Retrait américain de l’Irak : Le solo désespéré de Bush





Le Général américain David Petraeus a évoqué, il y a quelques jours, l’idée d’un plan de réduction des troupes en Irak. George W. Bush semble lui, décidé à en prendre le contre pied. Avec en poche, pense-t-il un argument en «béton». Mais tout porte à croire que ce sera un solo désespéré.


 


Jamais dans l’histoire des Etats-Unis, une élection présidentielle n’a débuté aussi tôt, bouleversant et le paysage et le calendrier de la vie politique. Jamais également une élection ne s’est autant focalisée sur un seul problème. La question irakienne a repoussé dans la pénombre d’autres questions tout aussi importantes, voire plus importantes pour la vie du citoyen comme l’environnement, la montée en puissance de la Chine, certains problèmes sociaux très épineux etc.


Jusqu’à l’échéance du scrutin, l’Irak tiendra la vedette. Quelle que soit la solution adoptée, la sortie de crise sera difficile à mettre en place. Tant l’Irak ce socle solide qu’avait solidement bâti Saddam Husseïn (dont certains de ses ennemis les plus farouches reconnaissent la forte personnalité et dont Bush regrette aujourd’hui amèrement d’avoir démantelé son fer de lance, le parti Baâth), ce socle donc menace ruine, s’il ne s’est pas déjà écroulé. Replâtrer politiquement, économiquement et confessionnellement cet édifice est une tâche surhumaine. Au-dessus même des forces de la nation la plus puissante du monde.


Démocrates et républicains croisent le fer sur cette unique question. Comment sortir du bourbier les 160.000 GI’s qui tout à la fois sèment la mort et souffrent la mort.


Et ce ne sont pas les affirmations de plus en plus récurrentes d’un George Bush qui peuvent ramener le calme dans la communauté nationale et apaiser les inquiétudes des uns et des autres. Affirmer à tout bout de champ que, bien que la situation politique aille de mal en pis, il y a une relative accalmie militaire, est une berceuse dont personne n’est dupe. Car peut-on dissocier le volet militaire du volet politique quand c’est ce dernier qui commande le premier?


Personne n’y croit ni Bush ni ses collaborateurs . Et pas plus le général Petraeus, le maître d’œuvre militaire sur le champ de bataille, que Ryan Crocker, ambassadeur des Etats-Unis en Irak.


Quand on reconnaît, comme le fait Washington que «la réconciliation politique entre les différentes communautés en Irak n’a fait aucun progrès» , on laisse entendre qu’il n ‘y a aucun espoir à voir la violence s’atténuer. Pour une raison bien simple: c’est que les fameuses factions qui tuent et qui s’entretuent sont en train, si ce n’est déjà fait, de se scinder en sous-factions qui s’étripent encore plus férocement. C’est le cas des chiîtes, des sunnites et même des kurdes.


Dès lors comment lutter contre une multitude de groupes quand on a eu auparavant toutes les peines du monde à ferrailler contre seulement deux groupes? La pluralité des mouvements insurgés constitue un gros handicap au niveau de la manœuvre sur le terrain. Une guérilla au carré si l’on peut dire!


Dans ce cas se retirer ne ferait que donner plus de vigueur offensive aux insurgés de sorte qu’au fur et à mesure sur de leur retrait, les soldats américains subiront des assauts de plus en plus mortifères. Une hécatombe qui produira un effet encore plus désastreux auprès de l’opinion publique américaine à la veille de l’échéance électorale. Et c’en sera fait de l’avenir du parti républicain, pour au moins les deux mandats présidentiels à venir .



Un gâchis monstre


D’un autre côté, se retirer d’une seule traite, signifierait une déroute à la vietnamienne, même si la comparaison avec l’ancien conflit n’est pas ici de mise. Dans ce cas ce n’est seulement pas le parti républicain qui perdrait la face mais toute l’Amérique. Toute la puissance américaine dont ce sera là le troisième grand échec en un demi-siècle, après la Corée et le Vietnam. Et tout le crédit  engrangé grâce à la victoire sur l’Allemagne hitlérienne pendant la Seconde Guerre mondiale passera à la trappe de l’histoire.


Les perspectives sont-elles meilleures dans le camp des démocrates? Paradoxalement non ! Le parti adverse ne sait sur quel pied danser. Les prises de positions diffèrent d’un candidat à l’autre. Avec une obsession qui les ronge tous: ne pas passer pour des défaitistes, ce qui serait mortel dans un pays qui a érigé la culture de la gagne en philosophie de la vie.


On le voit, on nage, ici et là, dans une totale confusion. Et il n’y a là rien d’étonnant car dès le début cette affaire irakienne a été mal enclenchée par l’équipe de la Maison Blanche. Non pas seulement à cause du fallacieux prétexte des armes de destruction massive mais aussi à cause du manque d’une vision politique claire. On avait tour à tour misé sur plusieurs options différentes les unes des autres: options ethnique, confessionnelle, tribale même, puisque l’on voit actuellement les autorités américaines solliciter le soutien des chefs de tribus pour contrecarrer les menées d’Al-Qaïda. Sans parler, bien entendu, des valses-hésitations en matière de réponse militaire à la violence.


De toute façon, actuellement c’est Bush qui semble avoir en poche le meilleur argument à savoir lier étroitement la guerre en Irak à la présence des noyaux terroristes d’Al-Qaïda. Il s’en servira jusqu’à son départ pour toujours différer le retrait militaire. Quitte à effectuer de temps en temps des retraits partiels pour donner le change ! Quitte à effectuer un numéro de solo désespéré !


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com