Entre espoir et désillusion





Réunir un Sunnite, un Chiite et un Kurde en Irak, la chose paraissait impossible tant le clivage interconfessionnel dans ce pays semblait profond. Pourtant l’exploit a eu lieu. C’était avant-hier, le temps d’un match de football.


Pour quelques heures, en effet, tous les Irakiens ont eu un seul but : hisser le drapeau national, unique et indivisible, au sommet d’une manifestation sportive.


Le temps d’un après-midi, tous les partis politiques et tous les groupes armés se sont unanimement félicités de ce rare moment d'unité dans un pays ensanglanté par les violences interconfessionnelles.


Cela pour dire qu’il existe encore en Irak un sentiment national. Un amour pour ce pays qu’on avait tendance à oublier en regardant chaque jour les multiples attentats qui tuent des Irakiens pour leur appartenance religieuse ou ethnique.


Un espoir que chaque Irakien, chaque Arabe et chaque être humain sensible au bain de sang quotidien que connaît le pays du Tigre et de l’Euphrate, ont nourri espérant revoir de nouveau l’Irak uni loin de tous les griefs, somme toute incompréhensibles, entre les frères d’un même pays, l’un des plus anciens et des plus prospères à travers l’histoire.


Mais hélas, l'euphorie n'aura manifestement été qu'une brève parenthèse. La journée d’hier, qu’on espérait être le début d’une nouvelle ère, a été jalonnée de morts et ponctuée de déchirures politiques.


On se demande alors pourquoi? Pourquoi ce peuple n’arrive-t-il pas à s’unir, alors que tous les ingrédients existent depuis la nuit des temps? Cette union derrière l’équipe irakienne de football l’a prouvé.


Une désillusion qu’on peut imputer aux interventions étrangères et aux gouvernements successifs qui ont échoué en matière de sécurité, d'économie et de promotion sociale.


Il est utile de rappeler à ce propos que l’Irak connaît une grave crise humanitaire qui touche près d'un tiers de la population, soit huit millions de personnes. Selon des organisations humanitaires 43% des Irakiens souffrent d’une pauvreté absolue, quatre millions ne sont pas nourris régulièrement et près de 70% d’entre eux n’ont pas accès à l’eau.


Une situation humanitaire désastreuse qui peut, dans ce contexte, expliquer pourquoi l’Irak n’arrive pas à sortir de la spirale de violence dans laquelle il se trouve. La pauvreté crée le désespoir et le désespoir pousse à la haine, génératrice de tous les conflits.


Et puis il y a surtout l’occupation américaine  qui ne fait que raviver les tensions confessionnelles dans le pays. En donnant l’autonomie au Kurdes dans le nord, en renforçant le pouvoir politique des Chiites et en marginalisant pendant une certaine période les Sunnites, l’occupation américaine a établi les bases de ce conflit interconfessionnel et interethnique.


Au fait, il ne peut y avoir un espoir pour une paix durable en Irak tant qu’il y a des forces étrangères sur son sol.


Et c’est peut-être ce geste-là qui manque pour que l’euphorie d’un match de foot puisse se concrétiser sur le terrain.


 


Med Ali BEN REJEB




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com