Les jeunes et la vie en solo : Sans raison valable, gare aux bobos





La majorité des jeunes veulent prouver qu’ils sont capables de s’affranchir de la tutelle parentale. Parmi ces jeunes, il y a ceux qui sont très influencés par un mode de vie occidental. Ces deux éléments les tentent, semble-t-il, de vivre en solo. Une manière de s’assumer seuls et de vivre sans frontières. Qu’en disent justement les jeunes ?


 


Tunis-Le Quotidien


Arrivés à un certain âge, nombre de jeunes sentent le besoin d’être autonomes, de compter sur eux mêmes  et d’assumer leurs responsabilités. L’idée de dépendre encore de la famille à un âge plutôt mûr leur devient difficile à admettre surtout s’ils font partie de la population active. La vie en solitaire leur permettrait de mieux gérer leur vie, d’acquérir plus d’expérience et une plus grande indépendance. Ce besoin d’indépendance peut avoir lieu à l’âge de l’adolescence, l’âge propice aux conflits. Un adolescent peut subitement quitter le domicile familial et partir à la recherche de l’aventure et d’une plus grande liberté. Sauf que ces fugues ne durent généralement pas. Très vite, un adolescent se rend compte qu’il est incapable de se prendre en charge. Pour vivre en solo, il faut d’abord atteindre une autonomie financière afin de s’assumer sans avoir besoin d’un appui parental. Ce sont donc les jeunes qui ont un revenu fixe qui peuvent se permettre de quitter leur famille. Toutefois, la recherche d’autonomie ne semble pas  être la seule raison qui pousse les jeunes à sortir du cocon familial. Nombreux sont les jeunes qui continuent à demander l’aide de leurs géniteurs tout en voulant s’installer seuls. Ce qu’ils recherchent, c’est de s’affranchir de la tutelle et de la mainmise des parents. Ils acceptent mal d’avoir des comptes à rendre et ne peuvent plus supporter que l’on fourre le nez dans leurs affaires. Toutefois, si la vie en solo apprend aux jeunes de se prendre en charge et d’affronter seuls les difficultés de la vie, elle peut également les encourager à vivre sans obstacles et sans frontières du moment qu’ils échappent au contrôle. En effet, plusieurs jeunes gens optent pour cette manière de vivre pour faire les quatre cents coups et agir à leur guise sans avoir à supporter les sermons parentaux… Mais dans une société patriarcale et attachée à ses traditions, il est toujours difficile de consentir le départ d’un jeune avant le mariage et ceci est encore plus vrai pour des filles. Les jeunes filles qui habitent seules sans raisons valables doivent faire face à un regard suspicieux  de la part de la société…


 


Amine, candidat au bac de 19 ans, est contre l’idée de quitter le domicile familial. Le jeune homme pense que cela n’est d’aucun apport spécifique pour un jeune. « Si jamais je dois partir de chez moi, cela sera pour une seule raison : étudier à l’étranger. Il est évident que ma famille ne peut pas me suivre dans un autre pays ! Et il est évident que des études supérieures à l’étranger vaillent le coup. D’abord il s’agit de tout mon avenir estudiantin, en plus cela m’apprendra à me prendre entièrement en charge, à ne compter que sur moi-même et à devenir beaucoup plus responsable. Mais si je reste ici, en Tunisie, je ne quitterai ma famille que lorsque je me marie. Je ne vois aucune raison pour partir de chez moi ! Je sais que je n’ai pas d’écarts de conduites et je n’ai absolument rien à cacher pour partir. Et puis notre éducation arabo-musulmane regarde toujours de travers un jeune qui vit seul même s’il a fini ses études et qu’il a déjà un job. Cela est encore plus dur pour une fille. Qu’on le veuille ou pas, le mode de vie occidental est basé essentiellement sur un libéralisme excessif. Toutes les filles qui vont faire ce pas et partir pour vivre seules, seront automatiquement étiquetées en tant que filles légères. Elles auront de faibles chances de se marier étant donné qu’un homme exige un minimum de pudeur et de réserve lorsqu’il va choisir sa future épouse et la future mère de ses enfants », explique-t-il.


 


Adam, 19 ans, ne quittera le domicile familial que pour se marier. « Pourquoi cette idée devrait-elle m’effleurer l’esprit si je me sens dans mon élément chez moi? A moins qu’il n’y ait un réel problème ou des tensions vraiment insupportables à la maison, le fait de quitter la maison ne rime à rien. La vie en famille est vraiment sacrée et puis cette famille-là représente nos racines et notre origine. Celui qui part de chez lui soi-disant pour chercher de l’indépendance et de l’aventure est un être déraciné et qui n’a pas de repères, c’est ma manière de voir les choses. Je peux comprendre cela si la famille est installée très loin de notre université ou encore de notre lieu de travail, mais en dehors de ces conditions, je ne pense pas qu’il existe de raisons valables. Pour une fille, le problème est encore plus profond. Si la fille part de chez elle, c’est qu’elle cherche plus de liberté et là, il y a vraiment un hic! Certes certaines filles étudient loin de leur ville natale, mais il y a toujours les foyers universitaires où  elles peuvent loger sans être regardées de travers ou tentées par le diable », dit-il.


 


Safa, 19 ans, est étudiante en médecine en Russie. Certes, la jeune fille vit très loin de ses parents et elle n’a pas d’autres alternatives. « Je suis étudiante à la faculté de médecine en Russie. Je vis donc très loin de mes parents. Mais si j’étudiais en Tunisie, je ne serai jamais tentée par l’idée de vivre loin de mes parents avant de me marier. D’abord, mes parents sont ma valeur-refuge, nous sommes une famille très liée et puis surtout chez mes parents je me sens en sécurité et à l’abri. Certaines filles le font, je le sais, surtout si elles atteignent un certain âge et qu’elles travaillent. Moi, je ne les juge pas, chacun est libre de faire ce que bon lui semble ! Il se peut qu’elles aient de vrais problèmes avec leurs parents, qu’elles aient besoin d’un peu plus de liberté ou qu’elles aient atteint un âge avancé sans s’être mariées et qu’elles se voient assez grandes pour être toujours sous l’emprise familiale. Je ne sais pas, chacun a ses raisons, mais moi je suis contre le fait de partir de chez moi parce que le fait de vivre sans aucun contrôle nous incite d’une manière ou d’une autre à commettre des erreurs et puis j’ai horreur de la solitude. En outre, les hommes les considèrent en tant que proie facile, même si ce n’est pas le cas et personnellement, je ne veux pas avoir une mauvaise réputation », dit-elle.


 


Mohamed Marouane, étudiant de 25 ans,  n’est pas vraiment contre l’idée de s’installer seul. « Si jamais je travaille, je pense que je serai tenté par la vie en solo. C’est comme une sorte de stage pour savoir compter sur moi-même et de m’assumer avant de me marier. La vie en solo ne peut se faire qu’après avoir trouvé un job. Si l’on cherche l’indépendance, il faut en avoir les moyens. Certes, la vie en solitaire peut nous apprendre beaucoup de choses. Cela me poussera à me prendre entièrement en charge, de payer mon loyer, mes factures, de faire seul le ménage et de préparer seul ma cuisine et je serai tout à fait autonome. En outre, je me sentirai libre de mes mouvements et il n’y aura plus personne qui passera mes actes au peigne fin. Je ne dis pas que les parents n’ont pas le droit de s’immiscer dans mes affaires, ce sont mes géniteurs et ils ont un droit de regard sur moi mais, arrivé à un certain âge, il faut bien que je sois l’unique maître de mon sort. Il est inadmissible que je reste encore sous la direction de mes parents si j’ai presque la trentaine, cela me donnera l’impression d’être un fils à papa. Toutefois, je suis entièrement contre le fait qu’une fille parte de chez ses parents et si jamais elle étudie loin de sa ville natale, il y a toujours les foyers universitaires où elle peut loger. Si elle opte pour d’autres solutions, elle doit en assumer les conséquences. Je crois qu’elle risque vraiment d’errer dans le mauvais chemin », dit-il.


Abir CHEMLI   




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com