Les jeunes et la tolérance : Pardon ne rime pas avec omission





Certaines personnes ont une grande capacité de pardonner. D’autres tiennent rancune.


Et entre les unes et les autres, il y a celles qui ne peuvent pas être toujours indulgentes. Elles ferment l’œil sur certaines erreurs, mais sont incapables de tourner la page et de repartir à zéro. A quel rang appartiennent les jeunes ? Ont-ils la force de pardonner ?


 


Tunis-Le Quotidien


La foi, la piété et la morale nous inculquent de grandes valeurs. L’être humain qui possède une grande bonté est apte à être tolérant, indulgent et clément. Sa noblesse d’âme ne laisse pas de place à la rancune et aux ressentiments. Toutefois cette tolérance, en tant que vertu, peut causer à la personne une grande souffrance dans la mesure où tous les autres le considèrent comme un être très permissif qui ne punit pas et qui ne fait jamais de contre-attaque. Non seulement les autres se permettront de commettre des erreurs, mais ils peuvent même le considérer comme la cible idéale de leur malveillance.  D’ailleurs, par ces temps où la matière règne, un intérêt peut pousser les uns à offenser les autres tout en ayant le cœur net ! Certaines personnes font tout pour parvenir à leurs fins fut-il au détriment d’autrui. Lorsqu’ils se fixent des objectifs, ils accordent peu d’importance aux moyens pour y parvenir. Ils peuvent aller jusqu’à piétiner tous ceux qui se mettent à l’encontre de leurs intérêts, quitte à ce qu’ils leur causent gratuitement du tort. Ces atteintes portées au bien-être d’autrui et les dommages moraux et matériaux subis par les victimes, créent des ressentiments et des rancunes. Si le mal subi ne les affecte pas profondément, ils peuvent toujours se montrer indulgents et pardonner. Toutefois, certains n’ont pas la capacité d’oublier. On leur a tellement fait mal qu’ils sont rongés par le désir de vengeance. Si les offenses laissent de profondes séquelles, il est difficile de passer l’éponge. Cependant, bon nombre de personnes dont les jeunes, choisissent de jeter les torts subis aux oubliettes. Ils sont incapables de porter rancune, mais ils sont également incapables de se montrer indulgents. Ils choisissent de rayer les «malfaiteurs» totalement de leur vie parce que leur nature ne leur permet pas de répondre au mal par le mal. La tolérance est certes une grande vertu. Toutefois, le fait de toujours pardonner et de s’armer de patience, de bienveillance et de clémence, peut être considéré par les autres comme un signe de faiblesse et de vulnérabilité. Dès lors, sa noblesse poussée à l’extrême, poussera les autres à commettre toujours et encore des erreurs parce qu’il est réputé être clément et indulgent, voire même naïf…


 


Amine, 25 ans, dit que certaines choses ne peuvent pas être pardonnées parce qu’elles laissent des traces très profondes. «Le pardon ne peut pas être accordé à tous de manière arbitraire. D’ailleurs même le Bon Dieu ne pardonne qu’à ceux qui reconnaissent leurs torts et qui expient leurs péchés. Que dire alors d’un être humain ! Cela dit, je ne suis pas du tout rancunier et je suis sûr que mon vis-à-vis n’a pas eu l’intention de me faire du mal. Raison pour laquelle j’oublie illico et je pardonne. Mais, si cette erreur se reproduit plusieurs fois, je suis incapable de croire à la bonne intention de l’autre. Cela ne peut avoir qu’une seule et unique interprétation : il me prend pour un niais et une personne crédule qui gobe tout ! Et plus on pardonne, plus le vis-à-vis ne fera plus aucun effort parce qu’il est pertinemment sûr que je vais finir par pardonner. Je suis donc considéré en tant qu’un petit gobe-mouche, qu’on malmène et pour qui on ne fait aucun effort ! Cela dit, je peux pardonner mais cela ne doit pas devenir une habitude. Toutefois, je suis intraitable et intransigeant s’agissant de trahison. Si on me poignarde dans le dos, je ne pardonnerai jamais même si l’autre se plie en quatre pour que je lui donne une seconde chance», dit-il.


 


Ahlem, 22 ans, a une grande capacité de pardonner. Cela ne semble pourtant pas faire plaisir à la jeune étudiante… «Parfois, je me dis qu’il faut que j’apprenne à tenir rancune, mais je n’y arrive vraiment pas ! On peut me faire vraiment du mal et je n’arrive pas à en vouloir à la personne en question. Le problème, c’est que je suis la seule à en souffrir. J’endure d’abord à cause du mal qu’on me fait et en plus parce que je suis incapable de riposter ou même de demander de dire un seul mot à cette personne pour soulager mon mal. Et le comble, c’est que les autres considèrent cela comme une faiblesse. Ce n’est pas du tout le cas, mais je suis réellement tolérante. Il est vrai toutefois que le fait de pardonner ne veut pas dire que j’oublie. Cela reste gravé dans ma mémoire, la chose qui me pousse d’ailleurs à ne plus avoir affaire à celui qui m’a causé du tort, mais je ne lui souhaite que du bien. Pis encore, lorsqu’un malheur lui arrive, cela me fait énormément de peine et je prie pour que les choses s’arrangent pour lui. Mais de là à lui refaire confiance et lui donner une seconde chance, non, je ne peux pas. Je dois préciser que je n’adopte ce genre d’attitude que face à des fautes graves comme la trahison, l’infidélité ou le fait de chercher délibérément à me faire du mal. Mais s’agissant de petites choses je peux pardonner et oublier. Si mon vis-à-vis est quelqu’un de très noble, il sera touché par mon attitude et fera de grands efforts pour ne plus commettre ce genre d’erreurs. Mais, il peut aussi considérer mon silence comme un signe de consentement et il se donnera le droit de refaire la même bêtise sans jamais se remettre en question et là, il risque également de me perdre. Pour qu’il y ait un équilibre dans une relation interpersonnelle, il faut qu’il y ait justice et équité. Il est impossible que je sois toujours celle qui pardonne, toujours moi l’indulgente. Mais même dans ce cas, je me contente de m’éclipser sans aucune rancune», dit-elle.


 


Soumaya, étudiante, 22 ans, pense que le pardon dépend toujours de plusieurs éléments. «Chaque être humain est susceptible de commettre des erreurs, moi aussi je peux gaffer. Mais c’est l’intention de la personne, la nature de l’erreur et les conditions qui ont poussé la personne à  agir qui font toute la différence. Je peux pardonner un mensonge si l’intention est d’éviter que je m’énerve par exemple. Je peux considérer cela comme une preuve d’amour. Parfois, on ment juste pour ne pas perdre ceux à qui on tient. Mais si cela se reproduit, ça prête à réflexion ! Je peux certes pardonner, mais je garde cela en mémoire parce que ma confiance a été secouée et je me mets à observer. Je ne dis jamais à l’autre que j’ai divulgué son mensonge. En revanche, je le soumets à des examens sans même qu’il ne se rende compte.  S’il fait des efforts et s’il se rattrape, il peut regagner ma confiance. Si en revanche, il considère que je suis une niaise qui gobe tout et s’il croit qu’il a réussi à me faire marcher et qu’il continue à me faire marcher, je coupe court. Je ne tiens pas du tout rancune, je me dis qu’il ne me mérite pas, c’est tout et je l’oublie. D’ailleurs, cela crée généralement un choc parce qu’il croit jusque là que tout marche à merveille. Toutefois, s’il s’agit de trahison, d’infidélité ou autre erreur vraiment grave, je ne donne pas de seconde chance. C’est une perte de temps parce que je peux pardonner mais je ne pourrai jamais oublier ou lui refaire confiance. A quoi bon de maintenir une relation si la confiance n’y est plus», explique-t-elle.


 


Haythem, étudiant, 21 ans, ne peut pas pardonner. Une seule faute est fatale ! «Soyons francs, comment est-ce que je peux avoir confiance en quelqu’un qui m’a déjà trahi, menti ou m’a fait du mal. Chez moi, une fois est coutume si je pardonne. La seconde chance sera sûrement à mes dépends. Je n’ai rien fait, l’autre a commis une erreur et je lui donne une seconde chance par-dessus le marché, non merci ! Je n’oublie pas et je ne pardonne pas et je ne donne aucune chance. Celui qui commet une erreur, doit assumer, c’est tout. Certes, cela est valable pour les  choses graves qui sont faites avec préméditation comme la trahison. Le reste importe peu parce qu’on est tous capables de se tromper», dit-il.


 


 Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com