Festival de Carthage : La Rachidia, en apothéose…





Avec la Rachidia à la clôture du 43ème Festival international de Carthage, la scène punique a retrouvé jeudi dernier (enfin) son aura d’antan. Et grâce à ce monument du patrimoine, bonnement revisité, on a presque sauvé et in extremis la face et la réputation de la doyenne de nos manifestations artistiques et culturelles. Dieu merci!


 


On peut maintenant respirer !!! Ce qui est à faire, a déjà été fait. On a tiré, bon gré mal gré, les stores sur une session de toutes les couleurs de la bizarrerie et en dents de scie. De l’extrême à l’extrême…


Pour les uns, il s’agit d’une délivrance. Pour les autres, c’est maintenant ou jamais pour faire le bilan, voir ce qui va et ce qui ne va pas et commencer le travail.


Que faire? «Tout simplement revoir la session dans son in extenso et en prendre note pour échapper, dans les sessions à venir, aux risques de tomber encore une fois dans la médiocrité».


Jeudi 16 août, on a eu droit à une clôture en beauté, digne de ce festival de Carthage. La soirée était de pur son tunisien et ça nous a réjouis après tant de déceptions.


La scène: en arrière fond, il y a un décor avec des arcades d’un style arabo-andalou. Simple et fort sobre.


Puis, on a suspendu à droite et à gauche de cette scène deux écrans géants passant en revue le long de la soirée des photos d’archive de la Rachidia avec ses légendes et autres héritiers. Tantôt en noir et blanc, tantôt en couleurs, selon l’évolution technologique. Sur cette scène, un nombre impressionnant d’artistes (ici, on parle d’une cinquantaine au moins entre instrumentistes et chorale). Impressionnant aussi est la tenue vestimentaire qu’on a choisie pour les filles et les garçons. Tout de blanc vêtus, et le costume traditionnel remis au goût du jour leur va à merveille. Une rare élégance. Tout au centre, un Zied Gharsa au zénith de l’art. Il était rayonnant ce maestro d’amour et bien à l’aise.


Le public: c’est ça le public de Carthage ou rien. Un public d’une certaine classe. Un public différent de celui de la veille, de l’avant-veille et de toutes les  «rotaniat». C’est un public connaisseur et qui sait écouter, savourer et apprécier la musique. La vraie.


Parmi ce public d’une autre étoffe, il y a certes ceux qui sont invités pour le soir clôtural et c’est tout à fait normal. Mais aussi, il y a ceux, et ils sont fort nombreux, qui sont passés à la caisse et par les guichets. Des amoureux et fans de la bonne musique.


Résultat: tout nous prépare pour un grand moment et toutes les couleurs étaient annoncées, accentuées à loisir… La soirée s’est déjà profilée d’une certaine facture pour nous faire oublier les quelques soirées de fiasco de la session 2007 et surtout la fausse copie de La Rachidia lors du spectacle de la zaza qu’a «offert» Fadhel Jaziri, un certain été 2005.


 


Des airs de chez nous


Pour cette clôture avec ce temple sacré de notre patrimoine musical, la tâche est loin d’être facile aux héritiers. Surtout que cette Rachidia ne s’est produite que dans des espaces plus ou moins exigus (son fief de Dar Hassine ou au Théâtre municipal de Tunis) et rarement ailleurs.


«Voir ces milliers de gens comblés jusqu’à tard dans la nuit nous a redonné confiance en nous pour continuer dans le sillage de nos ancêtres à qui on lance une pensée de gratitude», nous a confié Zied Gharsa au sortir de son concert de deux heures trente de bonheur. Il était aux anges… Et il y a de quoi. La bonne écoute, les applaudissements et les youyous venant des gradins en guise de satisfaction expliquent le tout d’un concert réussi.


Tout un éventail du âtiq et du malouf. Des ébauches de «naôuret al akhtam» de feu Tahar Gharsa, de «maâzoufet layali Tounès» du regretté Ali Sriti et autres de Khemaïes Ternane, Mohamed Triki, Ridha Kalaï, Abdelhamid Ben Algia et autres «naôuret ettoboû» et «naôuret alakhtal». Des morceaux repris intégralement et d’autres revisités avec quelques touches discrètes et soyeuses.


D’autres clins d’œil et quelques mascottes comme «Meguies», «Trahwija» et «Taâlila» de la fin ont été très bien accueillis par un public heureux. Heureux de son patrimoine et de son identité. Heureux de ces gens qui font le nécessaire pour assurer la continuité entre les générations. «Nous remercions notamment le ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine qui a tenu à ce que la Rachidia fasse la clôture de ce 43ème festival. Nous vous remercions d’être là. Nous avons besoin de vous», a lancé lors de la soirée Zied Gharsa à son public acquis, et à qui, il a offert Loumima, un texte du poète médecin Ali Ouertani (destiné à madame Gharsa présente et à toutes les mamans sans exception) et «Maâmoulek lellah» autre nouveauté de l’enfant (de son père) Gharsa composée sur un texte écrit par l’autre Ali (Louati), un excellent bricoleur de mots et de scènes.


 


Mélodieusement vôtre


A travers ce concert de clôture intitulé «Mélodies éternelles», tout le monde est sorti heureux. Les anciens ont eu l’hommage qu’il faut. Le public, de son côté, a eu enfin sa dose de bel art. Sa bonne dose, et il l’a bien méritée.


 


Le mot de la fin


Nous ne pouvons pas écrire cet article sans dire un petit mot sur la Rachidia qui persiste et continue à signer les succès.


Ça remonte à novembre 1934 quand Mustapha Sfar a présidé une séance de l’association Al Khaldounia et il a été décidé à l’unanimité de baptiser la troupe de Rachidia.


La Rachidia tire son nom de Mohamed Arrachid Bacha Bey qui a préféré se retirer du trône et dédier sa vie à sa passion du chant et de la musique.


Dans l’historique de cette prestigieuse troupe, se sont succédé des gens et des notoriétés. On pense ici à Mohamed Arbi Kabadi, Mohamed Lasram, Ahmed Ben Mami, Mustapha Sfar, Mustapha Kaâk, Moncef Okbi, Ahmed Ben Ammar, Tahar Zaouche, Mohamed Ben Abdallah, Abdelkader Belkhodja, Jameleddine Bousnina, Abdelaziz Chaâbane, Belhassen Lasram, Tahar M’hiri, Docteur Khayyat et les autres.


Les autres plus en lumières: Khemaïes Ternane, Kaddour Srarfi, Ibrahim Salah…


Et d’autres monuments sacrés comme Mohamed Triki, Tahar Gharsa, Choubeïla Rached et autres héritiers qui ambitionnent de garder jalousement le patrimoine qui a pris de la teneur en 1941 avec une musique savante, aux couleurs tunisiennes. Du pur jus. Une Rachidia qui continue à faire notre fierté nationale.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com