Les jeunes et la timidité : Une médaille à deux revers






En classe, ils sentent l’adrénaline leur monter aux joues et ont la voix tremblante dès qu’ils sont interrogés par leurs professeurs ou abordés par le sexe opposé. Ils se mettent à bégayer involontairement lorsqu’ils sentent les regards fixés sur eux. Ils aiment agir sous silence et sont souvent sujets aux critiques par les autres. Ils ont peur du regard de l'autre et cette peur peut gâcher leur vie… Comment est-ce que ces jeunes cohabitent-ils, justement, avec les autres ? Leur timidité, constitue-t-elle pour eux un handicap insurmontable ? Témoignages.


 


Tunis-Le Quotidien


Chacun, dans la vie, doit affronter des situations particulièrement intimidantes : prendre la parole en public, engager la conversation avec des inconnus…. Généralement, le temps et l’expérience finissent par faire disparaître cette gêne. Mais quand elle devient chronique et généralisée, la timidité est plus difficile à gérer. Généralement, la timidité chronique se traduit par une attitude craintive, une gêne excessive et un manque d’assurance face à autrui. Une transpiration excessive, une sensation d’étouffement, des rougeurs, un bégaiement, une altération de la voix qui devient inaudible ou inintelligible,  des gestes maladroits et des tremblements…sont les manifestations spécifiques aux timides.  Mais un timide peut aussi se cacher derrière un comportement agressif qui prouve tout simplement une absence de confiance en soi. Les moments de cafard sont monnaie courante à l’adolescence. Il faut, en revanche, s’inquiéter si un jeune  est souvent timide, devient agressif, a du mal à s’exprimer ou se replie sur soi. Cela risque de devenir un réel handicap dans sa vie sociétale et estudiantine. C’est à l’entourage de détecter ce mal et d’essayer de l’aider à s’en sortir. Les parents et les amis doivent l’encourager et le stimuler dès qu’il perd un peu de confiance en lui, dans la vie scolaire ou dans la vie relationnelle. Or, un timide, fait malheureusement souvent l’objet de dérision et de critiques de la part de son entourage, ce qui risque de le bloquer davantage. S’il atteint la persuasion qu’il est au dessous des autres, il sombrera dans une négativité profonde. La timidité est un trouble bénin si on arrive à la surmonter. Mais quand elle nous empoisonne la vie, elle se transforme en maladie.  Les sujets peuvent basculer facilement dans la médiocrité ou dans la déprime et l’isolement et seront gagnés  par le complexe d’infériorité s’ils ne reçoivent pas l’aide qu’il faut. Il faut bien souvent remonter à l’enfance pour en trouver la source. Un enfant qui a grandi dans un contexte familial trop protégé, s’est senti étouffé ou exclu dans un environnement adulte, ou encore un enfant en manque d’affection ou de compréhension qui a subi des conflits familiaux, peut être sujet à la timidité. Bref, un individu émotionnellement fragilisé, sera plus particulièrement enclin à avoir ce handicap. Le timide se sent paralysé, incapable de réagir, focalisé sur l’objet de sa peur. Il n’arrive pas à envisager des relations avec autrui sans avoir cette terreur d’être dévalorisé…


 


* Sofiane, 25 ans, est jusqu’à présent sujet à cette phobie de l’autre. Le jeune homme a réussi ses études et vient de décrocher un job. Sauf que la timidité est son tendon d’Achille qui le fragilise. «  Je n’ai pas eu de grands problèmes à l’école parce que j’étais brillant et parce que  la majorité de mes enseignants se montraient compréhensifs avec moi. Mais ma timidité me pose actuellement problème au niveau relationnel. Je suis loin d’être un meneur d’hommes alors que mon poste exige de la fermeté et du charisme. Cela me met dans l’embarras avec mes supérieurs hiérarchiques. Je ne sais pas exactement pourquoi ai-je toujours cette peur ? Je crois que je crains qu’on ne m’apprécie pas et cela diminue mon assurance en mes capacités et j’ai tellement peur de me tromper que je me mets à bégayer, à transpirer et ma voix se met à trembler… Je ne crois pas que mes parents en sont responsables. Certes, ils ont été assez sévères avec moi parce qu’ils tenaient à me voir réussir et j’avais toujours cette angoisse de les décevoir mais en revanche, je n’ai jamais manqué d’affection parentale. Toutefois, je fais de mon mieux pour vaincre cette crainte et maîtriser les manifestations physiologiques de ma peur. Mais si j’étais un tant soit peu aisé depuis l’enfance, j’aurais dominé à présent ce trait de caractère qui représente pour moi un certain handicap », dit-il.


 


* Youssef, 21 ans, faisait extérioriser sa timidité à travers un comportement plutôt agressif. Aujourd’hui, il se débrouille pour vaincre sa peur de l’autre. « La timidité est toujours liée à la peur plus ou moins obsessionnelle de l’autre. Il y a ceux qui ont peur d’être dominé par l’autre parce qu’ils manquent de confiance en soi. Il y a également ceux qui ont peur d’être critiqués ou mal jugés par l’autre. C’était mon cas. J’avais tellement peur qu’on me critique et qu’on découvre mes failles et mes lacunes que je me cachais derrière une carapace rebelle et agressive. Or, en réalité, j’étais incapable de faire du mal aux autres. Mais cet air grincheux que je me donnais, me permettait d’être à l’abri. Sauf que j’étais toujours isolé et marginalisé. Mais j’ai réussi avec le temps à reprendre confiance en moi. Personne ne m’est venu en aide. Mes parents me critiquaient tout le temps et lorsque je commettais des erreurs, comme tous les enfants qui doivent se tromper pour apprendre, j’avais droit à une série d’offenses et de corrections sévères. Cela me poussait à devenir introverti et j’étais toujours sur la défensive par peur d’être attaqué et même si je paraissais grognon, j’étais et je suis encore quelqu’un de très pacifiste. J’ai donc regroupé toutes mes forces pour montrer à mes géniteurs et aux autres que je suis capable de réussir. En parallèle, au fur et à mesure que je grandissais, ils changeaient d’attitudes et ne m’offensaient plus. J’ai donc repris confiance en moi et la timidité n’est aujourd’hui pour moi qu’un mauvais souvenir. Si je dois donner un conseil aux personnes qui souffrent de timidité, je leur dirais de fouiller à l’intérieur d’eux mêmes pour cerner leurs points forts et en faire leur source de force et d’originalité. Et puis, il faut être sûr que nul n’est parfait et que plaire à tout le monde est impossible. Acceptez-vous tel que vous êtes pour que les autres vus acceptent », conseille-t-il.


 


* Jaouher, étudiant, 24 ans, ne considère pas la timidité comme un défaut. Le jeune homme trouve ce trait de caractère comme un point positif qui prouve la politesse. « J e suis timide et je ne compte pas me soigner ! Ma timidité est bien dosée dans la mesure où cela ne me donne pas de complexes et je ne me sens pas au dessous des autres. De nos jours, la majorité des êtres humains n’ont pas froid aux yeux pour montrer leur arrogance. Certains font preuve d’impolitesse et d’outrance. Moi, en revanche, je baisse les yeux lorsque je suis devant une personne âgée, devant mes parents, une fille ou devant mes professeurs et elle ne peut pas être considéré comme un défaut. C’est un signe de décence. Certains sont toutefois, tellement timides qu’ils se font piétiner  parce qu’ils n’ont aucune confiance en leurs moyens. Là, la timidité se transforme en un handicap et il faut en connaître les causes pour remédier au problème, reprendre confiance en soi et sortir de son cocon », dit-il.


 


* Souhayeb, étudiant, 21 ans, pense qu’une timidité peut se transformer en un handicap si on n’arrive pas à gérer nos émotions. « Je trouve charmant le fait que l’on soit timide ! Par exemple, une fille qui ne craint rien et qui agit sans réserve n’a aucune féminité et aucune décence. Un homme timide et réservé est, à mon sens, quelqu’un de respectable et de confiance. Par ces temps, il est rare de trouver des personnes timides. On ne voit que des grosses têtes, de l’insolence et de l’indécence et c’est ce qui fait des timides des personnes convoitées surtout au niveau des relations de couples. Toutefois, c’est un tempérament qu’il faut savoir maîtriser et gérer pour ne pas basculer dans le camp de la négativité et de la soumission parce qu’on ne prend pas les timides pour des être fiers, nobles et bien élevés, hélas ! On les considère comme des personnes complexées qui n’ont pas confiance en elles », dit-il


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com