La France se trompe





Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, vient de confirmer haut et fort le durcissement de la position de la France contre l’Iran en soulignant que le monde devait se «préparer au pire», c'est-à-dire à la possibilité d'une «guerre» avec Téhéran.


Il confirme ainsi la position de son patron Nicolas Sarkozy qui a évoqué, lors de son premier grand discours de politique étrangère, la possibilité d’un recours à la force contre le programme nucléaire de l’Iran.


Paris réaffirme ainsi son alignement sur la politique américaine. Or, et à notre avis, en brandissant la menace au lieu de prôner la négociation, la France fait une erreur puisqu’elle sert les intérêts des durs à Washington. Ceux qui ont poussé vers une guerre contre l’Irak dont les résultats désastreux sont aujourd’hui connus par tout le monde.


La France fait une erreur parce qu’elle risque, par ailleurs, de faire voler en éclat le consensus européen actuel sur la question.


En effet, si les Britanniques sont, depuis longtemps, sur la même ligne française, les autres Européens ne sont pas tous convaincus, et certains pourraient s'alarmer de l'imprudence diplomatique majeure que représente l'emploi du mot "guerre" par Kouchner.


Même si ce dernier a affirmé dimanche que l'Allemagne avait elle-même proposé des sanctions économiques européennes autonomes, Berlin, dont la chancelière doit gérer une coalition compliquée avec les sociaux-démocrates, n'est pas encore décidée.


D'autres pays comme l'Italie et l'Espagne pourraient aussi être réticents à quitter le cadre onusien et à rendre plus «atlantiste» une position européenne traditionnellement médiane entre Moscou et Washington.


La France fait une erreur puisqu’elle ne fait ainsi que ternir son image dans le monde arabe et même occidental où la politique américaine de l’administration Bush est de plus en plus critiquée. L’alignement sur Bush devient ainsi un faux calcul de Paris qui doit se souvenir de l’expérience du Premier ministre Tony Blair qui a dû payer de sa tête son suivisme de la politique américaine. Et puis, le jeu n’en vaut pas la chandelle surtout que Bush est sur la voie de sortie et que son successeur n’aura pas, certainement, la même vision politique. Sarkozy, risque ainsi de se trouver sur la touche, renié par les Américains, par les Européens et par les Arabes autant dire par tout le monde.


La France, qui s’est  montrée dans le passé farouchement partisane de la voie diplomatique, doit poursuivre sur cette même voie. En abandonnant cette option, le nouveau président français va fournir à Bush une excuse, lui qui cherche tout prétexte, pour entrer dans une nouvelle guerre contre l’Iran, une catastrophe pour le monde entier…


Cela est d’autant plus vrai qu’une telle prise de position risque d’avoir des effets contraires en Iran en renforçant les partisans de la ligne dure qui ne font pas l’unanimité au sein de régime iranien et qui risquent dans ce contexte de trouver encore plus d’adeptes.


L’heure est à la diplomatie, pas aux menaces. L’exemple nord-coréen en est la preuve.


 


Med Ali BEN REJEB




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com