Festival de Carthage : Le fin mot de Taïeb Essidiki





C’est au Palais Abdellia que la Direction du 43ème Festival de Carthage a orchestré vendredi dernier un vibrant hommage au roi du théâtre, Taïeb Essidiki. Un grand parmi les grands qui fait la fierté non seulement des Marocains, mais celle de tous les Maghrébins.


Et nous sommes si heureux de le (re)découvrir...


 


La Direction du Festival international de Carthage ne s’est pas surpassée — et c’est le moins que l’on puisse dire —, pour rendre hommage au grand homme de théâtre marocain et aussi grand ami de la Tunisie, Taïeb Essidiki.


La soirée de vendredi dernier au Palais  Abdellia s’est déroulée devant un public restreint composé essentiellement d’hommes de théâtre et amis de longue date.


Grand seigneur, Taïeb Essidiki a entamé sa «performance» par quelques boutades de circonstance, succulentes, cela va de soi.


«Je suis heureux et on va rire en famille. Je vais commencer par mon one man show ou plutôt mon one man tiède par l’histoire d’un homme de théâtre français qui devait jouer au théâtre Sarah Bernhardt devant une poignée de spectateurs. Devant les sièges vides, l’artiste lança : «C’est fou le nombre de gens qui ne sont pas venus ce soir». Et  de baptiser le théâtre de sa première déconvenue : théâtre Sahara Bernhardt».


On avait craint que la soirée ne tournât au vinaigre lorsque Fadhel Jaziri, seigneur lui aussi, mais d’un autre acabit, déclina la demande de Raja Farhat de dire  un mot à propos de son ami de trente ans.


Face au refus de ce dernier et au flottement qui s'ensuivit, Taïeb Essidiki lança à son fils présent dans la salle : «Vas-y Baker, prends le micro et dis-leur ce que tu penses de cette soirée».


Le jeune homme se contenta cependant de louer le génie du père extraordinaire. Cependant, il n’y a pas eu ce soir-là que des flottements.


Grand conteur devant l’Eternel, l’homme d'humour et d’esprit, Taïeb Essidiki, a su détendre l’atmosphère en racontant des histoires à l’humour décapant et parfois grinçant dont il a seul le secret, arrachant au passage quelques rires.


Puis ce fut, comme on devait s’y attendre, le chapelet de souvenirs : les débats au théâtre dans les années 1960,  les amitiés tuniso-marocaines, les joies et les peines partagées, les travaux et les jours, les hommes et les femmes, tout ce qui remplit la vie d’un homme exceptionnel qui aime notre pays, qui connaît nos qualités et nos travers, passionné et qui nous aime à sa manière, généreuse.


 


A tous ceux qui ont brillé, une pensée...


Les uns ont brillé, lors de cette «lamma» à la Tunisienne, par leur esprit. D’autres par leur présence. On pense ici aux hommes de théâtre comme Mohsen Ben Abdallah, Fadhel Jaziri, Mohamed Mediouni (de l’ISAD), Taoufik Jebali et autres Jamila Chihi.


Les faiseurs de son et image ont été au rendez-vous. Il y a les Farid Boughdir (qui s’est trimbalé le long de la soirée d’une heure vingt-cinq, avec sa caméra immortalisant le passage d’un grand homme), Abdellatif Ben Ammar, Ibrahim Letaïef. Puis il y a eu du monde pictural, Zoubeïr Turki et Feryal Lakhdhar. Dorra Bouzid, pharmacienne, première femme à lancer un magazine pour les femmes et journaliste était aussi de la partie. Et c’est tout à fait naturel. Car c’est elle qui a fait découvrir aux Tunisiens ce monsieur et c’est elle qui a été derrière sa pièce «En attendant Godot» au TMT, dans une salle quasi déserte, mais par la suite, l’homme a connu le grand succès dans nos murs. «Je salue cette grande dame très connue au Maroc et très aimée», lance Taïeb Essidiki ce petit pétale de reconnaissance à madame.


Notre Wahlid Tlili de la télé était aussi présent dans cette réunion de copains.


Habib Jegham aussi de la radio ne pouvait pas manquer ce qui se dit de beau lors de cette soirée (presque à huis-clos). Pour Abderraouf Khenissi, journaliste et homme de lettres, les choses doivent être mises au clair. Au clair de cette lune qui a brillé par son «passé riche et ses folles créations et qui a consacré sa vie au théâtre. Homme franc et de vérité qui a côtoyé Aly Ben Ayed et qui a fréquenté les théâtres de chez nous...», et l’allocution de bienvenue de s’étirer... sur près de vingt minutes. Et c’est tout à fait normal pour bien meubler la soirée.


Oui la meubler aussi avec ce jeune Mamorun à la guitare, qui lui aussi a accaparé avec sa guitare la scène (encore vingt minutes) avec un peu de Brel et de Devos. Et il les imite bien.


Le brillant de tous les brillants, c’est l’acteur algérien, Sayed Ahmed Agoum. Lui, il s’est bien préparé pour l’occasion. Son mot de sympathie était fort touchant et dans une écriture fine et élégante.


Ceux qui ont manqué cette soirée d’hommage en famille ont été remarqués par la faible assistance où tout le monde se connaît et se reconnaît.


On pense notamment aux amis proches de notre invité du Maroc. On n’a pas vu Mohamed Driss. On n’a pas vu Moncef Souissi évoqué à maintes reprises par Taïeb Essidiki. L’ombre de Raouf Ben Amor n’a pas rôdé ce soir-là, autour du palais Abdellia.


 


Quelques mots d’esprit


«J’aimais tellement Zoubeïr Turki que j’ai appelé mon fils Zoubeïr. J’aimais tellement Raja Farhat que j’ai appelé ma fille Raja et la Tunisie pour moi, c’est comme le Maroc et Dieu merci. Al Maghreb al Aqça (traduite en anglais : le Far Ouest). La ville de Tétouan, je la propose : tais-toi. La ville de Benguérir est la ville qui a donné le plus de médecins».


Puis Taïeb Essidik de se déplacer entre les religions, les continents et les pays. Un Juif fait le bonjour à un autre pas de sa religion : Chalom. Réponse : Chalfemme.


A la radio marocaine lors de la météo : 99 flocons de neige... C’est difficile de compter les flocons et j’ai mis trois jours pour comprendre. Nous sommes en Egypte :là-bas, c’est très fort, il y a l’eau pour les assoiffés, la lune qui paraît le soir. Ici l’Afrique : Je suis du Tchad. Et tcha... (à vos souhaits)... Et des trouvailles dans toutes les expressions avec des jeux de mots à nous tordre de rire, à nous fasciner. Et de déduire au final que le génie existe encore parmi nous, et on a eu toutes les preuves à La Marsa.


 


Zohra ABID




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com