Les jeunes entre spontanéité et calcul: Le juste milieu, voie du salut






Par ces temps où règne l’artifice, comme on dit, il est vraiment difficile de distinguer le vrai du faux. Nombre de jeunes semblent avoir une grande présence d’esprit et savent saisir les occasions au vol pour obtenir de nouveaux avantages et parvenir à leurs fins. D’autres, en revanche, sont spontanés et naturels.


Ils jugent l’opportunisme et le calcul comme des actes immoraux qui transgressent les valeurs…


 


Tunis-Le Quotidien


Chez les baratineurs, tous les moyens sont bons pour parvenir à leurs fins, même si cela implique qu’ils déguisent leur nature et leurs véritables sentiments. Ils ne laissent transparaître que le visage qui sert leurs intérêts. Les sentiments contrefaits sont leur première arme pour saisir les occasions qui se présentent et accroître leurs chances de succès. Rien de méchant, si la personne choisit de servir ses intérêts sans nuire aux autres et sans enfreindre les règles et les principes. Certains jeunes pensent d’ailleurs que celui qui sait saisir les occasions au vol, doit jouir d’un esprit alerte et d’une grande intelligence. Toutefois, cette tendance opportuniste est parfois poussée à son extrême. Nombre de jeunes biffent les principes de base, les croyances et la morale pour atteindre leurs buts. Une attitude qui consiste à profiter de toutes les occasions pour se procurer le maximum d’avantages. Intentionnellement, ces jeunes saisissent les opportunités et les circonstances favorables pour tirer profit de chaque occasion qui se présente tout en écartant les obstacles qui peuvent aller à l’encontre de leurs fins. Cela dit, le fait de peser le pour et le contre est un des meilleurs moyens pour minimiser les risques et maximiser nos chances dans la vie. Il est légitime de faire des calculs avant d’entreprendre quelque chose. Pour obtenir satisfaction, l’on doit faire usage d’un raisonnement juste et adéquat. Le calcul est une sorte de prévention contre les échecs. Jusque-là, rien d’anormal dira-t-on. Sauf que certaines personnes sont capables de tout pour se procurer un avantage. Tout ce qui compte pour eux, c’est qu’ils tirent profit des situations même si cela exige qu’ils exploitent et piétinent les autres. Cette stratégie qui sert uniquement les intérêts des uns ou des autres, dénature les relations interpersonnelles et fausse les sentiments. Une personne calculatrice ne vise qu’à servir ses propres intérêts. Pour ce faire, elle est capable d’utiliser les moyens les plus détournés pour réussir et obtenir satisfaction. Or une relation basée sur le calcul et le profit ne peut avoir qu’une courte durée de vie. Tôt où tard, les personnes seront démasquées et les liens humains s’effritent. Paradoxalement, les personnes spontanées et naturelles frôlent la naïveté. Si l’on se montre vrai et que l’on se livre aux autres, l’on est automatiquement considérés comme des naïfs ou du moins comme une proie facile. Faut-il donc être spontané ou calculateur ? C’est justement la question qui a été posée aux jeunes.


 


* Marouane, élève, 18 ans, affirme que certaines conditions nécessitent absolument un calcul. Habituellement, le jeune homme agit avec beaucoup de spontanéité. Sauf qu’il se transforme radicalement s’il détecte un certain danger. «Si tout le monde se comportait de manière naturelle, sincère et directe, on aura l’impression que c’est le paradis sur terre ! Hélas, la majorité des être humains n’est mobilisée que par les intérêts. Si c’est la période des examens, je remarque que l’un découvre subitement des affinités avec un autre qu’il est censé ne pas gober du tout. Quelques jours après l’examen, les choses retournent au cours normal. Cette présumée affinité est née la veille de l’examen parce que la personne en question est forte en maths ou en anglais. Une fois qu’il n’y a plus d’intérêt, on lui tourne le dos. Idem pour les personnes aisées. On voit toujours bon nombre d’amis autour d’elles. On leur jette des fleurs et cela n’a rien de sincère. Tous ces pseudo-amis aspirent à vivre aux crochets des élèves «argentés». Moi, je n’aime pas ce genre de comportement. Je suis ce que je suis et je ne mets aucun masque. D’ailleurs l’enjeu n’en vaut pas la chandelle ! Je ne m’abaisserai pas devant quelqu’un pour qu’il me paye un sandwich ou pour qu’il me passe les résultats durant l’examen surtout si je ne le supporte pas! Toutefois, je suis capable de faire des calculs et de profiter des personnes chez qui je détecte un sens aigu de l’opportunisme. Au lieu de tirer profit de moi, c’est moi qui profite d’eux et cela leur servira de leçon», dit-il.


 


* Amen Allah, 15 ans, peut se montrer opportuniste. Le jeune homme fait toujours ses calculs de rentabilité avant d’agir. «Il ne faut pas être spontané devant des personnes inconnues. Cela leur permet de connaître nos faiblesses et de nous attaquer quand bon leur semble. Je suis très prudent dans mes relations et je ne fais rien de manière gratuite. Je sais que nous vivons dans une sorte de jungle et seules les personnes éveillées et aux aguets sont à l’abri des malices des autres. Toutefois, si je suis sûr que mon vis-à-vis est quelqu’un de spontané, j’agis aussi naturellement avec lui et je ne pense jamais utiliser la ruse pour le piéger de quelque manière que ce soit ! J’avoue en revanche que j’ai un côté baratineur que j’utilise de temps à autre pour servir mes intérêts. Je peux baratiner ma mère pour avoir plus d’argent que d’habitude. Mais cela n’a rien de méchant. J’aime beaucoup ma mère et ce n’est pas parce que je lui jette des mots coquins que je suis pour autant faux et hypocrite», dit-il.


 


* Ghazi, étudiant, 19 ans, peut se montrer calculateur et opportuniste tant que cela ne va pas à l’encontre de ses principes. «Je ne crois pas que le fait d’avoir l’esprit alerte et les sens en éveil soit un défaut ! La vie nous offre certaines occasions et il faut les saisir au vol parce que nul ne peut garantir que cela va se reproduire une deuxième fois. Ce dont je suis contre, c’est que j’accepte d’agir à l’opposé de mes convictions et de mes principes. Je suis par exemple foncièrement contre le fait de tirer profit d’une fille. Je n’accepterai jamais de lui faire du mal ou de la baratiner et d’avoir les manières d’un beau parleur juste pour passer du bon temps ou encore pour lui soutirer de l’argent ! C’est complètement inadmissible pour moi ! Je peux me montrer opportuniste et calculateur tant que je ne ferai pas de concessions qui touchent à ma dignité, ma fierté, mes principes, mes sentiments et mes convictions. Pour le reste, il n’y a pas de mal à se montrer avenant pour tirer profit d’une situation. Il n’y a pas de mal non plus à joindre l’utile à l’agréable sinon on peut passer à côté de la plus grande chance de notre vie et s’en mordre les doigts ensuite», dit-il.


 


* Aymen, étudiant, 22 ans, se montre naturel et spontané jusqu’à ce qu’il y ait quelque chose qui cloche. «Je suis quelqu’un de vrai et d’entier et je n’aime pas me vanter et porter un masque. Les autres n’ont qu’à m’accepter tel que je suis. Toutefois, il suffit que je flaire un peu d’hypocrisie ou de fausseté pour que je me transforme. D’ailleurs, j’ai appris au cours de mes petites expériences de ne plus me livrer dès le début. Il faut faire un black-out total sur les informations avant de bien connaître nos vis-à-vis. Si avec le temps, je suis sûr qu’il s’agit de quelqu’un de confiance, je deviens encore plus spontané. En revanche, si je me rends compte qu’il y a un truc qui ne tourne pas rond, je filtre davantage mes paroles et je calcule mes gestes. Cela me permet de me protéger contre tout éventuel danger», dit-il.


 


* Mourad, élève, 17 ans, teste avant de décider de ce qu’il va faire. «La première chose que je fais au niveau relationnel, c’est d’observer. Ensuite je soumets mes interlocuteurs à des tests, histoire de connaître de quel genre de personnes s’agit-il. S’ils s’avèrent être calculateurs et faux et que rien ne m’oblige à les côtoyer, je les biffe totalement de mon existence. Si je suis obligé d’avoir à faire à eux, je calcule tout : mes actes, mes gestes, mes paroles…et je fais en sorte de profiter d’eux comme ils profitent de moi. Ceci est valable pour les filles comme pour les garçons. Mais j’avoue que c’est vraiment fatigant de ne pas être soi-même et d’être obligé de tout calculer», dit-il.  


 

Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com