Les jeunes et le sens de l’écoute : « Donne-moi raison et je t’écouterai jusqu’à l’aube !»





Lorsqu’on rencontre un groupe de jeunes, on les voit discuter de tout et de rien.


Pour qu’une discussion soit fructueuse, chacun est redevable d’écouter l’autre jusqu’au bout, d’accepter ses idées même si elles sont contraires aux siennes. Les jeunes acceptent-ils justement l’autre dans sa différence et maîtrisent-ils l’art d’écouter ?



 


Tunis-Le Quotidien


Certes personne n’accepte les discours moralistes et les critiques avec une grande gaieté de cœur. La dignité d’un être humain le rend irritable face à des discours truffés de morale et de remontrances. Si un ami n’arrête pas de morigéner son vis-à-vis, le discours peut virer aux disputes. Généralement, un jeune s’adresse à ses amis lorsqu’il a besoin de vider sa caisse. A priori, il a juste besoin de se débarrasser de ce poids qui lui pèse lourd et il a peut-être besoin de voir plus clair et d’être aidé à mettre de l’ordre dans ses idées. Pourquoi ne s’adresse-t-il pas aux parents ? Justement parce qu’un père ou une mère a tendance à trop sermonner. Ce qui peut pousser un jeune à garder la bouche cousue. Mais si un ami proche commence à se prendre pour l’un des parents, c’est qu’il y a hic ! Plusieurs jeunes, qui généralement ont un caractère arrogant, pensent détenir la science infuse. Par dignité démesurée, ils sont incapables d’écouter l’autre jusqu’au bout. Ils doivent absolument couper la parole à leur interlocuteur pour prouver qu’ils connaissent déjà la suite et qu’ils ont déjà la solution ou plutôt la recette miracle à ce genre de problème. Monsieur ou mademoiselle «je sais tout»  peut pourtant passer à côté de la plaque. Sauf que leur overdose de fierté les empêche de reconnaître qu’ils sont dans le tort. Ils coupent la parole et s’entêtent à avoir le dernier mot. C’est comme si le fait d’avoir la part du lion dans la discussion leur est une idée fixe. Ils acceptent mal que les autres aient des avis contraires et peuvent aller jusqu’à porter rancune contre ceux qui ne louent pas leurs idées. Plus encore, ils peuvent utiliser des propos dégradants et vivement irritants parce qu’ils ont l’impression que cela leur permet d’être écoutés. Sauf que face à des personnes qui ne savent pas écouter, qui se précipitent à tirer des conclusions et qui critiquent et sermonnent, on gardera a priori, motus et bouche cousue. Pourquoi? Parler avec eux ne ressemble pas du tout à une partie de plaisir. Les seuls discours qu’ils adorent ce sont ceux où ils prennent le dessus»…


 


Aymen, 24 ans, reconnaît qu’il ne supporte pas le fait d’avoir tort. Il fait toujours en sorte de se faire entendre même si initialement, il affiche une prédisposition à écouter et non pas à parler. « Je vais être franc : Je ne pense pas que j’ai la patience d’écouter mon interlocuteur jusqu’au bout. Disant que je ne l’écoute qu’à moitié parce que certains détails me semblent inutiles. Or l’autre tient à te narrer toute l’histoire dans les moindres détails. Il dit que ces détails font la différence. Pourtant dès que mon vis-à-vis commence à parler je peux avoir une idée claire sur l’aboutissement de son histoire. Je trouve donc inutile qu’il continue à jacasser. N’empêche que s’il m’arrête pour avancer sa manière de voir les choses, je peux écouter jusqu’à ce qu’il commence à faire fausse route. Là, je lui coupe la parole et j’impose qu’il m’écoute et s’il ne le fait pas, je peux carrément arrêter la discussion parce que c’est inutile de continuer. Il est difficile que je me laisse abattre sur ce plan parce que j’ai une sorte de sagesse infuse et personne ne me fera changer de position ou d’avis », dit-il.


 


Mohamed, étudiant, 20 ans, a la patience d’écouter jusqu’à ce que son interlocuteur ait un avis contraire au sien. Là, il utilise tous les moyens pour avoir la parole. « S’il s’agit d’un sujet général, je ne peux pas continuer à écouter si je suis sûr que mon vis-à-vis débite des âneries! Lorsque mon vis-à-vis s’entête à dire de fausses choses et que je suis sûr du contraire, je lui coupe la parole et je peux même me mettre en colère et commencer à crier. Il faut dire qu’il est difficile de me dissuader et de me convaincre d’un avis contraire. Si l’autre persiste à tenir à sa position et s’il tient à me persuader que j’ai tort et que lui a raison, je deviens irritant et j’arrête tout de suite la discussion. Ce n’est pas que je ne suis pas démocrate, mais si je suis sûr de mes idées, il n’y a aucune raison que je change de position», dit-il.


 


Sofiane, étudiant, 22 ans,  semble avoir une grande capacité d’écouter sans se lasser. « Pour être loyal et juste, il faut donner la chance à l’autre de s’expliquer clairement jusqu’au bout. Je peux écouter mon vis-à-vis parler durant une heure entière sans manifester le moindre dérangement. S’il dit des choses totalement fausses, je peux intervenir juste pour éclaircir ce point avant qu’il ne continue sur la même lancée parce que si je n’interviens pas, il va prendre mon silence pour un consentement. Là, il fera fausse route et les choses vont se compliquer. J’interviens sur chaque point pour que le canal communicatif reste maintenu et que la discussion soit fructueuse. Ensuite, je lui redonne la parole pour qu’il s’exprime à son tour. Toutefois s’il insiste, s’entête, ne me laisse pas parler alors qu’il est dans le tort, j’arrête la discussion sur le champ avant que je ne m’énerve parce qu’il y aura des susceptibilités et l’on risque de se disputer », dit-il.


 


Malek, étudiant, 22 ans. Le jeune homme peut s’énerver si son interlocuteur choisit la fuite en avant. « La discussion a des règles. Chacun a le droit d’aller jusqu’au bout de ses idées, de s’exprimer et de vider sa caisse et les intervenants ont également le droit de s’exprimer jusqu’au bout. On doit avoir le sens de l’écoute. Le plus fort est celui qui aura le dernier mot. Mais ce n’est pas en criant qu’on peut crier victoire. Si les choses en arrivent là, j’arrête tout et je refuse de continuer la discussion. Et puis parfois notre vis-à-vis se prend pour quelqu’un qui sait tout. Il peut insister pour imposer son avis alors qu’il n’a pas les arguments qu’il faut pour juger. Parfois, il s’agit de notre vie et l’autre sans écouter les détails, nous coupe la parole et commence à critiquer voire à hausser le ton. C’est un signe d’incivisme et de sous-développement. Là, j’arrête vraiment tout. Il peut croire, à tort, que le fait que je me retire veut dire que je suis battu et qu’il m’a convaincu. Or, en réalité, je refuse de continuer pour que la situation ne s’aggrave pas et pour éviter que l’on commence à se dire des mots blessants et incorrects. Il faut maîtriser le sujet dont on parle, il faut avoir le sens de l’écoute et il faut comprendre que parfois l’on a juste besoin de parler histoire de nous débarrasser de notre fardeau sans avoir besoin du moindre commentaire », dit-il.


 


Mehrez, banquier,  25 ans, peut écouter des heures et des heures. Il peut également accepter de bon cœur l’avis contraire et il n’a aucun problème à admettre ses torts si son vis-à-vis arrive à le convaincre. Il ne devient intraitable que si le sujet de discussion touche au foot. « Je suis fanatique de foot et spécialement du Club Africain. Je n’accepte aucun avis contraire au mien à ce sujet. C’est comme si l’on mettait en doute une vérité générale que tout le monde admet. En dehors de ce sujet, je peux écouter des heures durant et accepter l’avis  contraire avec une grande gaieté. Si l’autre arrive à me convaincre, je lui tire mon chapeau. En revanche, si l’autre ne me convainc pas et qu’il insiste à dire que ce qu’il avance est logique, je lui dis que je respecte son avis mais que cela ne me persuade pas. Sauf que dans des cas pareils, cet interlocuteur s’énerve. Son orgueil mal dosé ne lui permet pas de partir sans que je n’admette qu’il a raison et que moi j’ai tort ! Il peut même se mettre à me critiquer de manière violente. Pourtant, je suis apte à accepter toute idée plausible qui tienne debout. Dans certains cas, je garde le silence pour ne pas provoquer des tensions. L’autre croit qu’il a eu raison, comme d’habitude, mais moi, j’y réfléchis à tête reposée et je filtre», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com