Rentrée scolaire-alimentation : Gare aux excès et à la sédentarité
Après des vacances sous le signe des fringales, les enfants vont enchaîner avec la rentrée scolaire qui se conjugue avec une alimentation déséquilibrée.
Tunis Le Quotidien
Bientôt, les enfants vont retrouver les bancs de l’école. Ils vont également renouer avec les friandises et les différents types de grignotage qu’ils se paient dans les environs de leurs établissements éducatifs, sans compter les goûters que les mamans veillent à «fourrer» dans les cartables de leurs protégés. Et ce, pour qu’ils mangent à leur faim. Or, en réalité, ces enfants se goinfrent de toutes sortes de sucreries et de graisses à longueur de journée, au point que bon nombre d’entre eux n’arrivent plus par la suite à manger à la maison.
«Et c’est tout à fait normal», fait remarquer Selma Gafsi nutritionniste. Et la spécialiste d’expliquer que «ces enfants sont armés de tous les plaisirs dont ils auraient besoin. Les mères sont généralement très à cheval sur le goûter et n’hésitent pas à remplir les cartables de leurs enfants, associant des produits riches en graisses. Je parle ici des croissants, cakes, mayonnaise, biscuits, etc. Leur souci est d’assurer quelque chose à manger ou à grignoter. Pourtant, c’est déconseillé. D’ailleurs, beaucoup de parents s’étonnent quand leur enfant n’a pas envie de manger à table. C’est que son ventre est saturé», a-t-elle souligné.
Selma Gafsi n’est pas la seule spécialiste en nutrition qui tire la sonnette d’alarme quant aux risques d’excès sur la santé des enfants. En effet, beaucoup de diététiciens tunisiens relevant aussi bien de l’Institut National de Nutrition (INN) ou du secteur privé qui souhaiteraient introduire la sensibilisation à l’alimentation dans les établissements scolaires.
A ce titre, il importe de préciser que la France, par exemple, est en train de déployer d’importants efforts au sein de l’école. Des mesures efficaces ont été prises afin de concrétiser cet effort et de barrer la route à la gourmandise démesurée à la boulimie.
Dans nos murs, le rythme est beaucoup plus lent ! D’une part, les parents ne semblent pas encore prendre conscience des risques qui pèsent sur la santé de leurs enfants. Et d’autre part, la Santé publique n’a pas investi l’école de manière à instaurer une culture alimentaire plus saine.
Pour ce qui est des parents, ils croient gâter leurs enfants en leur permettant de se goinfrer du matin au soir. Les sodas font fureur et les nectars de jus remplacent l’eau. Entre-temps, ces petits écoliers s’habituent à ce rythme alimentaire surtout que leur argent de poche, désormais nécessaire et automatique, leur permet de manger comme «mal» leur semble.
«Certes, il ne faut pas non plus priver les enfants de ces plaisirs car ils pourront de toute façon se procurer ces «interdits». Mais l’essentiel est de doser les excès. C’est-à-dire que les parents sont appelés à apprendre à leurs enfants les bons réflexes de l’alimentation. Et c’est justement à cet âge que l’enfant pourra s’adapter sans pour autant lui infliger la frustration de la privation», a ajouté la nutritionniste.
Cependant, ces mauvaises habitudes sont pugnaces. Après tout, une diète et une hygiène de vie en bonne et due forme exigent davantage d’implication de la part des parents. Or, certaines mères recherchent les solutions de facilité. D’ailleurs, le menu dans les garderies scolaires n’est pas diététique. Ce ne sont pas les gérants de ces espaces qui vont veiller sur l’équilibre alimentaire des enfants. Ils optent en revanche pour les plats les moins coûteux à même de nourrir un grand nombre.
Entre-temps, l’obésité chez les enfants et les adolescents qui n’en demeurent pas moins boulimiques, est en train de gagner du terrain. En effet, la prévalence de l’obésité de l’enfant a beaucoup augmenté ces dernières années en Tunisie. Il en va pourtant du bilan de leur santé plus tard. Car cette obésité prédispose à une morbimortalité cardiovasculaire accrue chez l’adulte. A l’INN et plus précisément dans le service B d’endocrinologie et des maladies métaboliques, 35 enfants (13 garçons et 22 filles) obèses, âgés de 10 à 16 ans ont été suivis de très près afin de déceler les erreurs alimentaires, changer leur comportement et avoir une action préventive sur les complications à long terme. Et les spécialistes qui ont mené cette étude prospective de conclure que l’obésité chez l’adolescent tunisien s’explique par un excès d’apport alimentaire, un grignotage important et un manque d’activité physique. Elle reste par ailleurs associée à des insuffisances en éléments minéraux.
Il s’est avéré en effet que le temps hebdomadaire passé devant la télévision est très élevé, aussi bien chez les filles que chez les garçons. Les deux sexes ne pratiquent pas non plus une activité physique significative. 30% des garçons et 22% des filles ne prennent pas régulièrement leur petit-déjeuner. Leur apport calorique est élevé, notamment pour ce qui est des garçons. Le grignotage, quant à lui, représente un taux important de cet apport global en calories.
A vrai dire, ce scénario est valable pour la presque majorité des enfants et adolescents tunisiens. Il va sans dire qu’avec la rentrée scolaire, les choses vont empirer paradoxalement. Même si l’été est très souvent associé aux vacances sur tous les plans, la reprise des cours n’est pas non plus synonyme d’un équilibre alimentaire. Au contraire, les enfants y trouvent de bons arguments pour perdurer avec les gâteries au grand dam de leur santé.
M. KADA

