Fadhl Chaker/Amal Hijazi : Quand la soirée se mue en karaoké





Elle est belle et jolie. Dans le jargon de beauté, on parle de bombe. Amal Hijazi était mercredi dernier cette bombe. Lui, c’est Fadhl Chaker, la coqueluche de tous et toutes.


Lui chante l’amour à sa façon, douce et romantique.


Dommage, on ne les a que peu écoutés. Car c’est le public qui a le plus chanté et fait (ou imposé) le spectacle.


 


Nous avons vu des gens agités. Nous avons vu un amphithéâtre plein à craquer. Et nous avons vu de toutes les couleurs et de tous les spectacles. Pour les uns, on est heureux et pour les autres, on est terriblement navré.


Tout ceci pour une Amal Hijazi sur des nuages et un Fadhl Chaker au zénith de la gloire… Jusque-là, tout nous paraît normal (ou presque).


Pour ce qui est normal: les choses vont bien pour deux artistes d’une bonne facture sur la prestigieuse scène de la ville punique. Les choses vont aussi, admirablement bien, pour les 12, 13 mille ou plus (ici, on est loin d’être hyperbolique) présents à Carthage le 15 août courant. Mais à quel prix! Quand il s’agit d’un bon produit, on est tous prêts à payer le prix qu’il faut. Le prix du spectacle. Ce qu’on a vu, c’est que tout ce beau monde a payé pour seulement se donner en spectacle. Bizarroïde est le comportement du public. Dès qu’il est sur les gradins, c’est lui qui danse. C’est lui qui chante… Et impossible de l’arrêter. Il n’y a aucun moyen de l’arrêter. Même la star n’a pas le droit de chanter.


Difficile de chanter dans ces conditions-là. Dans l'euphorie, dans la folie, dans            l’hystérie à volonté, il n’y a plus de place pour les sages. Le monde est déchaîné…


Cela est devenu quasiment rituel chez nous. Donc ça se normalise au fil des spectacles et… se banalise.


Autre chose a retenu notre attention: à l’entrée principale, il se passe des choses… Des choses peu catholiques.


Même les directeurs (financier et artistique) du 43ème festival de Carthage se sont trouvés dépassés. Incapables de gérer la situation qui leur a échappé au profit           d’autres gens. C’est toute une armada qui contrôle les billets, les abonnements et les disques distribués gratuitement (pour quatre personnes). Mais impossible de maîtriser la situation et entre les filets, quelques poissons incontournables glissent dans la foule. Et il faut courir pour les rattraper… Au cours de la poursuite, on finit par lâcher. On nous dit que près de la moitié de ces fans est entrée par ses propres moyens. Et à chacun ses moyens. L’essentiel est de se trouver de la fête. Peu importe, une chamaillerie ou une rixe ne change rien à l’objectif. Tous les yeux sont rivés sur la scène et les clous rivés à ces gens de la porte, en carton.


L’objectif n’est plus ce qu’on offre sur scène. Mais c’est faire la fête en présence de l’adulé(e). La scène est prétexte.


Nous avons entendu des cris, des sifflements et des… chants… Mais qui a chanté en vérité. Est-ce le chanteur payé en dollars ou le public? La voix suave de Amal Hijazi a fondu… Celle de Fadhl Chaker s’est dispersée au profit de la chorale des milliers de gens heureux. Un peu trop heureux, perdant même, au fil de la soirée, leur lucidité. La morale de l’histoire, c’est ce phénomène social à étudier…


Et pour conclure: puisqu’on a été mis presque aux vestiaires (sous la tente de presse) faute de place et faute de se trouver dans des situations plus respectueuses, on a prêté l’oreille et on a fait très attention.


Les échos nous sont parvenus vaguement. Nous avons cru entendre quelque chose de la première partie, comme «Hala», «Zaman»… et pour la seconde partie qui a eu lieu aux environs de minuit et jusqu’à tard dans la nuit: «Ya ghayeb», «Akhidhni maâk», «Maâkoul». Le reste nous a échappé et nous a été insaisissable, incompréhensible, indétectable… Et l’autre reste, on ne l’a pas entendu. Tout simplement parce qu’on est rentré chez nous… épuisés… ulcérés et il nous a été impossible de résister davantage.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com