Lockerbie : Toutes les preuves sur l’innocence de la Libye





Le Quotidien-Agences


La Libye est-elle innocente de l'un des pires attentats terroristes du XXe siècle ? La justice écossaise sème le doute. Elle devrait fixer avant fin septembre la date du procès en appel d'Abdelbasset al-Megrahi. Ce haut responsable des services secrets libyens a été condamné à perpétuité en 2001 pour avoir placé une bombe dans le vol 103 de la Pan Am, le 21 décembre 1988. L'explosion du Boeing747 au-dessus de la petite ville écossaise de Lockerbie fit 270 morts, dont onze au sol. Après de longues négociations, Tripoli avait accepté de livrer Megrahi, tout en clamant son innocence. Depuis, le colonel Kadhafi ne cesse de réclamer son retour.


Le 28 juillet, après trois ans d'enquête, la commission de révision écossaise a accordé à Megrahi le droit à un nouveau procès, citant la « possibilité d'une erreur judiciaire». Un premier appel avait échoué en 2002. Mais cette fois, le rapport de 800 pages de la commission laisse entrevoir une issue différente.


L'enquête détruit l'une des principales preuves à charge. Selon l'accusation, Megrahi avait posé la bombe, une radiocassette Toshiba bourrée de semtex, un explosif militaire, dans une valise qu'il avait enregistrée à Malte. Le seul lien tangible entre le Libyen et la bombe, selon le procès de 2001, est un fragment de vêtement enroulé autour d'un morceau du minuteur électronique de la bombe. Ce vêtement, une chemise de marque Slalom, avait permis aux enquêteurs de remonter jusqu'à une boutique maltaise. Son patron, Tony Gauci, avait reconnu en Abdelbasset al-Megrahi l'homme qui lui avait acheté cette chemise. Son témoignage a été démoli : Megrahi ne pouvait pas avoir été présent à Malte ce jour-là, et Tony Gauci, dont les déclarations avaient changé plusieurs fois, avait déjà vu sa photo dans un magazine avant de le reconnaître parmi plusieurs figurants.


Mais les juges n'ont pas franchi l'étape suivante : la remise en cause de la présence du fragment de minuteur lui-même. La commission de révision n'a « trouvé aucune raison de conclure que des preuves ont été fabriquées par la police, l'accusation, les experts scientifiques, ni tout autre corps officiel ». La thèse du trucage est soutenue par l'avocat de Megrahi, accompagné par un groupe de pression informel qui comprend des juristes, le père de l'une des victimes, l'ancien agent de la CIA devenu écrivain Robert Baer, ou le docteur Hans Köchler, observateur officiel de l'ONU au procès de 2001. Ce dernier a trouvé « étrange » le refus de la cour d'examiner une éventuelle manipulation. Selon les révisionnistes, le fragment de minuteur ainsi que les morceaux de vêtements auraient été « plantés » par la police écossaise ou par la CIA, présente officiellement sur les lieux du crash. Edwin Bollier, le président de Mebo, la firme suisse qui avait fabriqué le minuteur, a toujours affirmé que le fragment présenté par la police avait plusieurs fois changé de forme et de couleur.


Les militants de la théorie du complot ont reçu récemment un renfort inespéré. Fin juillet, un homme a déposé spontanément devant la police suisse, déclarant vouloir soulager sa conscience. Sous serment, Ulrich Lumpert, ingénieur en électronique chez Mebo au moment des faits et témoin numéro 550 au procès de 2000 à 2001, a affirmé avoir volé un minuteur et l'avoir remis directement à un policier écossais pendant l'enquête. La déposition d'Ulrich Lumpert remplit la case laissée vide par la commission de révision. Elle pèsera lourd dans les débats de la cour d'appel.


 


« Une pluie de sang »


Ce coup de théâtre de dernière minute pose naturellement bien des questions. La décision de la commission de révision et les remords tardifs de l'ingénieur se sont produits moins d'un mois avant ou après la libération des infirmières bulgares. Et ont suivi de peu la signature entre Tony Blair et le colonel Kadhafi, fin mai, d'un mémorandum sur l'extradition de prisonniers qui « ne concernait pas spécifiquement Megrahi », pourtant seul détenu libyen du Royaume-Uni. Le retour au pays du prisonnier de Glasgow couronnerait la réhabilitation de la Libye, négociée par Washington et Londres.


Quoi qu'il en soit, les perdants sont déjà connus : la justice et la vérité. Les militants de l'innocence de la Libye affirment que le tribunal de 2001 a été instrumentalisé pour détourner les soupçons du vrai coupable, le FPLP-commandement général, groupuscule palestinien hébergé à Damas. Des éléments matériels précis avaient d'abord dirigé l'enquête vers le FPLP-CG. Téhéran avait un mobile. L'ayatollah Khomeiny avait promis « une pluie de sang » en représailles de la destruction en vol d'un Airbus d'Iran Air et de ses 290 occupants, abattus par un navire de guerre américain cinq mois plus tôt.

Mais les enquêteurs ont brusquement changé leur fusil d'épaule. Pour les défenseurs de la Libye, l'ordre venait d'en haut. Saddam Hussein avait envahi le Koweït, et la coalition occidentale avait absolument besoin de la participation de la Syrie dans la coalition, ainsi que de la bienveillance de l'Iran. La Libye avait, elle aussi, des comptes à régler. Le bombardement américain de 1986 sur Tripoli avait tué la fille adoptive de Kadhafi. Le procès de 2001, entaché d'erreurs et de facilités, a laissé peu de place à un véritable travail judiciaire. L'enquête sur le drame de Lockerbie reste à mener.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com