Les jeunes et les corrections parentales : Rien ne sert de frapper, il faut partir à point !





Il est difficile pour un parent de trouver une recette toute faite afin de garantir une éducation saine et équilibrée pour ses enfants. Certains optent pour une discipline stricte, d’autres pour une éducation libérale et entre les uns et les autres, nombre de parents misent sur les sanctions, les punitions voire sur l’agressivité… Qu’en pensent justement les jeunes ?


 


Tunis-Le Quotidien


Le premier rôle des parents est celui d’éduquer. L’éducation est une responsabilité beaucoup plus compliquée qu’on ne peut le croire. Avant de s’adonner aux punitions et aux sanctions, les parents sont redevables d’informer et d’apprendre aux petits la différence entre le bien et le mal. Or, par ces temps marqués par une course après la matière, les deux parents travaillent et l’éducation des enfants est généralement livrée à une tierce personne qui ne prendra pas, a priori, la peine de discuter avec l’enfant et de répondre à ses infinies questions. Cet enfant commence à grandir sans avoir eu droit à une éducation de base qui lui permet d’avoir le sens du discernement. Les géniteurs, rentrent débordés de leurs boulots. Epuisé, le père a besoin de respirer, il va au café du coin pour décompresser ou reste devant la télé. Si l’enfant vient vers lui, il ne peut pas lui accorder toute l’attention qu’il faut. C’est du pareil au même pour une maman qui, après une rude journée de travail, se noie dans les tâches ménagères, la cuisine etc. Si c’est vers elle que l’enfant se dirige, il n’aura pas beaucoup plus de chances d’être écouté. Résultat : ces petits continueront de chercher une réponse à leurs questions auprès d’autres personnes et là, ils risquent de frapper à la mauvaise porte, à leurs risques et périls… Cet enfant manquera également d’affection et il peut aussi avoir besoin de compenser ce manque affectif en s’adonnant à des comportements à risque… Croyant bien faire, les géniteurs doublent leurs doses de discipline et allongent la liste des interdits aux enfants. Toujours sans trop se donner la peine d’expliquer, ils pensent que c’est le meilleur moyen d’éviter le pire. Or, si un enfant ne comprend pas pourquoi un tel ou tel comportement est banni, il continuera à agir de la même manière. Les châtiments des parents ne changeront rien. Pourquoi ? Il n’admet pas qu’il est en train de commettre une erreur. Nombre de parents n’ont pas la force d’avoir une discussion avec leurs petits, ils se contentent de les punir, de leur dire des mots dégradants, voire de les violenter…Ils pensent que c’est la seule alternative pour remettre leurs enfants sur la bonne voie. D’autres, se rendent compte à ce moment là que l’enfant échappe à leur contrôle, ils essayent de se rapprocher d’eux et de renouer le dialogue. Or cet enfant qu’on a toujours délaissé acceptera difficilement cet intérêt qu’on lui accorde subitement… Comment est-ce que les parents se conduisent-ils justement ? Comment les jeunes réagissent-ils face aux différentes méthodes de correction ? Témoignages.


 


Walid, élève, 18 ans, semble faire partie des chanceux. Le jeune homme a toujours eu une relation souple avec les géniteurs. Il a oublié le langage agressif et les raclées depuis belle lurette. «C’est sur le dialogue que repose ma relation avec les géniteurs. Il est vrai que j’avais droit à quelques raclées de la part de mon père lorsque j’avais des résultats scolaires insatisfaisants. Mais cela a cessé lorsque j’ai atteint l’âge de dix ans. Mon père tenait fréquemment de longues discussions avec moi. Il me donnait l’occasion de m’exprimer et me faisait comprendre où résident exactement mes failles. Il a toujours été présent pour moi. Aujourd’hui nous entretenons une relation basée sur la souplesse, les discussions et la compréhension. Si j’ai un problème ou si j’ai besoin d’être guidé, c’est vers lui que je me dirige et il a toujours su m’orienter, me conseiller et me pousser à réfléchir. C’est mon ami le plus fidèle. Ma mère aussi m’écoute et me consacre une grande partie de son temps. Je pense être chanceux d’avoir des parents comme les miens. Nombre de parents utilisent des méthodes incorrectes. Leurs enfants sont arrogants et se montrent irrespectueux à leur égard et à chaque fois ils doivent les frapper pour les remettre sur place. Sauf que ça ne marche pas, puisqu’ils recommencent à chaque fois. Je pense que la responsabilité revient essentiellement aux parents parce qu’ils n’ont pas donné à leurs descendants l’éducation de base qu’il faut depuis l’enfance», explique-t-il.


 


Môtez, élève, 15 ans, reçoit encore des raclées. Il a également droit à des corrections qu’il juge injustes. «Le problème se pose avec ma mère. D’abord elle prend toujours partie pour ma sœur benjamine. C’est la seule fille et elle est la plus jeune et ma mère la favorise à tous les coups. Il suffit qu’elle aille me dénoncer pour que ma mère s’énerve après moi et qu’elle me frappe. De plus, elle me donne des raclées à chaque fois qu’elle juge que je suis rentré tard. Elle ne m’explique pas pourquoi je dois rentrer tôt. Après tout, je ne faisais rien de mal et ceci est valable aussi bien durant les vacances que durant la saison scolaire. Elle ne me parle pas. Dès que je rentre, elle se met à me sermonner en criant et si elle lit sur mon visage un désintérêt, elle me donne des baffes. C’est trop humiliant à mon âge d’être traité de la sorte. J’aurais tant aimé qu’elle soit plus à mon écoute et qu’elle arrive à me convaincre. Pourquoi dois-je rentrer tôt si je suis en vacance, que je n’ai pas de devoirs à faire et que je m’ennuie à mourir lorsque je reste à la maison ? C’est injuste et je me sens vraiment malmené», confie-t-il.


 


Hamza, 16 ans, est rudoyé par son père à chaque fois qu’il rentre tard. «Chez moi, on dirait qu’il y a un couvre-feu. Dès que je dépasse une certaine heure, mon père se met à hurler et il me traite avec rudesse. Des insultes aux baffes en passant par la privation d’argent, j’en vois de toutes les couleurs. Il est vrai qu’il essaye ces derniers temps de s’approcher de moi et il fait tout pour qu’on ait des discussions, mais c’est trop tard. Il ne m’a jamais écouté avant. Lorsque j’étais petit et que j’avais vraiment besoin de sa présence, de son affection et de ses conseils, il n’était pas là. Il accordait plus d’intérêt à son boulot et ses sorties entre copains. Cela a instauré plusieurs barrières entre nous. Il est impossible aujourd’hui de récupérer le temps perdu. J’ai pris l’habitude de considérer mon père comme cette personne toujours là pour me frapper et me punir et jamais là pour m’épauler et me soutenir. Ce n’est plus possible maintenant de renouer le dialogue. Je sais qu’il a peut être raison et que je dois rentrer tôt à la maison, mais je continue à rentrer tard. Pourquoi ? Je ne sais pas vraiment, mais il se peut que ce soit ma manière à moi de le punir pour ces longues années d’absence», confie-t-il.


 


Khalil, 18 ans est l’aîné. Le jeune homme n’a rien à reprocher à ses parents. Toutefois, ses frères plus jeunes ont droit à de rudes corrections et il pense que c’est en quelque sorte légitime. «Nous avons les mêmes parents et nous avons reçu la même éducation. Moi je n’ai aucun problème avec mes parents. Par contre il y a des conflits entre eux et mes deux frères encore à l’âge de l’adolescence. C’est l’âge de l’entêtement et chaque fois qu’on me permet quelque chose qu’on leur interdit, ils ont l’impression que c’est injuste. Or, à leur âge, je n’avais pas non plus le droit à certaines choses et mes parents essayent de leur faire comprendre cela mais la fougue et la rébellion de l’adolescence les empêchent d’écouter et de comprendre. Ils sont donc à chaque fois punis ou rudoyés. Moi en revanche, je ne veux pas en arriver là. Je fais en sorte de ne pas laisser les choses dégénérer. Je tiens à ce que j’aie une relation basée sur la confiance, le respect et l’amitié avec eux. Je crois que chacun doit faire des efforts et les conflits peuvent se dissiper petit à petit», dit-il.


 


Abir CHEMLI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com