Les jeunes et les produits signés: Un visa d’entrée et de respect dans le monde des frimeurs






Les grandes marques cherchent à stimuler des réflexes d’achat chez leurs éventuels clients à travers le matraquage publicitaire. Les jeunes constituent une cible de choix d’autant plus qu’ils sont réputés être des fashion’s victims. Ils sont très vite influencés et s’imprègnent aisément de la tendance du jour. Les produits griffés semblent donc bien séduire des jeunes…


 


Tunis Le Quotidien


Les arguments de vente, répétés à la fois à la télévision, à la radio, dans la presse donnent des images esthétiquement très attirantes qui stimulent le choix des acheteurs.


La publicité a pour ambition d'inciter à l'achat et à avoir de l’impact psychologique sur ses clients.  Elle vise à renforcer l'image de marque des entreprises ou des produits auprès du grand public dont notamment les jeunes. Des mannequins, des acteurs, des joueurs de foot et de nombreuses personnalités célèbres acceptent de lier leur nom et leur image à une marque ou à un produit. Cette pratique donnera envie à une jeune de s’octroyer le produit de cette marque parce qu’il voudra s’approprier la même chose que son idole. Et puisque les jeunes   sont en plein dans le processus d’imitation et d’identification, cette forme de publicité semble donner ses fruits. Un fan d’une actrice ou d’un joueur de foot, voudrait tellement s’identifier à elle ou à lui en s’appropriant les mêmes produits. En outre, il est à noter qu’un bon nombre des spots publicitaires focalisent sur les produits généralement consommés par la jeunesse. D’ailleurs, l’on voit des slogans qui reprennent le même lexique spécifique aux jeunes, une manière de maintenir la proximité avec une tranche du public qui est la plus influençable et la plus influente. La consommation d’un produit griffé devient dès lors une norme chez un grand nombre de jeunes. Celui qui veut être admis par ses pairs doit leur ressembler et s’approprier les mêmes griffes. Le cas échéant, il est très probable qu’il soit marginalisé, regardé de travers, voire faire l’objet d’une sévère dérision. Les jeunes préfèrent les griffes venues d’ailleurs. Ils aiment suivre la tendance et tiennent à avoir une apparence in et branchée. Ils sont prêts à mettre le paquet pour avoir un produit d’origine et surtout pour ressembler au garçon le plus populaire de la fac ou encore à la fille la plus canon du lycée. A tel point qu’ils semblent stéréotypés. Leur allure et leur paraître sont quasi identiques à ceux que l’on voit dans les séries américaines. Un mimétisme imposé par la loi de la mondialisation. Influencés par la publicité des grandes griffes, les jeunes ont tendance à valoriser tout ce qui nous provient de l’Occident. Cette mondialisation stratifie les goûts et pousse les jeunes à  s’identifier à une culture étrangère quasi « bâtarde» et disparate qui, paradoxalement, semble gommer toute sorte de différenciation et d’identité spécifique au profit de la standardisation. Le matraquage médiatique et publicitaire pousse les jeunes à se suivre en file comme des moutons de pâturage. Nombre de jeunes semblent suivre, les yeux fermés, tout ce qui provient du pays de l’oncle Sam… Ce constat est-il vraisemblable ?


 


* Dhiaa, étudiant de 20ans, voudrait tant pourvoir porter des habits griffés et consommer des produits de marque. Sauf qu’il doit maîtriser sa fièvre acheteuse pour ne pas faire un énorme trou dans le budget familial. «L’idée de reprendre les études très bientôt me terrifie en quelques sorte. Depuis le premier jour de la reprise, on a droit à un défilé de mode ostentatoire. Bref, on va avoir de la frime à en perdre le souffle ! Cette frime me rend certes mal à l’aise puisque je n’ai pas les moyens de m’acheter toute une gamme de produits griffés, cela coûtant les yeux de la tête. Mais circonstances obligent, je dois faire un peu de pression sur mes géniteurs pour qu’ils me donnent de quoi acheter des chaussures, des baskets et jeans de marque. Je sais qu’il y a des produits imités et des habits de contrefaçon qui peuvent faire l’affaire, mais les jeunes sont de vrais connaisseurs en matière de griffe et sauront tout de suite que je ne porte pas du « vrai ». C’est très agaçant de faire l’objet de sarcasme parce qu’on ne porte pas du griffé. On a l’impression que l’on nous juge seulement selon le coût de nos habits. Nul ne regarde au-delà des apparences. Si on n’a pas un paraître tiré à quatre épingles, on est considéré aussitôt comme un plouc. Or, on peut être vraiment bourré de qualités humaines, mais nul ne manifeste  le besoin de découvrir, hélas, de telles richesses de nos jours».


 


* Ameur, étudiant de 20 ans, partage le même avis. Le jeune homme aimerait certes se procurer des produits signés et de marque. Mais cette volonté est mobilisée beaucoup plus par la peur de ne pas être admis par les autres qu’elle n’émane de lui. «Un jeune homme dénué de toutes qualités humaines, mais qui est en revanche gracieux, élégant et riche, aura beaucoup plus la cote qu’un autre dont l’allure reste modeste même s’il est infiniment bon et gentil. C’est peut-être triste de l’avouer, mais c’est la tendance actuellement. C’est la raison qui pousse la majorité des jeunes à vouloir se « teinter » de la couleur du jour. Le fait de se montrer in, branché et de porter des produits griffés permet d’être le « bienvenu au club ». Plus encore, s’il ne suit pas la tendance du groupe, on le regardera de travers et on peut même le regarder comme s’il était la lie de l’humanité. Théoriquement, nous pouvons gagner une place grâce à notre haute moralité, à nos valeurs bien ancrées, à notre caractère bienveillant… Mais concrètement, ce n’est que du charabia. L’échelle des valeurs est totalement renversée. Celui qui veut se faire respecter doit accepter les normes collectives qui sont basées essentiellement sur les apparences et le paraître. Plus personne ne cherche aujourd’hui à te connaître si tu portes du contrefait. Les habits sans griffe rendent la personne elle-même méconnue et anonyme et si on ne fait pas l’objet de moquerie, au meilleur des cas on passe inaperçu ».


 


* Aymen, étudiant de 23 ans, reconnaît aussi avoir un faible pour les griffes et les produits de marque. Toutefois, le jeune homme n’en fait pas une idée fixe. «Si j’avais à choisir entre deux produits, je choisirai sûrement celui qui porte une griffe, non pas parce que cela me permettra de frimer, mais parce que les marques sont un gage de confiance. La qualité et la durée de vie des produits griffés sont nettement meilleures. Certes cela procure aussi une certaine satisfaction morale. Lorsqu’on porte du signé, on se sent mieux dans sa peau même si, concrètement, notre apparence ne chance pas d’un pouce. Toutefois, je n’en fais pas une obsession. Je peux m’acheter des habits ordinaires, anonymes, locaux ou encore contrefaits et avoir un air gracieux et élégant. Il suffit d’avoir du goût, du savoir-faire et d’avoir de hautes qualités humaines. L’apparence reflète ce que nous sommes. On peut avoir un genre spécifique sans avoir mis un seul habit griffé. Toutefois, je suis exigeant en ce qui concerne les lunettes de soleil, les parfums et les produits de toilette. Si ce genre de produits ne sont pas de marque, on risque d’attraper des troubles de visions et des démangeaisons».


 


* Zied, étudiant de 20 ans, partage le même avis. «Il est vrai que j’aimerais porter des habits signés et je pense que c’est légitime. Mais, cela m’est totalement égal de porter des habits imités. L’essentiel est que j’aie une apparence propre et soignée. Il faut dire que les produits griffés suscitent à la personne un respect de la part des autres. Celui qui sent le dernier parfum pénétrant d’Armani ou de Klein et qui porte un jean Levi’s, un pull Boss, qui débarque sur une Harley et qui possède le dernier modèle des portables, n’est sûrement pas regardé de la même manière qu’un autre qui circule à pied et dont l’ensemble des vêtements n’atteint pas la somme d’une seule pièce que le premier porte. C’est comme ça et personne ne peut rien y changer».


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com