Peine perdue …






Les présidents américains Lyndon Johnson et George W. Bush ont ceci de commun :  ils partagent le même destin.


Le premier a vécu et géré au moins une partie de la guerre du Vietnam, alors que le deuxième est l’artisan de la guerre de l’Irak. Les mobiles à l’origine de  ces deux conflits sont bien évidemment différents, mais il est tout de même des similitudes frappantes en termes d’initiatives entreprises et de stratégies mises en place par les deux administrations respectives dans l’espoir de changer le cours des événements.


Au plus fort de la guerre du Vietnam et alors que la situation s’était gravement compliquée pour Washington, Johnson avait entrepris à l’époque une visite-surprise à Saïgon, comme pour conjurer le mauvais sort et montrer à l’opinion publique US et internationale la détermination de l’Amérique à aller jusqu’au bout de ses engagements dans une sordide guerre contre  le communisme qu’on savait pourtant qu’elle était perdue d’avance.


Enlisé dans un bourbier tout aussi inextricable, George W. Bush semble adopter la même démarche, cristallisée à travers une visite-surprise effectuée il y a quelques jours à Bagdad.


Deux Présidents donc, deux guerres et deux périples visant, dans le fond tout comme dans la forme, un seul et unique objectif : celui d’exorciser les démons de la «scoumoune» et faire croire que tout va pour le mieux dans le plus instable des mondes, malgré les aléas et les vicissitudes d’un vent qui souffle dans la mauvaise direction. Bien sûr, la guerre de l’Irak n’a pas encore connu son épilogue, ni livré toutes ses mauvaises surprises et ses horreurs. Il n’empêche que ce sinistre théâtre de massacres au quotidien s’oriente dare-dare, au rythme où vont les choses, vers une issue à la vietnamienne.


Une guerre de trop, serait-on tenté de dire, dont les dégâts dépassent le seuil de l’entendement et de l’humainement supportable.


Destinée à exprimer le soutien de Washington au gouvernement chancelant du Premier ministre irakien Maliki, cette visite constitue  en fait un arbre chétif qui ne peut cacher la forêt d’échecs cumulés par l’Administration U.S. depuis la chute du régime de Saddam  Hussein. D’ailleurs et selon les conclusions d’un rapport officiel, la plupart des objectifs militaires et politiques fixés par le Congrès américain pour évaluer la réussite de la stratégie en Irak n’ont pas été atteints.


Ce document, rédigé par le «Gouvernment Accountability Office», un organisme officiel indépendant chargé de missions d’enquête pour le Congrès U.S, dresse en fait un tableau plus sombre de la situation en Irak et de l’état des progrès que celui présenté en juillet par l’Administration Bush. Mauvais hasard du calendrier, il arrive également à un moment critique pour la Maison-Blanche  alors que le commandant des forces  américaines en Irak, le général Petraeus et l’ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad, Ryan Cocker, doivent présenter la semaine prochaine devant le Congrès leur propre évaluation des progrès réalisés dans l’ancienne Mésopotamie.


Autant dire que l’heure de rendre des comptes a sonné pour l’Administration américaine qui ne sait plus d’ailleurs à quel saint se vouer pour sortir de cette mésaventure guerrière. Au point  où sont les choses, les néoconservateurs U.S. devraient peut-être privilégier une solution politique à la crise irakienne pour s’en tirer à bon compte.


A moins qu’ils ne tiennent bien évidemment à reproduire le scénario de la terrible guerre du Vietnam...


 


Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com