Tunis : Ali, l’enfant-adulte dans le tumulte de la vie





Encore une longue journée qui s’annonce à l’horizon.


Comme d’habitude, il doit être vigilant et surtout patient. Car, il lui faut ses vingt dinars. Sinon personne ne mangera ce soir et sa mère pourrait voir son état de santé se dégrader davantage si, par malheur, elle ne prenait pas sa ration quotidienne d’insuline …


 


Tunis - Le Quotidien


Ali, un enfant de dix ans, est l’un de ces vendeurs de sachets au Marché Central de Tunis.


Il est également chargé de la surveillance et quelle surveillance ? Il doit, en effet, avertir les marchands installés dans ce marché avant toute descente des agents de contrôle des prix ou d’hygiène. En contrepartie et à la fin de la journée il pouvait choisir parmi les fruits et légumes avariés, ce qui peut encore servir.


 


Maman malade, papa démissionnaire


Ali est né à Tunis, il y a de cela, dix ans. Ses quatre frères et sœurs, eux, ont vu le jour à Kasserine.


Il habite dans un quartier dit de constructions anarchiques.


Son papa, un quinquagénaire, a décidé un jour de quitter son village natal pour venir s’installer à Tunis.


On ignore les raisons de cet exode. Seulement, une chose est sûre, le papa d’Ali était très ambitieux et savait qu’en restant à Kasserine, il ne pourrait jamais réaliser ses rêves.


Il débarque alors à Tunis avec ses deux fils, ses deux filles et leur mère.


Il loua une petite maison à côté de ses cousins installés là, quelques années auparavant. Et dès le premier jour, il se mit à chercher du travail.


Bien qu’assez motivé, seuls quelques chefs de chantier acceptèrent de l’embaucher.  Un travail journalier garantissant à peine de quoi nourrir sa famille nombreuse.


Bientôt, son fils aîné allait décider de quitter l’école suivi par la grande sœur. Finalement et pour pouvoir survivre, tout le monde abandonna les bancs de l’école et se mit au travail.


Sans qualification et encore moins une expérience professionnelle, ces jeunes gens ne réussirent jamais à obtenir un emploi stable.


Les garçons comme les filles qui passèrent des journées et des journées à errer dans les rues de la capitale, ne peuvent s’empêcher de se comparer à leurs aînés.


Ces robes, ces Jeans, ces vestes, ces chemises, ces chaussures et ces accessoires ... comment font-ils pour s’offrir tout ce luxe? Telle est la question que se posaient éternellement les quatre frangins.


Les vitrines sont si alléchantes que parfois on est tenté d’aller tout bonnement voler quelques fringues.


Seulement, il y a mieux ... Dans la foulée les deux frères eurent vent d’une nouvelle traversée illégale de la mer pour rejoindre l’Italie. Le peu d’argent dont disposait encore le père avec ce qu’avaient réussi à épargner les deux sœurs serviront à financer ce voyage risqué. Depuis on est sans nouvelle des deux frères. La mère tomba malade et à force de subir les chocs et les mauvaises surprises, elle finit par devenir diabétique.


Il lui fallait chaque jour une injection et il faut également avoir l’argent pour acheter l’insuline.


Alors, pour faire face à toute ces dépenses, les deux filles tombèrent dans la débauche. Elles ne tardèrent pas à tomber également entre les mains de la police.


A la maison, il ne restait que la mère, le père et le petit Ali. Ce dernier est le seul à avoir vu le jour à Tunis.


Il a maintenant dix ans. Comme ses sœurs et ses frères, il est contraint de quitter l’école pour aller chercher du travail. Le sort a voulu qu’il soit l’homme de la maison. Son père avait cédé à la tentation de l’alcool. Du coup, il ne se réveillait que pour noyer son chagrin, de nouveau dans une nouvelle bouteille d’alcool.


Ali, à dix ans, est bien obligé de se casser tous les jours la tête pour pouvoir gagner les vingt dinars nécessaires à l’achat des médicaments de sa mère, le vin de son père et surtout de quoi manger.


Après avoir essayé plusieurs trucs, il trouva son salut au marché central de la ville de Tunis.


Il vend les sachets en plastique et guette les mouvements des agents de contrôle de prix et d’hygiène. Et lorsqu’il n’arrivait pas à ramasser les vingt dinars, il lui arrivait de laisser ses mains se balader dans les poches des clients.


C’est le cinquième jour de Ramadan, ce mardi 18 septembre 2007 et Ali est toujours à la recherche de ces malheureux vingt dinars !


 

H. Missaoui


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com