Les jeunes et l’entêtement : «Je m’obstine donc je suis»






« Je m’obstine, donc j’existe », telle  semble être la devise de la majorité des jeunes adolescents. Ces derniers ont besoin de se montrer hostiles à tout pour se faire valoir en tant qu’êtres humains à part entière et en tant que personnes qui ont des principes, du caractère et des opinions.


Les jeunes sont-ils justement têtus ? Trouvent-ils cet entêtement justifié ?


 


 


Tunis-Le Quotidien


De nombreux parents ne savent pas quoi faire face à l’obstination de leurs enfants. A l’âge de l’adolescence, les jeunes gens n’en font qu’à leur tête. Tenaces et opiniâtres, ils se rebellent contre tous ceux qui essayent de les dissuader. Un jeune veut absolument agir à sa guise. S’il désire se rendre quelque part, il faut qu’il y aille. S’il a envie de faire quelque chose, rien ne doit l’en empêcher. Il ne supporte pas d’être contrarié. A priori, cela lui permet de  se démarquer par rapport à la phase de la dépendance propre à l’enfance. En peu de temps, lorsque des transformations physiques ont lieu et lorsque cet enfant a cessé d’avoir l’apparence d’un enfant, il se rend compte qu’il a grandi et décide d’en finir avec l’exécution. Un adolescent n’est plus prêt à se plier à tous les ordres. Ce qu’il cherche, c’est de prouver qu’il est devenu autonome et qu’il a la faculté de juger par lui-même. Fini le temps de la passivité, un jeune veut exprimer toutes ses impulsions qui étaient plus au moins frustrées jusque-là. C’est une manière de contrôler les choses et d’avoir un impact sur l’environnement immédiat et le moyen par lequel il pourra modeler sa propre existence. Sauf que cet entêtement est parfois poussé à l’extrême et peut même prendre une forme agressive. Le jeune homme se montre encore plus obstiné lorsqu’il se souvient de toutes les fois où il a dû céder devant la volonté des parents et des adultes en général. Il trouvait cela injuste mais n’avait pas les armes qu’il faut pour se rebeller. A un jeune âge, il n’est plus aussi dépendant et il peut donc enfreindre les règles. Toutefois, si certaines jeunes personnes tiennent bon, c’est qu’elles croient à la cause qu’elles sont en train de défendre. Plus encore, ces jeunes gens sont honnêtes et maîtrisent les moyens de leur politique. D’autres, en revanche, ne possèdent pas les arguments qu’il faut. Leur obstination n’est qu’un moyen de se faire valoir, d’attirer l’attention et de prouver qu’ils sont des êtres humains à part entière. Or, un entêtement non justifié démontre une certaine lenteur de l’esprit, une immaturité, un égoïsme et une tendance capricieuse. A quel rang appartiennent justement les jeunes?


 


* Haythem, étudiant, 19 ans, trouve l’entêtement positif. Le jeune homme pense que si l’on s’entête c’est que l’on a beaucoup de caractère. « Il faut d’abord faire la différence entre quelqu’un qui tient bon juste pour faire l’intéressant et attirer l’attention vers lui et un autre qui tient bon parce qu’il croit à la cause qu’il est en train de défendre. Moi, j’ai un caractère assez rude. Je ne me laisse pas faire facilement. Généralement, si je maintiens une position, c’est parce que je suis entièrement convaincu. Mais je ne me comporte jamais de manière enfantine et puérile. Si mon vis-à-vis possède les arguments qu’il faut pour me dissuader où pour me convaincre que je suis dans le tort, je l’écoute. Il est possible que je change de position et d’attitude s’il arrive à me persuader. Toutefois, je n’accepte pas les ordres qu’on essaye de m’imposer de manière crue et abrupte ! Je n’accepte pas qu’on insulte mon intelligence et qu’on me prenne pour un petit enfant qui doit exécuter les ordres sans même avoir le droit de comprendre. Il faut qu’on m’aborde et qu’on tienne une discussion approfondie avec moi. Les personnes entêtées sans raisons valables n’acceptent même pas qu’on discute avec eux. Ils font semblant d’écouter et ne font qu’à leur tête. Ce n’est pas le cas pour moi. Je suis ouvert d’esprit et j’accepte les critiques et la différence d’opinion», dit-il.


 


* Marouane, 20 ans, étudiant, pense que ceux qui s’entêtent sont, contrairement à ce que l’on peut croire, des personnes qui ont du caractère. « Une personne qui s’influence très vite , qui ne tient jamais une position et qui donne toujours raison aux autres, est une personne qui manque de caractère et du charisme. Partant de l’évidence que je suis un être qui a des repères fixes, des principes, des croyances et des idées, je suis donc un être humain à part entière et j’ai le droit d’avoir des positions dans la vie. Mes positions émanent de mon éducation, de mes convictions et de ma petite culture. Cela dit, personne n’a le droit de venir discuter de ces choses-là parce qu’il touchera à des repères que je garde précieusement au fond de moi-même . En revanche, je peux accepter que l’Autre ait une manière différente de voir les choses ou de se comporter. Cela relève des libertés individuelles. Mais il n’a aucunement le droit de m’imposer son avis. Dans ce cas, je ne peux que m’entêter davantage. Toutefois, je ne m’entête que concernant des choses ou touchent à mes convictions personnelles. Si quelqu’un me fait une remarque sur mon comportement, je peux lui demander de me convaincre pourquoi  trouve-t-il que je suis dans le tort. S’il me convainc, tant mieux. Si ses arguments ne tiennent pas debout, je continuerai à faire ce que bon me semble », dit-il.


 


* Ahmed, 21 ans, n’est pas forcément têtu. Le jeune homme se plie par exemple toujours à la volonté de ses parents. « L’entêtement est avant tout une question d’éducation. Si les parents ont initié l’enfant à discuter et manifester son avis, il sera apte à accepter le dialogue plus tard. En revanche, s’il a été longuement sous la férule des parents, il aura tendance à  rester effacé et sans aucun caractère, ce qui veut dire qu’il n’est pas capable de s’entêter. Ou bien au contraire, il sera exagérément têtu pour avoir sa revanche. Moi, je ne m’entête que si je suis convaincu d’être  sur la bonne voie. Il n’y a aucune raison pour que je cède si je ne suis pas dans le tort. C’est une sorte de défi et je ne suis pas prêt à baisser les bras si je ne suis pas convaincu. En revanche, avec mes parents, les choses diffèrent. J’essaye toujours de discuter avec eux et il faut qu’ils soient consentants en fin de compte. Si c’est moi qui dois laisser tomber, je le fais sans ressentiments parce que mes parents ne tiennent bon que lorsqu’ils sont persuadés que mon intérêt est en jeu. Je me fie donc à leur volonté et j’oublie mon entêtement et mon amour-propre », dit-il.


 


* Mohamed, 18 ans, pense que l’entêtement et l’obstination ne mènent à rien.  «Je ne suis pas du tout têtu. J’ai une grande capacité à écouter les autres et j’essaye toujours de faire plaisir à autrui surtout si mon interlocuteur est quelqu’un de plus âgé que moi. Je ne m’entête pas surtout avec mes parents parce que je sais d’avance qu’ils ne veulent que mon bien. Toutefois, parfois, ce sont les autres qui ont tort et cela saute aux yeux. Je ne peux tout de même pas fermer l’œil si ce sont les autres qui sont dans le tort, sinon je serai quelqu’un d’effacé et qui n’a aucune position dans la vie. En revanche, je suis assez intraitable avec les filles. Il est vraiment déconseillé de laisser une fille porter le pantalon. Même si elles ont raison, il faut se montrer hostile juste pour les contrarier et croyez-moi, cela marche », dit-il.


 


* Achref, étudiant, 19 ans, pense que l’entêtement est le fruit de l’ignorance des autres. « Chaque être humain a une clé. Le plus intelligent est celui qui sait trouver la bonne clé au bon moment. «Chaque être humain peut être leurré et croire qu’il n’a fait qu’à sa tête et que l’idée a émané de lui. Or, l’Autre l’a poussé à agir ou à penser de la sorte tout en lui faisant croire qu’il garde la situation en main. Si les autres essayent de me convaincre doucement, je cède sans même me rendre compte.  Par contre si on utilise avec moi le langage de la force, je m’entête encore plus, cela devient comme un défi et je ne cède pas même s’il s’agit des géniteurs », dit-il.


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com