Les jeunes et les interdits: La curiosité, mère de tous les risques






Les jeunes gens éprouvent un désir impétueux de découvrir tout ce que la vie peut offrir. Cette ardeur les pousse à se jeter dans l’aventure. Passionnés, ils sont en quête de sensations fortes. Ils appuient à fond sur le champignon à leurs risques et périls. Cette volonté de se surpasser semble être le dada d’un bon nombre de jeunes dont essentiellement la gent masculine. Pourquoi ? Comment expliquer cette fureur ? Que cherchent-ils à prouver ?


 


Tunis-Le Quotidien


Une jeune personne a besoin de se lancer et de voler de ses propres ailes. Tout comme un oisillon qui veut voler avant la maturation de ses ailes. L’esprit de l’aventure et le goût du risque sont des caractéristiques spécifiques de l’âge de l’adolescence. Cela permet au jeune de se démarquer par rapport aux enfants dépendants et par rapport aux adultes généralement rigides et réglos. Les jeunes cherchent a priori de nouvelles expériences, de nouvelles aventures et de préférence les plus rudes qui soient. Ils choisissent les situations les plus malaisées et les objectifs les plus difficiles à atteindre. Tout ce qui est incommode attise leur curiosité. Ces difficultés délibérément recherchées leur permettent de surmonter les obstacles, de relever les défis et de se faire admettre en tant qu’êtres humains à part entière. Théoriquement, un être humain doit apprendre les choses avant de passer à la réalisation. Le processus d’apprentissage est inversé chez la jeune gent. C’est grâce à la pratique et à l’action qu’ils apprennent. Nombreux sont les jeunes qui courent des risques et passent à l’action parce qu’ils s’accrochent encore au désir enfantin d’attirer l’attention sur eux. En affrontant des difficultés, ils cherchent à épater les adultes. Ils veulent prouver qu’ils ont grandi et qu’ils peuvent vivre sans surveillance. Toutefois, les jeunes, qui cherchent à gagner le regard d’admiration à travers ces comportements à risque, ne gagnent concrètement qu’un «label» d’irresponsables. Cette passion pour les risques et les interdits ne leur voue pas la confiance des géniteurs puisqu’ils ne savent pas se mettre des limites. L’adolescent a le désir et le besoin d’assumer des responsabilités concrètes avant d’admettre les théories. Pour lui, c’est une manière de mener sa barque dans le monde des adultes. Il aime faire les choses pratiques et qui ont de l’importance. Il choisit les rues et les voies les moins commodes pour mettre à l’épreuve sa maîtrise des cascades. Il choisit de contrecarrer ses parents et de transgresser les règles. Comment expliquer une telle conduite ? Certains disent que la violation des règles et la conduite anarchique à grande vitesse sont le fruit d’une certaine frustration ou encore d’un comportement irresponsable et puéril. D’autres pensent que c’est une phase naturelle de curiosité par laquelle tous les jeunes doivent passer…


 


* Salim, 24 ans, est beaucoup plus sage maintenant. Sauf qu’en fouillant dans ses souvenirs d’adolescence, le jeune homme se souvient de ses aventures. «Je pense que le premier mobile qui donne aux jeunes personnes cette passion, cette ardeur et cet amour du risque peut se résumer en un seul sens : le besoin de découvrir. « Par amour et parce qu’ils ont peur pour nous, les parents nous dressent une liste plutôt longue d’interdits, et ce, depuis l’enfance. Généralement, l’enfant comprend que c’est interdit,  mais il n’arrive pas à admettre pourquoi ça l’est. Que fait-il alors ? Il a besoin de comprendre par lui-même pourquoi cette chose, que les adultes font normalement, lui est interdite ! Donc, il suffit que les représentants de l’autorité aient le dos tourné,  pour qu’il passe à l’acte. S’il se brûle, se heurte ou se blesse, il admet qu’il n’est pas encore en mesure de transgresser la loi. Et cette envie de courir des risques se dilue durant quelques années. Mais une fois à l’âge de l’adolescence, le jeune garçon voit sa barbe et ses moustaches pousser, il remarque que sa voix est devenue plus grave…le voilà finalement comme papa. Et puisque ce père peut conduire une voiture, fumer, rentrer tard…il pense pouvoir agir de la même manière. Il a envie de prouver qu’il a grandi et c’est un appel implicite aux parents pour qu’ils le reconnaissent et lui donnent une marge plus grande de liberté. Il passe à l’acte et se permet toutes les folies. Sauf que le risque est encore là. Il ne suffit pas de grandir pour le faire, on doit peser d’abord le pour et le contre et cerner les risques qui en découlent. Mais ces ardeurs s’apaisent avec l’âge», dit-il.


 


* Maher, 25 ans, a, semble-t-il, commis toutes sortes de bêtises. Le jeune homme croit aussi qu’il a couru des risques pour découvrir et explorer. «A un certain âge, on se rend compte subitement qu’on a grandi et qu’on a une apparence d’adulte. Il nous est difficile à cet âge spécifiquement de se conformer aux ordres parentaux et de manière intégrale. La première chose qui nous hante l’esprit : pourquoi cela nous est-il interdit ? Et cela nous obsède d’autant plus que les adultes se permettent certaines choses de ces interdits. On a l’impression qu’on a grandi et qu’on peut courir le risque et savoir pourquoi des tabous tournent au tour tel ou tel sujet. Et je reconnais avoir commis de belles bêtises à l’âge de l’adolescence. Il fallait absolument que je découvre cette chose. Je le faisais sans jamais prendre en considération les conséquences qui en découlent. Si les choses tournent mal, là j’admets que cette chose est vraiment nuisible ou néfaste pour la santé et je ne recommence plus. Mais je sentais au moins que je l’ai fais ne serai-ce qu’une seule fois dans ma vie. C’est une expérience et cela est enrichissant dans la mesure où on sait vraiment pourquoi c’est banni. Mais le problème, c’est qu’on peut apprécier certaines autres choses et si les choses se passent sans conséquences néfastes, on peut s’y habituer et c’est là où il y a un hic… Toutefois, lorsqu’on atteint la vingtaine, ces pulsions s’estompent petit à petit et l’on devient beaucoup plus raisonnable», dit-il.


 


* Mohamed Sami, 22 ans, allie aussi ces ardeurs poussées à l’extrême au besoin de l’adolescent de tout essayer et de tout découvrir. «Avant mes dix-huit ans, je voulais savoir pourquoi telle chose, tel endroit ou tel comportement me sont interdits. Il fallait absolument que j’assouvisse cette curiosité qui me ronge. A cet instant, nul n’a la lucidité qu’il faut pour penser aux conséquences ou au danger que nous encourons. Si l’on avait peur d’une chose, c’est que les parents nous prennent la main dans le sac. Mais en tout cas, on ne peut faire la sourde oreille à cette voix qui nous ronge comme des démangeaisons sur la peau. Cela dit, une fois passés à l’acte, on ressent une certaine satiété ou une sorte d’autosatisfaction. Toutefois, si cette chose s’avère être vraiment nuisible, on laisse tomber l’idée de recommencer et là nous sommes vraiment convaincu pourquoi c’est interdit», dit-il.


 


* Anouar, 18 ans, confirme  le constat. Le jeune homme sent qu’il est en train de satisfaire sa curiosité lorsqu’il s’adonne aux interdits. «On nous dit : tu auras le droit de faire telle chose lorsque tu seras grand ! Nous n’avons pas la patience d’attendre. Dois-je attendre des années pour profiter de la vie ?! Donc, je passe à l’acte et cela ne me permet pas seulement d’assouvir mon besoin de découvrir les plaisirs interdits de la vie, mais aussi de trouver de quoi me vanter devant mes potes. C’est dégradant de dire devant mes pairs que je n’ai jamais essayé  telle chose parce que mes parents me l’interdisent ! Et puis, il faut trouver quelque chose à dire. Je ne peux pas dire que je suis resté à la maison alors que mes amis parlent de leurs aventures. Mais je fais en sorte de courir le moins de risques possibles pour ne pas me retrouver dans le pétrin», dit-il.


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com