Les jeunes et le sarcasme : Une plaisanterie qui n’a rien de drôle !





Il y a deux types de plaisanteries. L’une n’a pour but que d’arracher le sourire aux autres.


L’autre en revanche ressemble à une forme d’humour mais dont le seul but est de ridiculiser ou blesser autrui. Bon nombre de jeunes ne savent pas se mettre des limites en matière de plaisanterie et cela prend plutôt une forme de sarcasme et de raillerie…


 


Tunis-Le Quotidien


Certains jeunes gens généralement à l’âge de l’adolescence, adorent les plaisanteries. Les jeunes profitent de leur réunion pour tourner en dérision les autres au passage.  Le cas échéant, ils s’échangent des propos taquins pour « épicer » et animer l’ambiance.  Chez les uns, il s’agit juste d’une façon quasi-innocente de passer d’agréables moments. Ils trouvent amusant de ridiculiser les autres ! D’autres en revanche, agissent de la sorte pour dominer un certain complexe. En dénonçant les ridicules des  autres (sous une forme de plaisanterie), ils se garantissent une certaine immunité. Personne n’osera plus les critiquer parce qu’on va craindre leur « revers » gagnant. De plus, en misant sur les plaisanteries plus ou moins saines, ils sont considérés comme les être les plus drôles. On adore donc leur compagnie et les autres focalisent beaucoup plus sur ce qu’ils disent que sur ce qu’ils sont réellement.  Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui ont une tendance sadique. Ils rient des malheurs des autres et peuvent faire preuve de cruauté dans leurs plaisanteries. Cela dit, la majorité des jeunes gens adorent plaisanter. Ils ne peuvent pas imaginer leur vie sans blagues, sans taquineries et sans plaisanteries. Rien de mal jusque là sauf que la plupart d’entre-eux ne savent pas où et quand s’arrêter. Lorsqu’ils s’adonnent à des séances de sarcasme, cela peut aller vraiment loin. Les «victimes» de ces railleries, n’agissent pas tous de la même manière. La majorité fait semblant de ne rien ressentir. Pis encore, ils peuvent en rire juste pour ne pas avoir l’air pitoyables, or ils souffrent en silence et risquent de devenir complexés à la longue. D’autres, apprécient toutes sortes de plaisanteries. Même les plus cruelles. Mais entre les uns et les autres, il y a ceux qui ne se laissent pas faire. Si on les attaque, ils ripostent méchamment. Ces derniers, sont considérés comme les personnes les moins drôles et les plus complexées…  


Qu’en disent justement les jeunes ? Pourquoi tirent ils sur tout ce qui bouge? Et est-ce qu’ils considèrent le sarcasme en tant que plaisanterie? 


 


Sabrine, candidate au bac de 19 ans, dit que nul n’a le droit de tourner les autres en dérision. La jeune fille n’admet pas qu’une plaisanterie ait une forme aussi cruelle. « Je deviens révoltée lorsque je vois ce genre de cruauté se produire. Je ne suis pas complexée, j’adore rire et j’aime les ambiances amusantes. Mais de là à rire du malheur des autres, non! D’abord, si quelqu’un a un défaut physique, ce n’est pas de sa faute. C’est Dieu qu’il l’a créé ainsi et si l’on va le tourner en dérision parce qu’il a un gros nez ou parce qu’il porte des lunette de vue, c’est comme si l’on critiquait l’œuvre de Dieu et je trouve cela très malsain. La majorité des jeunes ne voit pas les choses sous cet angle là malheureusement. Tout ce qui compte pour eux, c’est qu’ils s’amusent. Peu importe si les autres en souffrent. Je suis foncièrement contre. On peut toujours rire et s’en payer une tranche sans jamais nuire à quelqu’un », dit-elle.


 


Amal, élève de 16 ans, partage le même avis. La jeune fille trouve qu’il existe une différence entre plaisanterie et raillerie. «Toutes les personnes qui s’adonnent à ce genre de jeu savent qu’elles sont vide et superficielles. Elles savent qu’elles n’ont pas de qualités humaines. Pour se faire une place au sein d’un groupe, elles s’adonnent au sarcasme et cela leur sert doublement. D’abord, elles attirent l’attention vers elles, elles se font des amis et se sentent accompagnés et utiles. En plus, cette manière d’attaquer les autres leur donne la fausse impression d’être les meilleures et pousse autrui à les craindre. Elles ne s’attaquent qu’à ceux qu’elles n’aiment pas et les autres essayeront de gagner leur sympathie pour qu’elles ne s’attaquent pas à eux. C’est une sorte d’harcèlement que l’on doit tous dénoncer. Et puis, même si elles n’ont pas vraiment l’attention de blesser les autres, je n’admets pas que l’on plaisante et que l’on passe d’agréables moments aux dépens des autres », dit-elle.


 


Mehdi, 17 ans, se fixe également  des limites en matière de plaisanterie. « Je peux pousser quelqu’un, le frapper, le ridiculiser, lui abîmer ses choses, lui faire des gestes humiliants, le mettre dans l’embarras en faisant circuler sur lui des rumeurs gênantes, en lui donnant des surnoms dégradants ou encore en divulguant ses secrets… Pourrai-je prétendre pour autant que j’agis au nom de la plaisanterie? C’est totalement absurde ! Il est vrai que celui qui fait de telles choses peut passer d’agréables moments, il peut également devenir populaire et jouir du titre de quelqu’un de sympathique. Mais les victimes qui payent le prix de ces plaisanteries doivent vraiment en souffrir et c’est ce qui rend cette plaisanterie inconcevable. Un minimum de moral exige que l’on se fixe des limites. Rire des malheurs des autres, cela n’a rien de drôle, au contraire ! Et puis qui nous garantit que demain on ne fera pas l’objet d’une telle raillerie. Je n’accepte pas que l’on se moque des autres. Toutefois, j’adore rire et si je suis en tête-à-tête avec un ami très proche, on peut s’adonner à ce genre de jeu. On ne nous écoute pas, donc personne n’utilisera cela pour se moquer de l’un de nous et puis entre vrais potes, on pouvait se permettre ce genre de chose juste pour plaisanter surtout si l’on a confiance l’un en l’autre et que chacun est certain que l’intention de son vis-à-vis n’est pas du tout mauvaise», dit-il.


 


Oussama, élève de 16 ans, est contrairement aux autres, partisans de l’humour noir. Le jeune homme ne rate aucune occasion pour se payer d’agréables moments même s’il doit se moquer des autres. «Si nous avons un défaut physique ou un tic, nous pouvons toujours en rire ! Cela permet de décoincer ! Celui qui n’accepte pas que l’on rie de ses défauts est quelqu’un de complexé ! Après tout cela n’a rien de méchant, c’est juste pour rire ! Moi, je n’éprouve aucune gêne si on me taquine ou même si on se moque de moi. J’ai les armes qu’il faut pour répondre et le meilleur est celui qui fera rire le plus de personne possible. C’est une sorte de jeu, cela n’a rien d’immoral. D’ailleurs, je ne focalise que sur ceux qui s’énervent le plus. Ils souffrent d’un complexe d’infériorité et c’est justement pour enlever sa susceptibilité exagérée et pour le guérir de son complexe que je le fais. N’empêche que cela me permet aussi de passer d’agréables moments et de gagner la réputation de quelqu’un de sympathique », dit-il.


 


Achref, élève de 18 ans, trouve contrairement à Oussama, que le sarcasme n’a rien de drôle. « Seules les personnes inhumaines et égoïstes se permettent de passer d’agréables moments sans prendre en considération que cela peut blesser et humilier les autres. Il est très facile de tourner les autres en dérision et de se moquer. Ce qui est difficile par contre, c’est de faire rire sans jamais irriter qui que ce soit. Ceux qui croient maîtriser l’art de la plaisanterie parce qu’ils savent se moquer et humilier les autres doivent se détromper ! S’ils essayent de faire rire sans utiliser cette vile méthode, ils ne feront rire personne. Ils doivent donc arrêter de se croire drôles et sympathiques parce qu’ils ne le sont pas. Ce sont juste des personnes mal élevées, vides et superficielles.  Et le comble, c’est que certains ne se contentent pas de railler les amis, ils s’attaquent aussi aux personnes, aux vieilles personnes…ils tirent sur tout ce qui bouge et il va peut être falloir qu’il y ait une loi qui interdit ce genre de comportement », propose-t-il.


 


Abir CHEMLI  




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com