Les jeunes et le célibat prolongé : Les difficultés matérielles à l’index





Révolu le temps où les jeunes convolaient en justes noces à un âge précoce. A présent, la majorité des jeunes se marient lorsqu’ils frisent la trentaine. Pourquoi ?


 


Tunis-Le Quotidien


Autrefois, très peu de filles avaient le droit de fréquenter l’école. Et même si elles ont eu la chance de poursuivre des études, la majorité est contrainte de quitter les bancs d’école dès l’apparition des signes de puberté pour attendre sagement la venue d’un prétendant. En outre, les parents commencent à chercher la fille qu’il faut pour leur fils dès qu’il frôle la vingtaine. La majorité des couples mariés habitaient chez les parents de l’époux. La tutelle de la nouvelle bru est donc automatiquement « léguée » aux beaux-parents. Fini ce genre de mariage de nos jours ! Depuis l’émancipation de la femme, cette dernière a d’autres raisons de vivre que d’attendre impatiemment un éventuel prétendant. Les jeunes filles, tout comme les jeunes hommes vont à l’école et aspirent à aller jusqu’au bout de leurs cursus universitaires. Filles et garçons n’achèvent leurs études que vers l’âge de 25ans. Le jeune homme aura encore du chemin  à faire avant de penser au mariage. Les filles de leur côté, ne peuvent plus admettre l’idée de vivre sous les instructions d’une belle-mère qui risque d’être envahissante. Un couple a donc absolument besoin d’un foyer indépendant pour pouvoir se marier. Par ailleurs, plusieurs choses considérées autrefois comme subsidiaires, deviennent aujourd’hui essentielles pour une vie commune équilibrée. Cela coûte de l’argent et de jeunes diplômés sont incapables d’y parvenir au plus vite ! Autrefois, l’homme avait peu de chances d’avoir affaire à une fille en dehors des liens officiels du mariage, ce qui le poussait à doubler d’efforts pour se marier dans les plus brefs délais. Aujourd’hui, le problème ne se pose presque plus. Filles et garçons se côtoient et les relations officieuses entre garçons et filles sont plus ou moins tolérées. Bon nombre de filles tiennent, en outre, à être matériellement indépendantes. Elles cherchent d’abord un emploi avant de penser à s’unir pour le meilleur et pour le pire. Toutes ces raisons ont contribué au prolongement de la période de célibat. Qu’en pensent justement les jeunes ?


Hanène, élève, 18 ans, pense que le célibat prolongé ne peut aucunement être un choix délibéré. « Certes plusieurs filles disent qu’elles ne veulent se marier qu’après avoir achevé leurs études. Mais cela ne veut aucunement dire qu’elles placent le mariage au second rang. En fait, elles veulent décrocher leurs diplômes pour pouvoir travailler et maximiser leurs chances d’avoir un époux. D’abord, la majorité des jeunes hommes ne peuvent plus aujourd’hui assumer seuls les frais du mariage. Ils sont donc à la recherche d’une fille qui travaille ou qui a des chances de décrocher un bon poste. Mais je pense qu’une fille ne doit pas dépasser un certain âge. Non seulement elle sera l’objet de cancans, mais plus elle prend de l’âge, plus ses chances s’amoindrissent. Une fille vieillit plus vite, elle donnera dès la trentaine l’impression d’être « défraîchie » surtout si quelques ridules et cheveux blancs commencent à s’installer. Par ailleurs, il est très difficile pour un jeune homme récemment diplômé de fournir ce qu’il faut pour un mariage. Il faut bien qu’il ait un travail stable pour assumer ses responsabilités. Je crois donc que les difficultés matérielles sont à l’origine du célibat prolongé. Tous les jeunes ou du moins la majorité veulent se marier et fonder une famille. Mais reste à savoir comment y parvenir ».


Noura, élève, 18 ans, pense également que les difficultés matérielles sont à l’origine du célibat prolongé. « Un jeune homme ne termine ses études que vers l’âge de 25 ans. Pour trouver un travail stable et laisser un peu d’argent de côté, il lui faut au moins trois ans de plus. Toutefois, il arrive que les choses ne vont pas comme il l’espère. Il doit donc attendre des années supplémentaires. Toutefois, je crois aussi que certaines filles manquent du sens de frugalité. Elles imposent que l’époux soit jeune, qu’il ait une maison totalement équipée, une voiture et un revenu respectable. Cela est impossible à réaliser si les parents ne l’aident pas. Si fille et garçon s’entraident et se contentent de l’essentiel, le mariage devient possible. Mais pour se faire, il faut que les deux partenaires s’aiment sincèrement et qu’il aient tous les deux une bonne intention de bâtir ensemble. Sinon  cette union risque de se finir en échec. Il faut que tous les deux aient une prédisposition à faire des concessions à parts égales. Une fille est incapable de sacrifier si elle ne se sent pas aimée et en sécurité. L’homme à son tour est incapable d’avancer s’il ne se sent pas aimé, épaulé et si sa femme se montre exigeante et incompréhensive. Un couple peut commencer sa vie avec des moyens limités mais il faut qu’il  y ait de l’amour et une volonté de construire ensemble ».   


Walid, étudiant, 21 ans, dit que plusieurs raisons peuvent être à l’origine du prolongement du célibat. « Franchement, je ne pense pas pouvoir me marier avant l’âge de trente ans. Certes, j’aimerai bien pouvoir me marier avant, mais je n’y parviendrai pas ! Le mode de vie a changé et les filles d’aujourd’hui sont exigeantes. Je ne pense pas qu’il est possible de nos jours qu’un couple habite avec les beaux-parents. Il y aura des conflits même s’ils s’entendent. Chaque femme veut se sentir l’unique maîtresse de sa maison. D’ailleurs, c’est la première raison qui lui donne envie de se marier. La belle-mère de son côté accepte mal de voir une autre femme rivaliser avec elle dans sa propre maison. Par ailleurs, il est impossible de croire au mythe que l’on peut vivre d’amour et d’eau fraîche. Les difficultés matérielles peuvent anéantir une vie de couple d’autant plus que la vie est de plus en plus coûteuse. Toutefois, je pense que le problème devient grave lorsqu’on frôle la trentaine et que nous ne pouvons toujours pas se marier. La fille se voit vieillir et devient obsédée par le besoin d’enfanter. Et l’homme commence à s’habituer à sa vie de célibataire et  peut finir par renoncer à l’idée de ce mariage qui nécessite beaucoup de sacrifices».


Najd, 26 ans,  vient de terminer ses études et a pu décrocher un poste stable. Toutefois le jeune homme pense qu’il y a encore beaucoup à faire avant de penser au mariage. « Nous sommes très loin de l’époque où le mariage ne coûtait pas grand-chose. La première chose à laquelle il faut penser, c’est la maison. Avant, le couple est hébergé par les beaux-parents jusqu’à ce qu’il ait les moyens d’avoir une maison. A présent, il est difficile qu’une fille accepte cette alternative. En outre, il faut beaucoup d’argent pour équiper une maison. Or filles et garçons étudient et les parents n’ont généralement pas les moyens de les aider parce qu’ils ont dû couvrir les frais de ces études. Je ne pense pas qu’il y ait un jeune qui ne veut pas se marier. Le problème est essentiellement financier. Si j’avais une maison équipée, une voiture et un peu d’argent de côté, je me marierais tout de suite. Mais la réalité est autre. Pour arriver à avoir une maison, il faut des années de travail. Mais à mon avis, il vaut mieux attendre et se marier sans dettes, que de se marier et de se retrouver surendettés quelque temps après.  Cela se retentira sur l’équilibre du couple tôt ou tard et là bonjour les dégâts ».


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com