Par Abdelmajid CHORFI





Grandeur et décadence


 


Avec son air fringant, sa silhouette quelque peu désinvolte, sa démarche vif-argent, Tony Blair avait, à son accession à la primature d’un pays de haut lignage, conquis littéralement le cœur de ses compatriotes. Une grande performance. Neuf ans plus tard, il quittait le pouvoir avec un profil bas et une cote de popularité pas très honorable.


C’était presque le même itinéraire que celui de Margaret Thatcher. Au début, celle-ci bénéficiait d’une incontestable aura. Elle affichait une grande fermeté, ce qui a inspiré confiance au royaume. On était tranquille quant au devenir d’un pays confié à une Dame de Fer. Les premières années, furent une véritable lune de miel, rehaussée par la mise au pas des syndicats et la victoire sur l’Argentine dans l’affaire des Falkland.


Mais, malgré un cheminement spectaculaire, l’étoile de Thatcher commença à pâlir. Au sortir du pouvoir, elle n’était plus qu’une citoyenne comme les autres.


Autre exemple de grandeur et décadence : le cas G.W. Bush. Au lendemain des attentats du 11 septembre, ce n’était que ferveur autour de sa personne. Toute l’Amérique lui remit son destin entre ses mains, voyant en lui le sauveur de la nation. Ce qui d’ailleurs contribua à conforter en lui une vocation messianique pas très convainquante.


Puis, un inexorable fléchissement du cours des choses. Aujourd’hui, Bush est en proie à «la solitude du gardien de but devant le penalty» selon le beau titre d’un roman de Peter Handke. Le cercle de ses collaborateurs se réduit comme peau de chagrin. Les critiques pleuvent sur lui.


Pourquoi cette chute libre dans les trois cas après un «surfing» dans l’Olympe ?


Il y a tout d’abord l’usure physique et intellectuelle. Au bout de quelques années d’intense vigilance à tous les niveaux, l’imagination tarit, les réflexes s’émoussent. Ce dont ne manquent pas de profiter les rivaux et les jaloux pour planter leurs banderilles. Cela peut même donner lieu au syndrome de la persécution qui coupe du réel le responsable et en même temps alimente paradoxalement une certaine forme d’arrogance. Cercle vicieux qui peut s’accompagner d’une sorte de perverse griserie. C’est Don Quichotte croisant le fer avec le monde entier. On est l’unique sur la planète !


On lui pardonne cela dans les années de grâce. Mais, les échecs se multipliant, on ne lui passe plus rien. Et c’est la sanction populaire via les sondages. Une sanction impitoyable comme l’est une femme qui décide de rompre sa relation amoureuse.


Au fond, tout cela ne serait-il qu’une question d’amour et de désamour. Une question qui appartient à l’ordre suprême de la Nature ! Un ordre insondable !


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Le socle friable


 


Fella est considéré, par les milieux artistiques africains, comme le véritable inspirateur et artisan de l’essor musical en Afrique subsaharienne. Ce Nigérian, disparu aujourd’hui, a fait sortir, dans les années soixante et soixante-dix, cette forme d’expression du carcan colonialiste. Et a tenté de la faire accéder au rang d’un art majeur. D’où la double dimension de ses créations, une dimension esthétique et une dimension engagée.


Interviewé récemment, son fils a déclaré que s’il y avait aujourd’hui 5000 Fella en Afrique, le continent ne serait pas ce qu’il est. Il faisait allusion à la grande misère politique, morale, économique et culturelle dans laquelle moisit le continent noir. Une véritable disgrâce du ciel !


Le propos traduit, à l’évidence, une grande élévation d’âme et une vraie noblesse de cœur. Bon sang ne saurait mentir dit le proverbe. Mais il sent aussi une forte dose de militantisme, c’est-à-dire une disposition de l’être pouvant être mise au service de toutes les causes, les bonnes et les moins bonnes.


La question principale est la suivante : peut-on attribuer à la musique, surtout à la chanson, un pouvoir subversif ? C’est-à-dire de nature à renverser l’ordre du monde pour le remplacer par un édifice plus conforme à nos aspirations ?


Or ce que nous remarquons actuellement, pardonnez-moi mon afro-septicisme, c’est une sorte de fuite en avant, quasi analogue à la drogue. La jeunesse, investie de fièvres, d’angoisses et de tristesse cherche en réalité à travers la musique une explosion dionysiaque, où transes et abandons alternent. Certes il y a des exceptions. Mais la majorité est à l’affût de ce genre de musique. Une musique dont le rythme et la mélodie précisément, doivent beaucoup à Fella.


Ce n’est certainement pas là le socle rêvé pour espérer voir la naissance d’un continent qui pèserait sur la marche du monde.


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com