Les jeunes et la transparence dans les relations interpersonnelles : A macho invétéré, cache-cache forcé !





Le passé de tout un chacun fait partie de son jardin secret. Les uns n’en parlent jamais. D’autres déballent tout pour se sentir libérés de ce fardeau qui pèse lourd sur la conscience. Un nouveau partenaire a-t-il justement le droit de tout savoir ? Cette transparence est-elle  d’un apport positif à la relation ?


 


Tunis-Le Quotidien


Toute relation interpersonnelle doit être bâtie sur des bases solides pour avoir des chances de perdurer et de résister à toutes les secousses éventuelles. A priori, la franchise, la sincérité et la transparence font partie des piliers essentiels qui garantissent la survie d’une relation interpersonnelle. Il ne doit donc pas y avoir de secrets si on aspire à une relation durable et surtout à une vie commune. Or, plusieurs personnes, croyant bien faire, se mettent dans une peau qui n’est pas la leur. Ces êtres là, pensent qu’ils doivent montrer la meilleure image de soi pour…appâter le vis-à-vis. Une stratégie qui semble donner ses fruits à court terme. Le partenaire a l’impression de trouver chaussures à ses pieds et peut facilement tomber amoureux de cette « image » de la personne. Or, les expériences qu’on a vécues et les personnes avec qui on a partagé des moments de notre existence, représentent  l’histoire de la personne. Les racines de notre famille, ce que nous avons réalisé, nos principes et nos croyances, nos qualités et nos défauts, font notre identité. Face à un nouveau partenaire, chacun ne racontera a priori que les choses positives. Les choses négatives doivent être jetées aux oubliettes. Ils leur passent des informations filtrées. Certaines tranches de notre vie ne méritent pas des louanges. L’être humain est certes apte à commettre des erreurs, d’avoir certains passages de sa vie qu’il a envie d’enterrer à jamais. Ces événements négatifs et douloureux ont, après tout, pris fin et ils font partie du passé. Ils doivent donc être oubliés…Mais après un certain temps, lorsqu’on est sûr que l’autre est totalement mordu, on peut s’aventurer à baisser les masques. La vérité éclate au grand jour et l’autre découvre une autre facette de la personne qu’on est censée connaître en profondeur… Chez certains, cela choque et laisse des séquelles, ils sont incapables de passer l’éponge et d’oublier ces cachotteries. D’autres arrivent à tourner la page et repartir à zéro. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui jugent plus raisonnable de partager tous les secrets profondément dissimulés en soi avec leur partenaire. Une manière de se sentir libres et en paix. Ils veulent être transparents et craignent de vivre menacés par la divulgation d’un mensonge, d’une cachotterie ou d’un secret…


 


Amine, candidat au bac de 18 ans, pense qu’il ne faut jamais souffler sur les cendres pour ne pas éveiller un volcan qui…dort. « Je pars du principe que le passé est déjà passé. Si je ne faisais pas partie du passé de ma partenaire, je n’ai pas forcément le droit de tout savoir ! A quoi cela peut-il servir si c’est enterré et oublié à jamais ! Je n’ai le droit d’être mis au courant que si ce passé influe sur le présent ou sur le futur qui, normalement, m’appartient à moi seul. Toutefois, même si je me rends compte que ma partenaire m’a caché des choses, je peux le tolérer. Je pense que chaque être humain a son petit jardin secret et il a le droit de garder certaines choses pour lui. En plus les secrets ont un certain charme. Ca peut tenir en haleine les partenaires. Il est évident que l’on ne peut pas se fier totalement à cet être et tout lui dire depuis le début. Il faut d’abord savoir si c’est la bonne personne ou non.», dit-il.


 


Sofiane, 20 ans, étudiant, croit, contrairement à Amine, qu’une relation durable nécessite une transparence totale. « Le fait de cacher des choses pour aiguiser la curiosité de l’autre ou encore pour jouer aux mystérieux relève de l’immaturité. C’est valable pour des adolescents qui aiment jouer à cache-cache. Si on aspire à une relation durable, il faut  être clair. Le partenaire avec qui on va partager toute notre vie a le droit de connaître la personne: son passé, ses rêves, ses craintes, ses objectifs…tout quoi ! Cette transparence est une sorte de libération. On ne craint plus rien et si le passé ressurgit en surface, il ne nous fait pas peur parce que l’autre l’a déjà su et accepté. Si je me rends compte que ma partenaire m’a caché certaines choses, je dois avoir des explications. Si elle a des raisons valables de m’avoir caché des choses, je peux oublier à condition de me promettre qu’elle ne me cachera plus rien. Pour vivre libre et en paix, il faut tout partager, même le passé », dit-il.


 


Alaa, candidat au bac de 19 ans, comprend que certaines choses ne peuvent pas être révélées dès le début. Mais ce qu’il n’admet pas c’est que ces cachotteries persistent. « Je suis foncièrement contre le fait qu’on se cache des choses si nous aspirons à une relation sérieuse. Je ne peux pas imaginer que je cache des choses à ma partenaire et vice-versa alors qu’on va vivre ensemble pour la vie. Tout doit être tiré au clair avant de passer aux choses sérieuses. Si ma partenaire me cache certaines choses au début et qu’elle me les avoue plus tard, je pense que je vais comprendre qu’elle ait eu peur de m’en parler au début parce qu’elle ne me faisait pas encore confiance et je crois que c’est tout à fait légitime. En revanche, si je découvre tout seul qu’elle m’a caché des choses surtout s’il s’agit de choses décisives, je considérerai cela comme un mensonge prémédité et bien calculé. En aucun cas, je ne pourrai lui pardonner parce que je n’aurai plus confiance en elle et quoi qu’elle dise, je continuerai à la voir malhonnête. Elle n’a pas le droit de m’induire en erreur. Si je me rends compte qu’elle a essayé de me piéger d’une manière ou d’une autre, c’est qu’elle est de mauvaise foi. Tout le monde peut se tromper, c’est humain et je peux pardonner mais qu’on essaye de me leurrer et de me mystifier, cela, je le refuse », dit-il.


 


Mohamed, 21 ans, pense que tout doit être dit, mais chaque chose en son temps. « Il est compréhensible que certaine choses ne peuvent pas être dites. Il faut d’abord avoir confiance en notre vis-à-vis avant de tout lui dire. Et cela est valable aussi bien pour l’homme que pour la femme. Toutefois, si on passe aux choses sérieuses et que l’on parle de mariage, il faut tout se dire. Le passé fait partie de nous, il laisse des séquelles et chacun a le droit de choisir. Si j’ai horreur d’une chose, c’est qu’on me mette devant le fait accompli et cela ne peut que prouver la mauvaise intention de l’autre. Toutefois, certaines choses ne sont pas importantes. Même si on ne les dit pas, cela ne changera rien. Mais si je choisis ma partenaire parce qu’elle paraît sage et pure et que je tombe amoureux d’elle pour ces qualités et que je me rends compte après qu’elle m’a induit en erreur, c’est que je me suis trompé sur la personne, que j’ai aimé quelqu’un d’autre et tout est donc à revoir. Pourquoi en arriver là ? N’est-ce pas mieux de tout se dire avant que les choses ne dégénèrent », se demande-t-il.


 


Zaïna, 32 ans, confirme qu’il ne faut absolument rien dire. « J’en ai eu des déceptions ! Les hommes ne veulent pas la transparence, ceux qui prétendent le contraire ne sont que de beaux parleurs. C’est du blablabla et je parle en connaissance de cause ! A chaque fois que j’entame une relation, je dévoile tout. Je suis comme un livre ouvert devant mon partenaire et peu de temps après, il fait preuve de perfidie, sinon il prend carrément la fuite. Et je me retrouve avec un grand nombre d’hommes qui connaissent ma vie sans qu’aucune relation n’aboutisse ! Tous les hommes savent qu’à un âge avancé les filles doivent avoir eu des relations avec le sexe opposé. Je ne suis pas une nonne ! Sauf qu’ils ne veulent pas l’admettre. Ils préfèrent qu’on joue aux saintes nitouches pour satisfaire leur arrogance masculine et leur côté machiste et macho! Pourquoi la femme accepte-t-elle sans problème qu’il ait connu des filles avant elle et que lui, ne le fait pas? Je me suis d’ailleurs jurée de jouer le jeu dorénavant et ce sera motus et bouche cousue », dit-elle.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com