Festival de Carthage : Gad Elmaleh crée l’événement





Un artiste d’humour fin, élégant et sans clichés très attendu pour le 43ème festival de Carthage. Un public passionné et passionnant, fou de Gad Elmaleh et prenant d’assaut dès l’après-midi le théâtre romain.


Un spectacle de tous les spectacles faisant entorse au routinier et qu’on ne va pas oublier de sitôt. Zoom sur événement: «Du jamais vu!»


 


«Bon Dieu, du jamais vu de ma vie!», a lancé Gad Elmaleh (dès qu’il a mis le pied sur la scène de Carthage), à tous les milliers de fans présents. Nous avons tout au début avancé le chiffre de huit à huit mille cinq cents personnes tout au plus. Mais nous voilà devant une vague humaine de dix mille, onze mille voire plus. Une bonne partie de ce beau monde a fini par céder et succomber au marché noir. Les vingt et un dinars du seul billet se sont multipliés par  sept et huit au fil des heures et les retardataires étaient preneurs, peu importe le prix à payer. Après tout, on n’a pas chaque soir un Gad dans nos murs et il fallait sauter sur cette occasion pour voir en chair et en os le «chevalier des Arts et des Lettres» et l’écouter de vive voix faisant le pitre bien dosé.


Ce soir-là, il y a  eu des heureux et d’autres malchanceux. Ces derniers sont dans les cinquante mille au moins, envoyés faute de place aux vestiaires. Gad a regretté de «dribbler» la Tunisie auparavant et de ne se produire qu’à Alger où à Casa de sa naissance et tendre enfance. Et il a promis de revenir. Dès la sieste, le parking de Carthage a été envahi par les voitures du genre populaire ou de luxe insultant. Et il fallait bien se dépêcher sinon impossible de se trouver une place. 


18 heures, on ouvre les portails à cette interminable foule d’attente. On traverse assez fluidement toutes les barrières et par toutes  les fouilles. Au bout de quelques minutes, c’était l’archi-plein. Pas l’ombre d’une place pour les autres. Les autres venus à 21 heures ou un peu avant ont dû être perchés sur les hauteurs et suivre debout et de loin le spectacle de Gad (en minuscule) en direct et projeté sur deux écrans géants.


 


«Rencontre amoureuse»


De ce public bigarré et d’un certain niveau intellectuel (il faut bien le préciser), il y a ceux qui sont venus de leur France natale prenant même le même vol que l’humoriste «Ceux qui ont été à bord avec moi m’ont dit: «A toute à Carthage», a dit l’artiste à mille et une casquettes à un parterre de journalistes triés sur le volet lors d’une conférence de presse tenue à Gammarth à même pas trois heures de son spectacle d’humour surréaliste.


Les autres se sont des touristes qui se sont arrangés pour que leur séjour tunisien coïncide avec le spectacle d’Elmaleh. «En France, on réserve deux, voire trois mois d’avance et encore, pour assister à ses sketches», raconte une blonde à sa voisine tunisienne. Et d’ajouter: «Là-bas, le billet se vend à 45 euros et sur Internet. Souvent, on affiche complet. Mon Dieu, j’ai dû traverser toute la Méditerranée pour voir Gad de la sorte! Franchement, je ne m’y attendais pas du tout à ces conditions-là», se plaint avec son accent marseillais, une dame, la quarantaine décontractée, maigre comme un clou, apparemment en vacances chez elle à Sousse. Elle était accompagnée de trois autres filles. «C’est mon patron de Telecom (un costaud sponsor) qui m’a offert un abonnement. Ceci m’a permis de faire entrer avec moi mes deux copines», nous a-t-elle dit.


Et il y a d’autres qui ont seulement rêvé de voir ce personnage phénoménal de Gad. Parmi eux il y a ceux du genre m’as-tu vu? Et d’autres qui sont mordus d’humour, adeptes du piratage (que Gad approuve), qui ont appris par cœur de ses DVD et prêts à rire... Ça l’a rendu fou. Impressionnant qu’il soit si connu à Carthage.


Pour ce passage de Gad qui a coûté aux contribuables cinquante-mille euros, la foule a, de tous les pourtours des gradins, débordé. Mais sans bousculade. Sauf que les filles n’ont pas cessé de crier, de manifester leur enthousiasme voire euphorie. Une chose qui a impressionné l’artiste.


Mieux encore: à voir tout le théâtre étoilé par les portables allumés, l’artiste n’arrivait pas à croire ses yeux et il était même perturbé, déconcentré. Déjà, il l’a bien senti d’avance et lors de la conférence de presse, il l’a déclaré: «Ça fait  peur ! Pour ce soir il y a tout un mélange de «Papa d’un haut», «L'Autre c’est moi» et surtout de l’improvisation. C’est mon premier rendez-vous avec le public tunisien et j’ai le trac. Comme dans une rencontre amoureuse».


 


«Un one man show»


En effet, sur scène, il a eu le trac et il y a de l’improvisation à souhait et il y a eu cet humour qui lie la poésie à la simplicité du quotidien qu’il tire de petites histoires d’amour sur SMS, sur l’homosexualité, sur l’émigration sur la politique, sur les branchés sur le net et ses DVD (pour du vrai). Et pas seulement, car ce Juif marocain et ex-étudiant en sciences-po au Canada adore faire de la musique et danser...


Danser sur les mots qu’il bricole instantanément. Et jouer sur la musicalité des connotations tirées de l’actualité à Tunis-même. Ce qui s’est passé la veille à Carrefour dans les soldes. Les petits trucs propres aux Tunisiens comme «Mouch normal» (parmi ses premiers propos sur scène).


L’homme est aussi un vrai Maghrébin. Un vrai immigré en France: «J’ai eu une expérience d’immigration et fait la queue pour la carte de séjour et je suis de ceux qu’on leur dit: ferme-là vous n’allez pas l’avoir. Mais je suis de ces gens qui respectent le pays d’accueil et... je n’aime pas être cantonné, paumé ou décalé. Je propose mon univers comme un travail artistique et pas estampillé de «made in Maghreb».


L’homme qui affectionne le cinéma, le théâtre et l’art du mime légué de son père, reste l’homme de la scène, un peu comme Ismaël, Debbouze et autres copains de la même origine, la même complicité artistique, de la même vision d’humour (qui se font mutuellement rire), qui aime circuler, transpirer et évoluer devant son public avec son écriture de plus en plus audacieuse «mais pas plaire à tout prix, mais faire ce que je sens, ce que j’aime faire et parler au public, nommer où je suis et rebondir avec le public et nommer Carthage et le faire rythmer avec de l’improvisation. C’est le spectacle de Carthage de ce soir et demain sur scène à Nice, ça va être autre chose».


Monsieur a chanté beaucoup, un peu trop chanté et il «adore chanter» avec ce petit accent de chez nous, où il y a de l’arabe et du français à la fois et le mélange est heureux.


Le spectacle qui a démarré vers le coup de 22 heures s’est achevé à minuit moins dix sur tout un clavier de bonne humeur et des notes enthousiastes. Un spectacle en présence de six ministres au moins, venus en famille et avec leur cortège du gouvernement. Un spectacle proposé par Scoop Organisation et fignolé du début jusqu’à la fin par le patron, Mourad Matheri et son équipe à qui on tire notre chapeau, sans oublier Abderrahmane Bennani à qui on lance une pensée de reconnaissance pour mener à bien le spectacle. Il a dû ne pas fermer l’œil pendant trois soirs de suite et être au four et au moulin pour que tout se passe sans... dégâts. Un spectacle qui nous a réconciliés avec notre scène de Carthage. Et le tout Tunis en parle.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com