Ahmed Ben Salah à la Fondation Temimi : La généralisation improvisée de la collectivisation a provoqué l’échec de l’expérience






La politique de la collectivisation a profondément marqué l’histoire contemporaine de la Tunisie. Le principal artisan de cette expérience, l’homme aux 5 ministères, en l’occurrence M. Ahmed Ben Salah, en a parlé à cœur ouvert  au cours d’une rencontre organisée par la Fondation Temimi.


 


Tunis-Le Quotidien


Pendant plus de 5 heures l’ancien ministre tunisien du Plan M. Ahmed Ben Salah, dont le nom reste intimement lié à l’expérience des coopératives en Tunisie, a parlé  de cette expérience qui a marqué l’histoire moderne de la Tunisie. Malgré ses quelque 80 ans, M. Ahmed Ben Salah garde sa verve et tout son enthousiasme. Relatant les faits tantôt sans ambages tantôt avec diplomatie, l’ancien ministre a répondu à ses détracteurs notamment à propos du dernier livre publié par un historien israélien sur la prétendue coordination entre Ben Salah et un certain Cohen Hadria pour la préparation du congrès de la CISL, à Tunis en 1957. L’ancien ministre a également explicité certains points sombres de l’expérience collectiviste.


Plusieurs personnalités qui ont vécu de près l’époque coloniale, des historiens, des syndicalistes et des intellectuels ont assisté avec beaucoup d’intérêt à cette rencontre. Certains n’ont pas manqué de poser des questions pertinentes et parfois embarrassantes au conférencier.


 


Pas de connotation idéologique


L’ancien ministre a défendu becs et ongles l’expérience collectiviste connue par la Tunisie durant les années 65 jusqu’en 1969.


M. Ben Salah a affirmé à ce propos que l’expérience menée à l’époque était basée sur la spécificité et les besoins de la société tunisienne et n’avait aucune connotation idéologique. Il a ajouté que beaucoup d’historiens contemporains mélangeaient entre l’expérience socialiste de la Tunisie et le communisme.


L’échec de l’expérience a eu lieu en raison d’un complot ourdi par des parties hostiles à cette politique, indique-t-il, sans citer des noms particulièrement. « J’ai voulu suivre la politique des étapes mais j’ai été surpris par la décision de Bourguiba de la généralisation de l’expérience à mon insu » dit-il ? Et d’ajouter :  « Cette généralisation a constitué le déclic de l’échec de l’expérience . «Le président Bourguiba a pris la décision de généraliser la collectivisation des terres sans m’impliquer dans le processus».


 


Menaces


« Nous avons entamé l’expérience d’une manière réfléchie et raisonnable sans toucher le droit fondamental des Tunisiens à la propriété, à telle enseigne que la Banque mondiale a consenti nous accorder des prêts agricoles pour la première fois de son  histoire. », a fait remarquer le conférencier. Pourquoi n’a-t-il pas exposé ces points devant la cour qui l’a jugée ? « J’ai reçu des menaces explicites pour ne pas mentionner le nom du président Bourguiba.  Si vous voulez sauver votre tête ne citez jamais le nom de Bourguiba dans l’affaire » m’a-t-on dit.


Il a en outre affirmé qu’il détenait une part de responsabilité à l’égard de tout ce qui s’était passé et qu’il n’était pas du genre de responsables qui consentirait à présenter sa démission dans des circonstances pareilles. « La démission ne figure pas dans ma culture » insiste-t-il.


Répondant à ses détracteurs à  propos de ses relations avec Cohen Hadria, M. Ben Salah a affirmé qu’il n’entretenait pas de relation particulière avec la personne citée et qu’il n’a jamais coordonné avec lui pour l’organisation du congrès de la CISL à Tunis en 1957.


Cette rencontre a permis aux personnalités présentes de redécouvrir un pan de notre histoire contemporaine et d’échanger directement des idées avec un personnage dont la politique de l’époque a fait couler beaucoup d’encre.


 


Lotfi TOUATI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com