La fin et les moyens






Malgré le dispositif de sécurité impressionnant mis en place par les autorités irakiennes, le pèlerinage chiîte de Kerbala s’est achevé dans un bain de sang. Les affrontements entre forces irakiennes et des combattants au cours de ce rituel annuel ont provoqué quelque 52 morts et 206 blessés, selon le dernier bilan. Chronique d’un sinistre décompte ordinaire, serait-on tenté de dire, dans un pays exsangue où la violence rythme le quotidien pointu des Irakiens et gonfle chaque jour un peu plus la liste des victimes civiles et militaires qui prend résolument des rallonges. La situation exécrable et apocalyptique prévalant dans l’ancienne Mésopotamie continue, en tout cas, à donner du fil à retordre au gouvernement Maliki, et du bleu à l’âme et le tournis aux responsables américains. Ces derniers ne savent plus d’ailleurs où donner de la tête pour sortir à bon compte de ce bourbier inextricable. Un véritable dilemme pour les va-t-en guerre étasuniens qui semblent avoir épuisé en vain tous leurs arguments sans connaître pour autant le bout du tunnel.


Dos au mur sous la pression et les tirs croisés de l’opinion publique U.S et des démocrates, l’Administration américaine continue à privilégier paradoxalement la réthorique guerrière. Le président Bush a, en effet, de nouveau défendu l’intervention en Irak affirmant, mardi, qu’un retrait de l’armée U.S. laisserait le champ libre aux terroristes qui seraient  ensuite en mesure de menacer la sécurité des Etats-Unis. «Je voudrais que nos citoyens examinent ce qui se passerait si on laissait ces forces radicales et extrémistes nous pousser hors d’Irak», a déclaré en substance Bush devant des milliers d’anciens combattants de la légion américaine. «La région serait transformée radicalement, ce qui pourrait mettre en danger le monde civilisé», a-t-il ajouté.


Sous le feu de l’action, le Chef de l’Exécutif américain semble occulter par inadvertance ou délibérément, peu importe, le fait que l’enfer irakien n’est que la conséquence logique de la présence de soldats étrangers en Irak. Une présence considérée du reste, aussi bien par le peuple irakien que par un bon nombre d’observateurs avertis, comme une occupation de fait.


Raison pour laquelle il est grand temps d’explorer d’autres voies et d’envisager de nouvelles solutions afin de permettre à ce pays de renouer avec la paix et la stabilité. Il serait vain, à cet effet, de croire que l’option militaire est l’unique alternative pour rétablir la situation. Il faudrait avoir le courage de l’admettre et donner une chance à la diplomatie pour remettre bon ordre dans le fatras irakien.


Mettre  fin à l’occupation est une nécessité impérative pour réaliser cet objectif. L’idée, en tout cas, fait des émules un peu partout dans le monde. Un récent sondage révèle d’ailleurs que les Britanniques, les Allemands, les Français, les Italiens et les Canadiens sont favorables à l’envoi d’une force onusienne de la paix en Irak. Le «monde civilisé» réclame en fait à l’unisson un changement de stratégie en Irak et un retour à la légalité internationale sous les auspices des Nations Unies. Washington gagnerait à passer le relais et permettre au multilatéralisme de tenter sa chance pour renverser la vapeur et ouvrir une fenêtre d’espoir au peuple irakien.


 


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com