Les jeunes et l’emploi du temps durant Ramadan : Doucement le matin, ils partent très vite le soir





Tout le rythme de vie change durant le mois de Ramadan. Les jeunes sont contraints de garder toute leur concentration à l’école même s’ils n’ont fermé l’œil que pour quelques petites heures de la nuit et même s’ils ont un creux à l’estomac. Certains s’en sortent tant bien que mal. Pour combattre la faim, la soif et la chaleur, ils essayent de meubler leur temps jusqu’à la rupture du jeûne. Après un repas bien copieux, chacun selon ses aspirations personnelles profite de sa soirée ramadanesque.


Comment est-ce que les jeunes passent-ils justement leur temps durant le mois saint ?


 


Tunis-Le Quotidien


Difficile d’être en pleine forme lorsqu’on est à jeun. Les élèves reprendront l’école cette semaine. Jusque-là les premiers jours de Ramadan n’ont pas été pour eux difficiles à gérer puisqu’ils pouvaient faire la grasse matinée et se permettent de veiller jusqu’à une heure tardive le soir. Mais à partir de demain lundi, leur rythme va changer. Ils sont redevables de se lever tôt et de se concentrer en classe même s’ils manquent de sommeil et qu’ils souffrent de faim. Ramadan rime pour la majorité des jeunes avec veillées, farnienté et absentéisme. Durant les journées, ils déambulent par ci et par là juste pour voir le temps passer. Les études ne figurent pas sur la liste des priorités des jeunes durant le mois de Ramadan. Le matin, ils bayent et somnolent les yeux mi-clos et leur tête démarre après une grande peine. A l’école, la majorité  ne semble pas enthousiaste. Ils sont ensommeillés et inertes. D’autres en revanche, s’efforcent à être tout ouïe et font des efforts pour comprendre les cours donnés par les professeurs. Pour eux, il est difficile de réviser pendant le mois de Ramadan, et s’ils se concentrent en classe, c’est déjà un grand acquis. Le soir, après le dîner, la majorité de la gent masculine prend illico la direction du café. Quant aux filles, nombre d’entre-elles ne sortent pas et restent attirées par la télé. Chacun selon ses propres envies et ses propres tendances, choisit le programme qui lui convient le mieux et passe tant bien que mal ses journées de jeûne. Après la rupture du jeûne, ce sont les senteurs du thé à la menthe et du café fort qui leur redonnent du punch. Les jeunes apprécient de sortir le soir pour profiter de l’animation typiquement ramadanesque. Théâtre, cinéma, festival de la médina, salon de thé…peu importe, l’essentiel est de sortir. Un rituel proprement juvénile durant le mois saint. Cette sortie est presque capitale pour la majorité des jeunes d’autant plus que le climat est vraiment chaud. Ils partent donc en quête d’une brise rafraîchissante. Toutefois, il parait que la majorité des jeunes hommes quittent illico le domicile familial après le dîner pour pouvoir trouver un siège dans le café du coin.  Ils s’y rendent pour avoir leur dose de caféine et de nicotine après une journée d’abstinence et aussi pour retrouver les amis, discuter et  jouer aux cartes. De l’autre côté, de nombreux endroits sont désertés, du moins durant la première quinzaine de Ramadan…


 


Fakhri, candidat au bac, 19 ans, sait qu’il doit passer aux choses sérieuses à présent. « Jusqu’ici je me lève vers le coup de midi, je reste allongé devant la télé. L’après-midi, je sors faire un tour au marché pour acheter les choses qui manquent, du pain et des fruits. Ce bain de foule, j’adore ! Je ne peux pas me priver de ce plaisir durant Ramadan surtout que je vois toutes sortes de produits alimentaires sur les étalages et cela me met encore plus en appétit. Je ramène ces courses à la maison, ensuite je ressors pour aller dans une salle de jeu. J’y reste jusqu’à ce qu’elle ferme, après je vais dans un jardin public pour attendre l’heure de la rupture du jeûne. Après le dîner, je fais un tour avec mes amis dans notre quartier parce que nous sommes encore aux premiers jours de Ramadan et il n’y a pas vraiment des choses intéressantes à voir. Nous faisons donc un tour ensuite on s’installe dans le café du coin et on y reste jusqu’à une heure tardive. C’est mon programme habituel, sauf que ça doit changer à partir de lundi puisque je vais reprendre mes études. Le problème, c’est quoique je fasse, il m’est vraiment difficile de pouvoir me concentrer. Je suis un fumeur et d’habitude, je bois un café fort le matin pour me réveiller. Si ce n’est pas le cas, je reste somnolent et je ne saisis absolument rien du cours. Il m’est impossible de me concentrer. Et puisque je passe le bac cette année, je dois donc me récupérer le soir. Je déambulerai avec les amis après l’école et je continuerai à aller dans la salle de jeu avant l’heure du dîner. Le soir, je crois que je me contenterai d’une seule heure au café. Je dois rentrer pour réviser un peu », dit-il.


 


Mohamed, 17 ans, a profité des vacances pour faire des grasses matinées. Mais à partir de lundi, son emploi du temps va changer. « Lundi, je reprends les cours. Cela veut dire que je dois oublier complètement les grasses matinées et les longs moments devant la télé. Généralement, c’est la matinée qui est plutôt lourde à passer. Si je vais reprendre mes études, cela va au moins m’occuper. Après l’école, je vais chez mes cousins qui habitent près de chez moi et on joue aux cartes. Vers le coup de 17heures, je sors faire un tour et j’achète des provisions pour ma mère. Après la rupture du jeûne, je vais aussi avec mes cousins dans la salle de jeu et il m’arrive de faire un saut au café. Je n’aime pas rester dans les cafés parce que je ne fume pas. Je préfère passer du bon temps à jouer en attendant la deuxième quinzaine du mois saint qui est généralement très animée. Quant aux études, je me considère toujours en vacances durant le mois de Ramadan. C’est déjà beaucoup si j’arrive à assister en classe au cours, à me concentrer et à ne pas faire l’école buissonnière. Mais il m’est impossible de pouvoir m’enfermer dans ma chambre et de réviser durant le mois de Ramadan », dit-il.


 


Amine, 21 ans, associe le mois Saint au farniente. Le jeune homme arrive à peine à tenir debout durant la journée. « Durant le mois saint, je renverse totalement mon rythme de vie. Je vis la nuit et je somnole le matin jusqu’à ce que je rentre. Dès que je mets les pieds chez moi, je cours illico vers la salle de bains pour prendre une douche et me rafraîchir. Juste après je me plonge dans mon lit et je dors jusqu’à l’heure du dîner. Le soir, je sors prendre un café avec mes amis et j’y reste toute la nuit, ou presque. Il m’arrive également de me rendre dans les salles de jeu », dit-il.


 


Mehdi , 21 ans, est incapable de  résister à l’envie de dormir. Après l’école, le jeune homme rentre directement pour dormir. « Lorsque j’étais en vacances, je me réveillais vers midi. Mais à partir de lundi, c’est la reprise et je dois retrousser les manches pour donner le meilleur de moi et me concentrer le matin. Une fois de retour, je ne peux pas résister devant cette envie de dormir. Je dors jusqu’à 17 heures ou même plus. Une fois réveillé, je cours aider ma mère. J’adore être à la cuisine et mettre la main à la pâte à l’approche de l’heure de la rupture du jeûne. Je peux faire une salade, laver la vaisselle, préparer la table, couper le pain…Si on s’entraide , la tâche sera moins difficile pour tous. Après la rupture du jeûne, il m’arrive parfois de sortir pour prendre un café avec les copains ou pour me payer une partie  dans une salle de jeu, mais généralement je préfère rester chez moi. Non seulement Ramadan est une occasion pour renforcer les liens familiaux mais c’est également, une période où je peux profiter des délices sucrés que maman prépare. On regarde la télé en famille et on rigole tous ensemble», dit-il.


 


Abir CHEMLI      




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com