Les jeunes et les raisons des conflits avec les parents: L’argent, les factures et le désordre à l’index






Les oppositions entre parents et enfants rendent la relation entre les deux parties conflictuelle.


La tâche parentale n’est pas facile. Ceci est d’autant plus vrai s’ils tiennent à garder leurs progénitures dans leur giron alors qu’une jeune personne aspire à voler de ses propres ailes. Cela dit, les enfants, à leur tour, semblent en avoir ras-le-bol des antagonismes, des sermons et des leçons de morale…


 


Tunis-Le Quotidien


Le besoin d’un jeune de devenir un individu libre et autonome peut le pousser à avoir des conflits avec ses parents. L’autorité parentale est rejetée par un adolescent qui croit n’avoir plus besoin d’une tutelle. Les jeunes gens ont besoin de rencontrer leurs amis à l’extérieur, avoir un petit jardin secret ou exercer des hobbies qui leur tiennent à cœur sans qu’un géniteur soupçonneux ne vienne constamment leur demander des comptes à rendre. Certes, cela ne veut pas dire qu’un adolescent est capable de s’assumer ou de se prendre en charge, mais ce dernier a juste besoin de sentir qu’il est considéré en tant qu’être humain à part entière. Un être qui a des droits et des responsabilités. Cette jeune personne cherchera également à nouer des relations amicales capables de lui procurer un sentiment de confiance réciproque. Un ado passe donc par une phase de séparation et d’individualisation. Ce processus modifie ses rapports avec sa famille. Son  ou ses parents, ne sont plus sa seule valeur refuge. Mais même si les relations amicales prennent une place croissante dans sa vie, il reste toujours bien intégré à la cellule familiale. Il a juste besoin de développer des relations sociales plus larges qui lui permettent  de découvrir un autre type de relation sociale moins autoritaire. Il construit avec eux un ensemble de valeurs et de normes, dans une structure collective externe à celle dont il est issu : la famille. L’adhésion aux principes du groupe aide l’adolescent à épanouir sa personnalité et à s’affirmer à travers de nouvelles expériences. Toutefois, ces relations risquent aussi de le mener vers des comportements à risque : consommation de tabac, de drogue, d’alcool... Les parents en sont conscients. Ils essayent donc de garder la mainmise sur leurs enfants pour prévenir ces dangers. La majorité des parents pensent éviter ce genre de dangers en contrôlant tous les mouvements de leurs enfants ou encore en les privant d’argent de poche. Sauf qu’un adolescent acceptera mal que ses parents s’immiscent toujours dans «ses affaires». Toute initiative parentale à le mettre sous contrôle ou à intervenir dans sa vie, sera automatiquement considérée comme un acte d’indiscrétion et d’immixtion déplacée. En outre, l’adolescent passe tout naturellement par une phase de rébellion. Il se fait hostile à la volonté des parents. Il revendique le droit de décider par lui-même, de prendre seul des jugements, de choisir ses allures, ses amis, ses distractions… Et il en veut aux adultes qui essaient  de lui commander ses choix. Les parents, de leur côté, s’efforcent d’imposer leur autorité à leurs fils adolescents, mais font œuvre inutile. S’il refuse, il prouvera qu’il existe, qu’il raisonne et qu’il mérite donc un peu plus de respect et de considération. Il se lancera également volontiers dans le mode des interdits pour comprendre par lui-même pourquoi n’a-t-il pas le droit de faire telle ou telle chose. C’est à partir de là que naissent les conflits…


 


* Nader, 21 ans, a décidé de rompre avec les études. Le jeune homme n’a pas réussi son bac et cet échec a déclenché des affrontements entre lui et ses géniteurs. «Je n’ai pas réussi à avoir mon baccalauréat et je n’ai franchement plus le souffle de continuer. Je veux passer à autre chose. Je vois nombre de mes amis qui ont à peu près mon âge s’apprêter à faire partie de la population active. Si je dois continuer à étudier j’aurai encore un long parcours à faire. Je n’ai jamais été doué pour les études. Continuer à m’accrocher est une œuvre inutile. Mes parents ne comprennent pas cela. Ils pensent que je vais rater tout mon avenir si je vais laisser tomber les études. Pourtant plusieurs exemples confirment que les études ne garantissent pas un avenir professionnel sûr surtout si l’on a toujours eu des résultats très moyens. De plus, je ne peux pas garantir que j’achèverai mes études si je suis convaincu de ne pas avoir les capacités qu’il faut ! Mes parents ne veulent que mon bien, j’en suis certain. Sauf qu’ils doivent arrêter d’idéaliser les choses et de penser que leur fils est redevable d’être parmi les meilleurs. Cela les affecte et j’en suis désolé. Cela me rend amer, mais ils doivent comprendre que j’ai le droit de décider seul de ma vie et d’en assumer les conséquences. Je ne suis plus un enfant et je connais mes aptitudes et mes capacités. Je veux suivre une formation qui me permettra d’avoir un job dans les plus brefs délais et mes parents rêvent toujours que je devienne architecte ou ingénieur ! Le conflit est à son summum à présent et j’espère qu’ils finiront par me comprendre», dit-il.


 


* Raja, 15 ans, est en plein âge d’adolescence. La jeune fille semble avoir plusieurs genres de désaccords avec ses parents. «Si je dois résumer mes multiples brouilles avec mes parents en un seul mot, je dirai que la mésentente tourne autour de leurs critiques incessantes et interminables. Tout ce que je fais leur déplaît. Le seul secteur qui ne pose pas problème est les études parce que je suis une élève studieuse et j’ai toujours eu de bons résultats. En revanche, si je reste devant la télé, j’ai droit à un sermon, si je reste devant mon PC j’ai également droit à des prêches et je dois toujours écouter leurs discours moraliste sur la nécessité de choisir mes amis et mes fréquentations et ils profitent de l’occasion pour évaluer le comportement de mes amis. Certes, j’écoute ce qu’ils me disent et la plupart du temps je suis ce qu’ils me dictent à la lettre, mais il arrive qu’ils se trompent dans leur jugement. Heureusement que le canal communicatif existe et que j’ai le droit de protester et de discuter. Mais il faut dire qu’ils ont toujours le dernier mot et je n’arrive jamais à les dissuader ! Ils me grondent aussi quotidiennement à cause de mon désordre. Ils ne comprennent pas que je me retrouve dans mon désordre. Mais je dois dire que ma relation avec mes parents n’est pas vraiment difficile. Il y a des hauts et des bas, mais ce n’est jamais grave», dit-elle.


 


* Achref, 15 ans, semble avoir une relation qui évolue en dents de scie avec ses géniteurs. Le jeune homme a droit à nombre de sermons quotidiennement. «La première raison de mes désaccords avec les parents tourne autour de l’argent. Mes parents m’ont promis la somme de 40 dinars par mois depuis que j’ai rejoint le collège. Or, ils ne me donnent même pas la moitié de cette somme. Je dois également me priver de télé et d’ordinateur pour que la facture d’électricité ne sente pas le brûlé. En parallèle, ils ne veulent pas que je sorte ! Je me demande ce que je dois faire pour les satisfaire. Dois-je rester les bras croisés ? Ils me dictent également ce que je dois faire tous les jours. Ils m’imposent un programme que je dois suivre à la lettre. Ils ont également un droit de regard sur toutes mes fréquentations. Tous mes actes passent au peigne fin. Je comprends que mes parents soient soucieux quant à mon avenir, ma santé et ma réputation, je comprends aussi qu’ils rêvent que je sois un fils modèle. Mais je suis un être humain qui n’est pas parfait. Je ne suis pas une pâte à modeler. Pour apprendre, je dois bien commettre quelques erreurs et tirer des leçons de mes propres bêtises», dit-il.


 


* Mourad, étudiant, 19 ans, a également le même genre de problème. «Ce qui rend mon père hors de lui, c’est que je lui demande de l’argent. Il m’a fixé la somme de trois dinars par jour. Cette somme ne me suffit pas et si j’ose en discuter, j’ai droit à un sermon. Il recommence à chaque fois à me raconter sa jeunesse difficile et la chance que j’ai d’avoir de l’argent de poche et patati et patata. Je n’ai pas non plus le droit de rentrer tard et si je reste à la maison, je ne dois pas allumer la télé ou me brancher sur le net parce que cela leur coûte de l’argent. Et tant pis  pour moi si je souffre de l’ennui», dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com