malaise d’un adolescent. Presque du jour au lendemain, la jeune fille voit sa poitrine se développer, son bassin s’élargir et les regards de la gent masculine «soudainement» attirés vers elle. Sauf que, cette petite fille tient toujours à garder ses nounours pour dormir. Elle aime toujours jouer avec ses poupées et elle adore encore se pencher sur papa pour lui faire un grand câlin. Ce papa-là, d’un côté épuisé par le travail, de l’autre trouvant incorrect que sa fille pubère se colle encore à lui, la repousse. Idem pour un garçon qui retrouve pleins de boutons ingrats sur le visage et des poils superflus pousser de partout et qui en quelques jours voit sa petite voix infantile se transformer en une voix grave. Ce garçon a besoin de comprendre ce qui se passe. Premier refuge : il court vers maman ! Que cherchent ces pubères chez leurs parents ? Au fait, ils ne demandent pas l’impossible, ce dont ils ont besoin, c’est d’être rassurés et de se sentir toujours aimés même s’ils changent d’apparence. Ils ont également besoin d’un peu de temps pour se familiariser avec ce nouveau physique. De l’autre côté, les parents passent pratiquement cette phase sous silence. Ils accordent peu d’attention à ce malaise difficilement vécu par les pubères. Généralement, les parents se contentent de quelques phrases standard du genre: «arrête de me coller comme ça, tu n’es plus une petite fille maintenant»  ou du genre, «mon fils s’il te plaît je suis épuisée après une journée de travail et puis tu as dépassé l’âge du jeu. ?a ne te convient plus de me coller ainsi»… Il y a hic ! Que va ressentir cet enfant ? Qu’il commence à grandir ? Non ! Il se sentira incompris, détesté, repoussé sans en comprendre la raison. Il cherchera une autre valeur refuge, outre ses parents qui le comprennent mal et qui le…maltraitent ! Sauf qu’au bout de quelques temps, ce pubère arrive à se familiariser avec ce nouveau corps, il admet justement qu’il a grandi. Sauf qu’il veut faire un saut pour pénétrer dans le monde adulte. La réalité, c’est qu’il est en train de grandir. Mais il n’a pas la faculté de le comprendre. Il n’admet qu’une chose : je ressemble à mon père ou à ma mère, j’ai donc grandi et je vais me comporter en conséquences. C’est à eux maintenant d’admettre que je vole de mes propres ailes ! Or, un parent essayera à ce moment précisément de reprendre la situation en main, il craint de perdre le contrôle, il craint qu’on le démissionne de ses fonctions autoritaires et de sa tutelle de parent. Mais l’adolescent tient à prouver qu’il n’en a plus besoin. Il tient à affirmer son existence en tant qu’être humain affranchi, capable de s’assumer et là, bonjour les dégâts…


 


Karim, 17 ans, confirme ce constat. Le jeune homme se souvient de ses initiatives ratées pour se rapprocher de ses parents il y a trois ans. «Je pense que le pire des âges c’est d’avoir entre 12 et 14ans. A cette époque, mon père refusait de jouer avec moi comme il le faisait avant. Même les trucs ou, disons, les bêtises que je commettais et qui le faisaient rire n’étaient soudainement plus drôles ! Il n’arrêtait de me dire que j’ai dépassé l’âge de jouer avec lui et que je devais me comporter en homme ! J’acceptais mal cela parce que j’avais encore besoin de jouer, de faire rire mes parents lorsque je faisais l’intéressant, mais j’étais tout le temps critiqué. Il y avait un décalage entre ce qui se passait dans ma tête et ce qui existait réellement. Ensuite, lorsque je me suis rendu à l’évidence que j’ai vraiment grandi comme ils le disent et lorsque j’ai essayé de me comporter en homme comme ils me l’ont prescrit, j’étais critiqué de manière plus rude! Là, le discours a basculé de «arrête tu as grandi pour faire ceci ou cela», ou «tu es encore trop jeune pour faire ça». Il fallait savoir, je suis petit ou grand ? Les parents ne te donnent que ce que eux ont besoin de donner et notre âge n’est qu’un alibi».


 


Saïf, 16 ans, ne semble pas avoir quelque chose à signaler. Le jeune homme gère assez bien sa crise d’adolescence. «J’ai peut-être la chance d’avoir des parents très disponibles et très communicatifs. Nous avons toujours maintenu le canal de la communication. Je vis loin de mes parents et c’est ce qui rend les choses plus faciles. Il n’y a pas de tension et lorsqu’il y a un problème, on discute et les choses reviennent à l’ordre. Je me sens bien dans ma peau et je sais que je suis en train de grandir et qu’il faut me montrer responsable pour mériter d’être traité en tant qu’être mûr et réfléchi», conclut-il.


 


Houssem, 16 ans, n’a pas eu autant de chance avec les siens. Le jeune homme trouve que tout marche toujours de travers. «Lorsque j’étais enfant et jusqu’à l’âge de la puberté, j’avais vraiment besoin de mes parents, de leur présence, de parler avec eux de partager avec eux tout ce qui me passe par la tête. Or, ils étaient toujours occupés. On me disait sans cesse : s’il te plaît pas maintenant, nous sommes épuisés et puis, il faut que tu apprennes à compter sur toi et à trouver seul des solutions à tes petits bobos. Face à ces rejets répétitifs, je me sentais mal aimé ou peut être non aimé. Personne ne me comprenait. Je me suis donc mis à chercher une ouïe attentive ailleurs. Les copains me comprenaient beaucoup plus. Là, mes parents se sont mis à s’intéresser à moi ! Et paradoxalement, c’est eux qui essayaient de me parler de savoir ou j’en suis…Mais c’est trop tard, ce n’est pas à eux que je vais me confier. Pour eux, je deviens trop petit pour prendre des initiatives, pour sortir ou pour choisir seul ce qui me convient. Mais n’est-ce pas ce qu’ils ont toujours voulu ? Ils voulaient avoir la paix et mes problèmes pour eux étaient futiles et maintenant que je gère seul ma vie, ils manifestent de l’intérêt et même si je ne cache rien, je représente toujours pour eux un mystère», dit-il.


 


Moez, 21 ans, pense que tout est une question d’éducation. Le malaise d’un adolescent est selon lui à prévenir dès l’enfance. «Si un enfant sait qu’il n’a toujours rien à craindre, s’il a pris l’habitude d’être écouté et compris sans être critiqué et s’il a reçu l’affection et l’amour dont il a besoin, il passera cette crise de manière bénigne. En revanche, s’il a été puni souvent et si ses parents le critiquent depuis l’enfance et lui donnent systématiquement des ordres sans le laisser s’exprimer, il sera frustré et les conflits seront inévitables. De plus, il vivra mal son adolescence parce qu’il n’est jamais assez rassuré».


 


Montassar, 20 ans, pense que la crise d’adolescence peut être gérable mais elle reste inévitable. «C’est une phase par laquelle on passe tous, il n’y a pas de recette à suivre pour que cette crise n’aie pas lieu. En revanche, les parents peuvent réduire ce malaise s’ils préviennent cela avant l’âge de l’adolescence. Il faut que le dialogue soit omniprésent et il faut se sentir toujours aimé et protégé quelles que soient les conditions. Il faut bannir également le langage des tabous, des interdits, des ordres et des sermons…cela ne sert qu’à compliquer les choses».


 


Saïfeddine, 22 ans, dit que cela se joue dès l’enfance. «On ne peut pas éviter une crise d’adolescence, mais on peut la minimiser. Il est impossible pour un enfant qui a eu l’habitude d’être critiqué et qui n’a jamais été écouté comme il se doit et qui ne sent pas que ses parents l’aiment assez ou qu’ils lui accordent tout l’intérêt qu’il sollicite de  pouvoir gérer les pulsions si fortes de l’adolescence ! Pour diminuer les risques, les parents doivent toujours être disponibles pour leurs enfants même s’ils sont débordés par le travail ou les problèmes. Le problème est beaucoup plus grand qu’on ne le pense ! Un enfant qui a l’impression de ne pas être aimé convenablement risque de se transformer d’enfant docile, calme et très sage en adolescent incontrôlable et il peut même basculer dans la délinquance. C’est une sorte de vengeance  contre des parents qui n’ont pas été là au moment opportun et une manière de les punir pour leur absence et leur incompréhension. Cela peut également être pour eux l’unique moyen d’attirer vraiment leur attention. Donc ce sont les parents et eux seuls qui peuvent prévenir cette crise et faire en sorte qu’elle soit agérable».


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com