Fahrenheit 451 : Lire en art…





Avant-hier au soir, le tout Tunis artistique et culturel a débarqué à Carthage.


 Et pour cause: enfin une librairie sur la terre de Didon. Et quelle librairie!


 


Sur le marque-page offert à la  caisse par Fahrenheit 451, espace fait avec art et intelligence, inauguré à Carthage mercredi 11 juillet 2007 en présence d’un monde fou (du jamais vu de mémoire de journaliste), on lit: «Lire, c’est aller à la rencontre d’une chose qui va exister», tiré du délire magique du poète de Turin (dans la Botte italienne), Italo Calvino, né à Cuba en 1923 et enterré chez ses ancêtres les Romains dans les années 1950.


Ces expressions veulent tout dire (ou presque) sur la ligne éditoriale de ce bijou qui vient d’illuminer,  pas seulement Carthage (où il y a un manque flagrant de vie culturelle), mais dans toute la banlieue Nord de Tunis.


La libraire n’est que Hayet Larnaout, une femme de grande culture qui s’est entourée de sept jeunes associé(es) pour monter et mettre en forme son rêve de toujours. Un véritable temple où tout est étudié au détail près, où tout est grandeur. A le découvrir, on s’est bien frotté les yeux: on est bien chez nous dans le futur centre culturel de la Cité et avec des Tunisiens qui ont le sens de la créativité dans leur sang et de la suite dans les idées.


L’aire s’étend sur 110 m2 et contient dans les quatre mille cinq cent à cinq mille titres. Des beaux livres d’art, de littérature, de patrimoine, de science, etc, dans diverses langues et il faut voir la façon dont on les a présentés. Les éléments d’un bois lisse et d’une rare belle finition fixés sur des roues amovibles, qu’on peut déplacer à souhait au moment voulu pour faire de l’espace en cas de besoin (lors d’une rencontre littéraire, poétique ou autre artistique ou à l’occasion d’une signature d’un livre).


Mais dans ce cadre, bien agencé, il  y a âme. Et on a évité la froideur avec de l’art.


Une mise en bouche accueille les visiteurs avant même d’entrer. Un rayon spécial investi par Slim Naceur, architecte de vocation. Mais qui affectionne les photos. Les affiches géantes renvoient des couleurs et des fils roulés, démêlés ou en lacis ombrageant une jolie calligraphie.


Sur les murs, on a accroché l’œuvre qu’il faut sous l’éclairage qu’il faut. Il y a celles qui appartiennent à Maya Le Meur et à Emna Masmoudi. C’est du vrai art qui bave de tous ses côtés avec la dose qu’il faut dans l’acrylique, l’aquarelle, les sculptures ou dessins.


Hayet Larnaout et sa bande de sept intellos ont aussi trouvé le bon filon pour intégrer les autres artistes qui créent et façonnent des objets dans leur espace dédié à l’inventivité.  A la nouveauté. Des petits objects d’amour y sont bonnement greffés. Il y a du verre soufflé de Sadika, qu’on reconnaît à première vue. Des couleurs originales et des formes qui déroutent... Qui n’a pas craqué avant-hier soir devant ces figurines tout en bois coloré, qui ont tout au plus la taille d’une main.


Ce sont des ânesses, girafes et autres mammifères attachants qu’on dispose avec bonheur entre les rayons de notre bibliothèque familiale. Ces bibelots portent l’empreinte de Send Bahri.


Et figurez-vous que ce n’est pas tout. Bent Bled (pseudo de Catherine) est aussi de la partie. Pour son compte par exemple Skander Klibi, entre autres, a donné libre cours à son imaginaire fertile et créé un lot de trouvailles qu’on offrirait avec plaisir aux bien-aimés. Dans d’autres coins et recoins vitrés, on a installé des vide-poches, porte-clés, supports bureautiques ou de bougies. Mais notre regard ne s'est pas arrêté là.


Car les faux-bijoux nous lorgnent de l’autre côté. Ce sont les créations de Insaf Kilani Ennacer (diplômée des Beaux-Arts de Tunis en 1997), qui enseigne son savoir-faire dans les écoles de design. Et le design c’est elle. Elle fait des bagues, santoirs et autres, sans qu’elle se donne le coup de collier puisque la base est de la récupération, à partir d’un bouton, d’une paillette et autres anciens bijoux de grands-mères.


Elle leur donne corps,  vie et éclat et les met au goût du jour et de la fantaisie. «J’essaie seulement de les composer...», nous dit-elle avec un large sourire, la modestie et la fierté maîtrisée  devant ses coffrets qui scintillent de toutes les couleurs.


Ici, ça fleure bon l’odeur du papier, de la peinture et tous les encens de l'esprit. Et ce n’est pas un simple hasard si cette librairie est baptisée Fahrenheit 451. C’est une référence. Une bonne référence à ce film de François Truffaut, adapté lui-même d’un écrit de Ray Bracbury en 1958 et qui raconte «l’histoire d’une société qui ne lit plus. Les pompiers ont tout fait pour détruire le tout. Mais parmi eux , il existe une conférence qui apprend le tout par cœur avant qu’il ne soit en cendres , pour que l’écrit résiste», nous raconte Raouf, un des sept associés. Il était comme tous les autres, comblé de son choix. Un choix qui fait triompher et dénoter l’attachement à la raison et vivre en bonne intelligence avec tous ceux qui ont dit non  à l’ignorance. La librairie mérite d’être découverte, il suffit de faire un saut et voir Farenheït 451 s’afficher en toute beauté.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com