Les jeunes et les soirées de Ramadan : Des soirées télé pour les filles, cartes sur table pour les garçons !





L’animation bat son plein tous les soirs durant le mois de jeûne. Les grandes avenues ne connaissent pas de répit. Les cafés et les salons de thé affichent archi-complet. Il y a de quoi satisfaire tous les goûts.


Les jeunes semblent avoir un faible pour les sorties nocturnes durant Ramadan. Vrai ou faux ?


 Comment les jeunes passent-ils justement leurs soirées ramadanesques ?


Après la rupture du jeûne, de nombreux quartiers vibrent aux rythmes de chants folkloriques, de percussions ou encore de Mouachahats et de Malouf. Durant la deuxième quinzaine du mois de Ramadan, l’animation  ne manque pas. Du festival de la Médina aux pièces de théâtre proposées au public en passant par les chants religieux ou la musique soufie, on n’a que l’embarras du choix. Les jeunes sont en principe, de vrais fans des sorties. Ils adorent partir de la maison ne serait-ce que pour déambuler dans les grandes avenues et les petites ruelles sans avoir de programme spécifique. Grand nombre d’entre eux hantent les cafés et les salons de thé. Juste après le dîner, ils sortent illico de leurs maisons pour pouvoir trouver une place dans le café du coin. Il parait qu’aller au café après la rupture du jeûne est devenu une norme masculine chez les jeunes. Ils s’y rendent pour avoir leur dose de caféine et de nicotine après une journée d’abstinence. Ils s’y rendent aussi pour retrouver les amis, partager quelques potins et jouer aux cartes. Des programmes  à la carte sont disponibles dans ces salons de thé: animation, orchestres, karaoké, voire jeux de cartes, d’échec et narguilé (chicha). Les assidus des jeux de cartes sont plutôt nombreux. Et même si le lendemain, ils doivent se réveiller de bonne heure pour aller étudier, ils cumulent les parties jusqu’à l’aurore…  De l’autre côté, les filles semblent avoir d’autres chats à fouetter…


 


Tunis-Le Quotidien


Chayma, 18 ans, ne quitte pas la maison. La jeune fille passe toutes les soirées ramadanesques avec sa famille. Même quand elle sort, elle est accompagnée par les membres de sa famille. «Franchement, je trouve débile qu’on passe des heures et des heures dans un salon de thé pour se remplir les poumons de fumée suffocante des cigarettes, manger un petit truc sucré tout en fixant des yeux les clips vidéos qu’on voit sur un écran géant dans un salon de thé et payer une addition qui sent le brûlé ensuite. C’est une soirée de frime sans plus. Les filles qui sont privées de laisser transparaître leur charme durant la journée se récupèrent doublement le soir. Et les garçons qui n’ont pas la tête sur les épaules le matin, s’y rendent pour admirer les filles qui défilent et pour exercer à leur tour un peu de charme. Des pratiques frimeuses et très stupides. Moi, je préfère rester à la maison avec ma famille pour regarder le programme télé autour d’une table garnie de délices sucrés. Lorsqu’on sort, nous allons tous ensemble chez ma grand-mère depuis l’heure de la rupture du jeûne. Et si l’on a envie de faire un tour, on y va également en famille et on choisit généralement un endroit bien aéré pour respirer de l’air frais», dit-elle.


 


Aïcha, élève, 14 ans, ne sort pas non plus. Contrairement à Chayma, Aïcha aimerait tant sortir le soir. Mais ses parents ne veulent pas l’accompagner parce qu’ils préfèrent les soirées familiales à la maison. «Mes parents sont très casaniers. Les seules fois où ils sortent c’est pour aller dans une autre maison, chez mes tantes ou mes grands parents. De plus, cette année et même l’année dernière, les heures de la rupture du jeûne sont assez tardives. Nous avons donc à peine le temps de manger et de débarrasser la table, faire la vaisselle et arranger la salle à manger. Ensuite, on trouve de justesse le temps de voir un peu la télé avant que l’heure de se mettre au lit ne pointe», dit-elle.


 


Katre Ennada, élève, 14 ans. La jeune fille ne met jamais les pieds dehors lorsqu’il fait noir. «Franchement, je ne suis pas vraiment tentée de sortir. Je ne sais pas trop pourquoi, mais les sorties durant le mois saint ne me disent absolument rien. Je pense que ce mois de piété est une chance en or pour se réunir avec les membres de la famille, profiter pour s’approcher de ses parents et éradiquer les malentendus et les rancoeurs. En outre, je suis plutôt casanière. J’adore rester devant la télé le soir. Les soirées ramadanesques sont agréables lorsqu’on profite d’une soirée télé, le programme est varié et il y a des choses très intéressantes à voir. Et puis ceux qui sortent ne vont généralement que dans les salons de thé pour s’empoisonner les poumons. Ces salons de thé se transforment en fumoir et  je n’ai aucune envie de m’asphyxier. Par ailleurs, je trouve les soirées en famille très agréables. On regarde la télévision ensemble, on profite pour manger des gâteaux et des sucreries à volonté sans avoir à casquer une addition qui sent le cramé», dit-elle.


 


Lotfi, candidat au bac de 19 ans, aime aller au théâtre et ce qu’il adore par-dessus tout ce sont les «one-man-show». «L’année dernière et celle d’avant, je suis allé voir des pièces de théâtre. Celle de Lamine Ennahdi et de Raouf Ben Yaghlène. J’aime aussi me rendre dans des cafés en plein air comme à Sidi Bou Saïd ou aux Berges du Lac. Les belles vues, le climat frais et l’ambiance me font énormément plaisir. Il faut dire qu’à Sidi Bou, l’on ressent une atmosphère typiquement tunisienne et spécialement belle et arabesque et cela va très bien avec l’atmosphère du mois saint. Si je ne vais pas dans la banlieue nord ou que je ne vais pas au théâtre, je préfère aller faire un peu de musculation avant d’élire domicile dans l’un des cafés de mon quartier. Au café, on retrouve des têtes qu’on connaît, on peut voir la télé, on peut discuter, jouer aux cartes ou aux dames etc. et le temps passe », dit-il.


 


Adel, élève, 20 ans, attend toujours la deuxième quinzaine de Ramadan pour pouvoir sortir et se divertir.  «Durant la deuxième quinzaine du mois saint, les sorties et les veillées deviennent très agréables. Il faut dire que Tunis est très vivante la nuit durant la deuxième moitié de Ramadan. Les boutiques de commerce sont toutes ouvertes et il y a beaucoup de mouvements. Par ailleurs, j’adore aller au festival de la Médina. L’ambiance typiquement arabe et tunisienne et l’ambiance de la Médina antique m’ont toujours fascinées. Mais si jamais je ne vais pas à la Médina, je me dirige à Ennasr.  Il faut dire que pour trouver une place dans un des cafés d’Ennasr, il faut se réveiller de bonne heure ! Je dois me contenter de quelques cuillères de chorba, croquer très vite dans mon brick et sortir illico presto pour trouver une place. C’est toujours complet», dit-il.


 


Youssef, étudiant, 22 ans, reconnaît d’emblée qu’il consacre ses soirées aux choses interdites durant la journée. «Pendant toute la journée, je dois m’abstenir de manger, de fumer, de boire et puis de…draguer.  Après la rupture du jeûne, je fais en sorte de récupérer tout ça. Je mange, je bois et je hante les cafés d’Ennasr juste après l’heure du dîner pour partir à une heure très tardive. Presque à l’aube, je rebrousse chemin après avoir bien rincé l’œil sur les jolies nénettes qui défilent dans des tenues très suggestives dans ce quartier. D’ailleurs, elles sortent pour mettre leur pouvoir de séduction à l’épreuve après s’être  abstenues durant une journée entière», dit-il.


Ramadan, est un mois saint, le mois de la piété et de la remise en question. C’est également une occasion pour s’approcher de notre Créateur, ne serait-ce que durant un seul mois de l’année…Les cafés, on peut s’y rendre tous les jours et tous les soirs de l’année et ce qui est vraiment désolant, c’est que l’indécence, qui s’amoindrit durant la journée, redouble d’intensité le soir…   


 


 Abir CHEMLI  




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com