Les jeunes et le mensonge : Dérapages contrôlés… par nécessité





Le mensonge peut avoir plusieurs formes. Certains, croyant bien faire, mentent pour éviter les problèmes. D’autres mentent pour se vanter. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui mentent comme ils respirent. Le mensonge peut devenir chronique et se transformer en des cas pathologiques qui nécessitent carrément un traitement spécial…


 


Tunis-Le Quotidien


Depuis la petite enfance, les parents inculquent à leurs enfants un ensemble de valeurs. Parmi les leçons qu’un enfant est redevable de retenir : celle de ne jamais mentir. Ils ne peuvent pas tolérer que leurs enfants débitent des mensonges. Pour mieux retenir la leçon, c’est aux parents d’ailleurs de donner l’exemple. Or, un papa peut demander à son fils de dire qu’il n’est pas encore rentré si jamais un ami indésirable frappe à la porte. A priori, le petit garçon dira : « mon père te dit qu’il n’est pas encore rentré ». Une réponse tout à fait juste et innocente mais qui lui vaudra une bonne raclée ! De l’autre côté, la maman, accompagnée de sa petite fille, n’arrête pas de se vanter lors de ses conversations de salon et déforme totalement un événement qui s’est déroulé la veille. Généralement, la petite fille lui coupera innocemment la parole: «Non maman, as-tu oublié? Ca ne s’est pas passé comme ça, je vais te rappeler ce qui s’est réellement passé… » Cette intervention lui coûtera un dur châtiment… Ces enfants n’ont fait que relater la vérité dans sa vraie version. Pourquoi ? Ce sont leurs parents qui lui ont fait des sermons en long et en large sur la franchise et sur la nécessité de ne dire que la vérité et rien que la vérité… Ces mêmes parents, mentent. Pis encore, ils les ont puni parce qu’ils ont dit la vérité ! Qu’est-ce qui va se passer dans la petite cervelle de ces titis? Ils peuvent penser que les mensonges sont interdits aux petits seulement. Mais si c’est le cas, pourquoi les a-t-on punis lorsqu’ils ont dit la vérité ? Plusieurs confusions s’imposent donc. Et le comble, c’est que ces petits devant qui on a menti et qui ont été corrigés sans avoir menti, se permettront dorénavant de mentir, comme papa ou comme maman… Toutefois, lorsqu’ils gagneront en maturité, certains arrivent à avoir le sens du discernement. Ils ne mentent que s’ils sont vraiment obligés. Des « mensonges blancs » comme on dit ! D’autres, en revanche, risquent de devenir carrément mythomanes. Ils s’adonnent à des  mensonges auxquels ils  semblent croire. Ils laissent libre cours à leur imaginaire et agissent partiellement ou complètement comme si c’était vrai. Une pathologie qui sert de compensation pour le « malade » afin qu’il comble sa réalité non satisfaisante. L’entourage confond généralement le simple mensonge avec le mensonge pathologique. Ils peuvent donc ridiculiser, voire tourner en dérision celui qui, pour eux, n’est qu’un frimeur. Or, ces présumés menteurs croient dur comme fer ce qu’ils disent et confondent fabuleusement la réalité et l’imaginaire. Ce qui n’est pas le cas pour quelqu’un qui ment par vice.


Hichem, étudiant en troisième cycle, âgé de 26 ans, pense qu’il est vraiment difficile de ne jamais mentir. « Lorsque nous sommes devant un problème et qu’on sait qu’un mensonge peut nous éviter le pire, on va sûrement mentir. Sur le tas, personne ne pense au bien, au mal et aux conséquences de ses mensonges. Ce qui compte le plus pour lui, c’est qu’il arrive à s’en sortir. Généralement, c’est devant quelqu’un qui a une certaine autorité qu’on est obligé de mentir : les parents, les enseignants ou les supérieurs hiérarchiques. Si j’ai commis un acte qui peut énerver mes géniteurs, je dois leur mentir pour qu’ils ne se fâchent pas. Si je ne fais pas mes devoirs, je dois également trouver une raison valable et inventer un scénario qui tient la route pour éviter les sanctions de mes professeurs. Si je suis face à un supérieur et que j’aspire à un poste, je dois bien prétendre avoir de l’expérience pour maximiser mes chances. Les personnes trop franches et trop réglos peuvent recevoir de mauvais coups. Il faut parfois mentir pour se trouver une place au soleil. Cela n’a rien de méchant, c’est juste pour que les choses avancent », dit-il.


Sabrine, 22ans, ne ment que dans une seule condition, celle d’éviter la colère des parents. « Parfois, on ne fait vraiment rien de mal. Et quand bien même nous ne commettons pas d’erreurs, les parents ne comprennent pas. Ils nous disent toujours de leur révéler la vérité et qu’ils vont se montrer compréhensifs. Or, à chaque fois qu’on leur déballe la vraie version des choses, ou bien ils s’énervent après nous, ou bien ils nous interdisent de sortir. Je peux dire à mes parents que j’ai envie d’aller au cinéma avec mes copines par exemple et généralement ils me l’interdisent. Ils pensent que je cache une partie de la vérité. Or, si je leur dis que je vais réviser chez une copine, ils ne diront pas non. A part ce genre de petits mensonges sans gravité, je ne mens pratiquement pas du tout », dit-elle.


C’est kif-kif pour Sabra, étudiante de 22 ans, qui ne ment que pour éviter les quiproquos avec son papa. « Je suis d’emblée contre le mensonge. Toutefois, je crois que le fait de mentir dépend toujours de la personne à laquelle on a affaire. Par exemple, je n’ai pas menti ne serait-ce qu’une seule fois à ma mère. Elle me comprend et ne se met pas à tout interdire juste pour mettre son autorité en avant de la scène. En revanche, c’est le cas de mon papa. Il est incapable d’approuver ce que je fais. D’ailleurs je ne me souviens pas d’une seule fois où il m’a dit oui. Il est toujours contre. Ce qui est vraiment bizarre, c’est qu’il me soumet à des interrogatoires et si je dis la vérité, il ne me croit pas. Il a toujours l’impression que je lui cache un truc, or c’est la pure vérité ! Résultat : je lui mens. Paradoxalement, là il me croit », dit-elle.


Aymen, étudiant de 20 ans, est d’emblée contre le mensonge. Le jeune a arrêté de mentir depuis belle lurette. « Le mensonge est un signe d’irresponsabilité. Si on ment, c’est qu’on est incapable d’assumer nos actes. Or, je pense être quelqu’un de responsable. De plus quelle que soit la raison du mensonge, cela est lié à une nature hypocrite. Et franchement, il suffit qu’on me mente une seule fois pour que je n’aie plus confiance en cette personne. Comment est-ce que je peux donc mentir aux autres ? Ils doivent penser que je suis hypocrite et que je ne suis pas digne de confiance. Je ne me souviens d’ailleurs même pas de mon dernier mensonge tellement il remonte loin dans le temps. Lorsque j’étais petit, je mentais à mes  parents de temps à autre juste pour éviter les punitions. Je peux nier avoir cassé un truc ou avoir oublié de faire mes devoirs. Mais à mon sens, ce n’est pas vraiment vilain, Je tenais à ce qu’ils ne soient pas en colère contre moi. Et puis, je trouve que la vérité est le meilleur moyen de faire face aux problèmes d’autant plus qu’un seul mensonge ne suffit parfois pas. Du coups, l’on est pris dans notre propre piège et plus on ment, plus on s’enfonce dans un gouffre dont  l’issue ne sera vraiment pas du tout évidente », explique-t-il.


Khaled, étudiant de 20 ans, pense que le mensonge est nécessaire surtout si l’on vit dans un entourage qui ne croit qu’aux apparences. « Il faut imaginer être au milieu d’une bande où le mot d’ordre est la frime. Ca va être difficile de se faire une place. Tout le monde se vante et invente des histoires pour attirer l’attention d’autrui. Si l’on ne joue pas le jeu, on nous regardera de travers. Le mensonge est nécessaire aussi avec les filles. Si je dis à ma petite amie que j’ai oublié de l’appeler parce que je jouais aux cartes avec les copains, elle va s’énerver et croire que je la classe au second rang. Je risque donc de la perdre pour une raison futile. Je dois lui inventer une excuse valable. Mais ce n’est pas vilain. Je ne dois pas non plus dire la vérité si je craque pour la beauté d’une actrice ou même d’une fille de l’entourage. Je dois lui dire que je trouve qu’elle est la plus belle. Sinon, j’aurai droit à sa crise de jalousie et des bouderies qui durent des jours entiers. C’est donc pour une bonne cause. Idem pour ne pas fâcher les parents. Si je rentre tard, je dois prétendre que j’étais en train de réviser . Si je leur dis que l’ambiance à la discothèque m’avait empêché de rentrer, j’aurais droit à des engueulades et des sermons. Je ne dis pas toute la vérité et la roue tourne», dit-il.     


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com