E.S.T. – Un club dans la tourmente : Chronique d’une crise annoncée





Le doyen de nos clubs vit ces derniers temps l’une des crises les plus douloureuses de son histoire.


L’équipe fanion connaît les pires difficultés sur le terrain de la Ligue des Champions. Et à quelques jours de l’AG les adhérents, les contestataires, les opposants et les fans les plus fidèles affûtent leurs armes.


Une situation des plus délicates pour ce monument footballistique qu’est l’Espérance.


 


* Dossier réalisé par Jamel BELHASSEN


 


A l’évidence, les jours sont durs pour le club sang et or. Après le doublé de 2006 et la Coupe de 2007, c’est la dégringolade dans cette fameuse Ligue des Champions qui semble maudite pour les Espérantistes. Mais qu’a fait l’Espérance pour se présenter en concurrent sérieux pour cette prestigieuse joute qui réunit les meilleurs du continent ? Après les départs de Jomaâ et Badra, on n’a pas retenu les étrangers Olivier, Nwaneri, Mathias et dernièrement Eneramo.


On n’a pu s’attacher les services de Nevez ni convaincu Letifi de signer. En contrepartie, on a recruté des éléments habitués à jouer pour le maintien. Résultat : l’équipe n’a récolté qu’un petit point en trois matches, alors que l’attaque n’a inscrit aucun but. Au niveau du staff technique : Duguépéroux, Benzarti et la paire Zouaoui - Ben Néji se sont relayés à la tête des seniors sans résultats tangibles. C’était suffisant pour créer un climat de crise. L’opposition s’est manifestée, la galerie est en grogne, les joueurs en crise de confiance, les rumeurs les plus diverses courent à Tunis et la déroute du Caire n’est que le résultat logique de cette situation.


Pourtant, l’Espérance, qui a souvent été le porte-drapeau du foot tunisien, a souvent dépassé ses moments de crise en un tour de main. Une partie reproche à Aziz Zouhir de décider seul des affaires techniques, de ne pas se faire entourer d’une commission technique qui se charge des recrutements, qui prépare un programme à moyen et long terme ; car il est inconcevable que l’Espérance négocie les contrats des joueurs à quelques semaines de leur expiration, d’engager des défenseurs de seconde zone et d’oublier les postes d’attaquants et de régisseur. Et maintenant que le mal est fait, il faudra bien du temps pour que l’équipe retrouve son rayonnement habituel.


Il est vrai que mathématiquement, les chances de qualification aux demi-finales existent encore, mais on voit mal cet ensemble aller jusqu’au bout dans cette Ligue des Champions. Samedi prochain, les camarades de Zaïem auront à sauver la face du foot tunisien face à Al Ahly.


Une mission délicate, certes, mais c’est une question d’honneur. Ils sont appelés à se donner à fond pour éviter un autre revers cuisant. Le public espérantiste, évalué à quelques millions de fans à travers la République, ne leur pardonnera pas un nouveau camouflet.


L’Assemblée Générale, c’est pour le 9 août et elle risque d’être chaude, chaude, chaude. Dans les coulisses, plusieurs parties encouragent les «présidentiables» à déposer leur candidature : Les Farah, Bouajila, Tlemçani, Kaïd Essebsi etc... seraient tentés par l’expérience. Aziz Zouhir, lui, hésite encore à se présenter de nouveau au poste de président. Mais l’essentiel dans tout cela, c’est de préserver les acquis du club, de chercher à lui rendre son éclat. Car personne n’a le droit de ternir l’image de ce grand club qui a raflé tous les titres possibles et imaginables sur les plans local et continental, qui a enfanté les Ben Mrad, Tarak, Maâloul, El Ouaer, Hamrouni, Thabet, Machouche, Aouini, feu Berrekhissa etc... qui a croisé le fer il n’y a pas longtemps avec le Bayern Munich, la Juventus, le PSG, le Milan AC etc... Considéré comme une vraie locomotive pour le foot tunisien au niveau de l’organisation et des structures, le club de Bab Souika ne peut descendre aussi bas, ne doit pas descendre aussi bas.



Aux Espérantistes de souche, d’unir leurs efforts pour que leur équipe redresse la barre, sauve son honneur en cette Ligue des Champions et aborde la nouvelle saison dans une ambiance saine et sereine.


Enfin, quand on voit les anciens joueurs interrogés dans ce dossier touchés au fin fond de leur âme par la situation actuelle de leur club, (Gaddour en est même venu aux larmes), on comprend aisément l’envergure de cet édifice qu’est l’Espérance.


 


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Abdelmajid Ben Mrad : «La situation de l’E.S.T. me rend malade»


 


L’ancienne coqueluche des supporters sang et or des années 60-70, Abdelmajid Ben Mrad, surnommé «Riva», vit mal, très mal la situation actuelle du club de son cœur. Il se dit même malade depuis que l’EST a commencé à peiner dans cette Ligue des Champions. Invité à nous livrer ses impressions, il l’a fait avec une souffrance évidente : «C’est évident, l’Espérance passe par une période difficile. J’espère voir les joueurs réagir d’une manière fulgurante samedi prochain face à Al Ahly, car ils doivent bien avoir de l’orgueil. Il est clair que l’EST actuelle n’a pas les moyens d’Al Ahly mais pour honorer le foot tunisien, il faut se donner à fond. Je sais que ce sera difficile, mais sur un seul match tout devient possible. Croyez-moi, aujourd’hui, je souffre quand je vois mon club peiner de la sorte. J’en tombe même malade. L’EST est un grand club tout comme le CA. Ces deux clubs ne méritent pas un tel sort. Ces derniers temps, on est en train de les banaliser. Le problème, c’est que les problèmes viennent de l’intérieur. Certaines gens œuvrent en cachette pour leur intérêt personnel, étroit. Cela dit, je suis convaincu que l’Espérance saura se relever à temps».


 


J.B.


 


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Abdelkader Ben Saïl (Gaddour) : «Ce qui s’est passé ces dix derniers mois, l’E.S.T. ne l’a pas vécu en quarante cinq ans»


 


Le «Gaddour» des années 60-70 n’a pas changé d’un iota. Quarante cinq ans après, il vibre pour l’Espérance comme lors de sa tendre enfance. La situation actuelle le touche au plus profond de son âme. Quand on l’a rencontré vendredi matin dans son coquet café du centre ville, il était éprouvé, incapable de trouver les mots qu’il faut pour exprimer sa peine, sa tristesse. Il est allé même à avoir les larmes aux yeux. Avec sa modestie et sa fougue habituelles, il nous a fait part avec difficulté certes mais avec une grande sincérité de sa vision des choses.


«La crise que connaît l’EST aujourd’hui couvait depuis le doublé remporté en mai 2006. Ce jour-là j’ai prévenu le président de l’Espérance des difficultés qui attendaient l’équipe. Depuis beaucoup d’erreurs ont été commises. Ce que j’ai vu à l’EST ces dix derniers mois je ne l’ai pas vu en quarante cinq ans. J’ai connu de près au moins sept présidents à l’EST, j’ai fini par avoir un vécu respectable au contact des grands du football sang et or. Maintenant, il faut assainir, ouvrir l’œil. Il faudra au moins une année pour voir le bout du tunnel. Samedi prochain face à Al Ahly, ce sera difficile. Ali Ben Neji a accepté cette tâche ingrate, un autre aurait fui cette responsabilité. Il y a beaucoup de réglages à effectuer. Le jour de l’Assemblée Générale, je dirai tout».


 


J.B.


 


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Fayçal Berrebah (supporter) : «Personne n’a le droit de ternir l’image de l’édifice espérantiste»


 


La crise que vit l’Espérance ces derniers temps laisse pantois les supporters les plus fidèles, les plus chauvins. Habitués aux sacres et aux podiums, ils n’arrivent pas à bien comprendre les raisons de cette dégringolade. Nous donnons ci-après la parole à Fayçal Berrebah, un Espérantiste de souche prêt à donner sa version des choses : «Il est évident que beaucoup d’erreurs ont été commises et ce à tous les niveaux. L’intérêt de l’Espérance doit être placé au dessus de tout. On n’a pas le droit de ternir l’image du plus grand club tunisien. Que ceux qui cherchent à nuire à l’EST pour servir leurs intérêts personnels quittent la scène. Le destin de l’Espérance est de demeurer dans les sommets. Il est temps de mettre fin à cette mascarade. Que ceux qui n’ont plus de place partent. L’Espérance appartient à ce merveilleux public qui se compte par millions. Les gens passent, le club reste. C’est un édifice à sauvegarder. C’est une légende. On n’a pas le droit de lui porter atteinte. Porter le maillot rouge et jaune est un honneur pour chaque joueur tunisien ou étranger. J’espère que le message sera reçu est que l’Espérance retrouvera son vrai standing le plus tôt possible».


 


J.B.


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Mahmoud Bacha : «Assurer un bon encadrement psychologique»


 


De par son statut de technicien averti et d’observateur neutre. Mahmoud Bacha est bien placé pour porter un jugement objectif sur la situation actuelle de l’Espérance et de présenter le prochain match de la Ligue des Champions face à Al Ahly à Tunis. Avec sa disponibilité coutumière, il a bien voulu nous faire la déclaration suivante : «La balle est dans le camp des joueurs. Une réaction d’amour-propre est nécessaire. A l’aller, le match a eu lieu en déplacement et l’adversaire était robuste. Aujourd’hui, il y a un esprit de revanche qui doit animer les Tunisiens. Sur un match tout est possible. Il faudra un très bon travail psychologique pour remettre les joueurs en confiance, car le volet technique demande du temps. Mais, pourquoi l’EST est tombée aussi bas ? Je me le demande encore. En tant que Tunisien j’espère voir le doyen de nos clubs et le plus titré, le club-phare de la Tunisie depuis des décennies retrouver son lustre d’antan. L’EST doit demeurer une locomotive pour les autres. Les crises font partie de la vie. Il faut vite tirer les enseignements nécessaires des faux pas, panser ses blessures et repartir du bon pied».


 


J.B.


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Ridha Akacha : «On ne prépare pas la Ligue des Champions en quelques semaines !»


 


Ancien défenseur à l’Espérance et aujourd’hui entraîneur, Ridha Akacha continue toujours à suivre les activités du club de son cœur et la situation actuelle ne le laisse pas indifférent. Loin s’en faut. A en juger : «L’Espérance n’a plus le choix. Elle se doit de réussir le prochain match face à Al Ahly. Je m’attends donc à une réaction fulgurante de la part des joueurs. Et puis, il ne faut pas penser que la tâche est impossible. Au Caire, à (0-1) et à quinze minutes de la fin, le coup était encore jouable malgré les difficultés rencontrées. Aujourd’hui, l’EST vit une crise. Cela arrive aux plus grands clubs de la planète. Il faut seulement se remettre en question. Seuls ceux qui travaillent se trompent. La critique est aisée quand on est de l’autre côté de la barrière. Il appartient maintenant aux joueurs de sauver la face du foot tunisien. L’équipe a besoin de temps pour retrouver la cohésion nécessaire. Une Ligue des Champions se prépare deux ans à l’avance et pas en quelques semaines. Pourquoi avoir prêté par exemple, Ben Ouannès à E.G.S.Gafsa pour ne pas pouvoir l’aligner aujourd’hui car il a participé avec le club du sud à la Coupe de la CAF ?? Et puis, la professionnalisme c’est la rigueur, la discipline, l’hygiène de vie. Et cela, certains joueurs semblent l’oublier ou l’ignorer. Le rôle de l’entraîneur c’est aussi éduquer, sensibiliser, rejeter etc...».


 


J.B.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com