Les jeunes et le sens de la frugalité : Une valeur sûre, mais gare à l’excès…





Certains jeunes se rebellent contre tout, rien ne les satisfait. D’autres, même s’ils passent par de rudes épreuves, se contentent toujours de ce qu’ils ont. Et entre les uns et les autres, il y a ceux qui passent par des moments de révolte mais qui finissent toujours par accepter leur vie avec contentement. Les jeunes ont-ils justement  le sens de la frugalité ?


 


Tunis-Le Quotidien


Bon nombre de jeunes naissent avec une cuillère en or dans la bouche. Ils ne rencontrent pas de grands obstacles dans leur vie. Pour avoir quelque chose qui leur tient à cœur, il suffit qu’ils le demandent! Couvés, chouchoutés et pouponnés depuis la petite enfance, ils ont rarement l’occasion de faire des efforts et ne se remettent généralement pas en question. Normal, s’ils ont tout ce dont ils rêvent ! Ils sont éduqués de manière excessivement protectrice ce qui les rend quelque part indolents. En revanche, d’autres jeunes sont rompus aux dures épreuves à force d’avoir bataillé, et ce, dès l’enfance. Leur vie est parsemée d’embûches, d’épreuves difficiles et d’obstacles. Ces jeunes gens savent que le ciel ne fait pas de cadeaux Les parents les ont initiés à compter sur leurs propres ressources. Pour parvenir à leurs fins, ils n’ont qu’un seul moyen : cravacher dur. Toutefois, si la vie rechigne à sourire à certains et qu’elle se montre beaucoup plus généreuse avec d’autres, cela risque d’éveiller en eux le sentiment d’envie. Ils ne comprennent pas pourquoi  l’autre a eu droit à de plus grandes chances qu’eux et ne considèrent pas cela comme un aléa de la vie mais comme une sorte d’injustice qu’ils ont du mal à digérer. Ce sentiment de mécontentement s’accentue davantage si, en dépit de leurs efforts et de leur bataille, la chance continue à leur tourner le dos. Ils se retrouvent toujours dans la même situation peu envieuse, contraints de retourner à la case départ pour reprendre le tout depuis le début. S’ils ont du caractère et s’ils ont les armes qu’il faut, ils continueront à tenir tête et ne lâchent jamais avant de parvenir à leurs fins. D’autres, en revanche, finissent par baisser les bras. Plutôt fatalistes, ils sont persuadés qu’il ne faut pas tenir tête au destin. Le fait d’être  confronté aux problèmes de manière continuelle, use le jeune en question. Il peut même perdre totalement espoir et croire qu’il ne peut rien contre la fatalité qui s’obstine. Mais entre les uns et les autres, certains sont persuadés que ce qui leur arrive est destiné d’avance. Ils pensent que le fait de rouspéter parce qu’ils n’ont pas ce qu’ils souhaitent ne leur servira à rien. Pour cette catégorie de jeunes, il vaut mieux ne pas avoir les yeux plus grands que le ventre et apprendre à accepter, voire à aimer ce que nous avons au lieu de se lamenter pour ce qu’on n’a pas.


Malek, candidat au bac,  20 ans, a le sens de la frugalité. Le jeune homme est satisfait de ce qu’il a et il se contente toujours de ce que lui donne la vie. « Je pars du principe que quoi qu’on fasse, nul ne peut changer le cours des événements comme il le souhaite. Ce qui doit arriver arrivera de toute façon et l’homme n’a qu’à s’y faire. C’est évident que le destin est prescrit d’avance. Certes cela ne veut pas dire que je me laisse abattre et que je baisse les bras ! Je dois toujours faire en sorte d’améliorer ma vie puisque même si mon destin est déjà prédit, je ne sais pas ce que me cache l’avenir. Il se peut que quelque chose de beau m’attende et qu’il me suffit de faire un pas de mon côté pour provoquer les choses ! Mais il est possible que rien de ce que je souhaite vraiment n’arrivera. Que dois-je faire en ce moment ? Je ne pense pas d’ailleurs que je pourrai changer quoi que ce soit si je m’en prends à la vie, aux proches et au monde entier parce que je n’ai pas eu ce que je voulais ! Qui sait ? Peut-être que mon intérêt est contre cette chose que j’espérais de tout cœur. Et puis, je pense qu’on doit avoir le sens de la frugalité et se contenter de ce que nous avons parce que, de toutes façons, on n’a pas le choix. Si je vais envier les autres parce qu’ils ont des parents plus riches et parce qu’ils ont une vie facile, est-ce que cela va changer quelque chose ? L’envie et la révolte contre et le manque de frugalité vont me fatiguer davantage. Et au lieu d’apprécier les belles choses qui existent dans ma vie, je vais continuer à regarder avec haine et mépris le bonheur des autres. Cela ne sert absolument qu’à m’empoisonner la vie encore plus. Si on n’a pas ce qu’on aime, il faut aimer ce que nous a, c’est ma devise dans la vie et mon chemin vers la quiétude et, par ailleurs, vers le bonheur », dit-il.


Tout comme Malek, Mohamed, candidat au bac,  19 ans, semble également se contenter de peu. Le jeune homme croit à l’adage arabe qui dit que la frugalité est un trésor inépuisable. « Si je vais me rebeller contre ma situation et vouloir des choses qui dépassent les capacités de mes parents, cela changera-t-il quelque chose ? Bien sûr que non ! Au contraire si je vais permettre à l’envie et à l’avidité de me gagner, je ne pourrai plus me contenter des plaisirs simples de la vie. D’ailleurs, si je regarde ce que les autres ont de plus que moi, je vais aller tout bonnement vers le chemin de la perdition. Parce que plus je regarderai les richesses et les réussites des autres, plus je me sentirai inférieur et je haïrai ma vie. Pourtant le bonheur est peut-être entre mes mains et que c’est moi qui ne me rends pas compte. Il faut savoir apprécier les belles choses que nous possédons et avoir la foi.


Je me contente toujours de ce que j’ai et je fais en sorte d’apprécier ce qui existe et je me dis : “sois heureux, ça aurait pu être pire “. Il est vrai qu’on a parfois l’impression que c’est injuste et on se demande pourquoi la vie a-t-elle donné autant de cadeaux à certains et qu’elle ne me donne rien à moi, mais je finis toujours par rejeter ces idées sinon je risque  de sombrer dans le négativisme », dit-il.


Rafâa, 19 ans, ne se contente pas du peu et ne crois pas du tout aux bienfaits de la frugalité. « La frugalité est l’arme des plus faibles. Moi, je pense que si on veut, on peut. J’ai peut-être les yeux plus grands que le ventre et j’ai toujours visé très haut, mais je pense que c’est positif dans la mesure où cela me pousse à donner le meilleur de moi-même pour que personne ne soit meilleur que moi. Quand je rentre à la maison et que je trouve un repas bâclé, je fais un scandale et ça marche. Ma mère fait en sorte de me faire un repas copieux et délicieux. Si je m’étais contenté de ce qu’il y a, c’est moi qui aurait dormi le ventre vide ou, au meilleur des cas, j’aurai mangé l’horreur qu’elle nous a préparé ! Je pense que c’est valable pour tous les domaines de la vie. Il faut rêver, espérer et viser plus haut. Cela ne relève pas de l’avidité humaine mais du positivisme et de l’ambition et celui qui veut améliorer sa vie ne doit pas se contenter de ce qu’il a, sinon il stagnera et n’avancera jamais », dit-il.


Mohamed Amine partage le même avis. Le jeune homme pense que les ambitions de l’être humain doivent le pousser à se révolter et à espérer toujours mieux. « Si on va se contenter du peu et se montrer totalement satisfait de ce qu’on possède, on ne va pas pouvoir améliorer sa vie. Il faut se montrer ambitieux et aspirer à une meilleure vie et à de meilleures conditions. Pour ce faire, il faut combattre justement cette tendance à s’armer de frugalité et patati et patata ! Le sens de la frugalité et le fait de se contenter du peu ne sont que des alibis pour justifier notre manque de persévérance et surtout nos échecs. Non je ne me contente pas du peu et j’aspire faire sa partie des meilleurs et j’y arriverai un jour ou l’autre », dit-il.


 


Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com