Tunis : Chronique d’une journée délirante





Personne n’aurait pensé que vingt minutes de fortes pluies allaient mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Hauts cadres, cadres, fonctionnaires, ouvriers, riches et moins riches avaient tous oublié leur statut social pour retrouver des comportements instinctifs voire primitifs face à l’eau, le grand ennemi des Tunisois, lors de cette journée du 24 septembre 2007.


 


Tunis - Le Quotidien


Les premières averses ont coïncidé avec la sortie des gens de leurs lieux de travail. L’horloge affichait quatorze heures et quelques minutes. Une bonne partie de la capitale est déjà inondée.


Au fur et à mesure que le temps passait, la pluie devenait de plus en plus forte. Rapidement, Tunis s’est divisée en plusieurs zones séparées les unes des autres par les courants d’eau. Il était  presqu’impossible  de traverser les rues.


Le quartier de Montplaisir est presque inondé. L’eau a atteint à 


Lafayette les cinquante  centimètres. Les magasins se trouvant au rez-de-chaussée ont été envahis par les eaux. La marchandise au magasin Monoprix de l’avenue de la liberté a été emportée par le courant. Pis encore les rames du métro sont clouées sur les rails. Elles se sont arrêtées là où l’électricité s’est coupée.


Alors, les voitures étaient bloquées soit par le métro, soit par le niveau de l’eau qui a atteint les portières, la situation s’est aggravée davantage lorsque les élèves ont quitté les écoles et les lycées. Un mouvement de panique s’est emparé des parents venus chercher leurs progénitures.


Des établissements scolaires comme celui de la rue de l’Inde étaient inaccessibles. Les plus audacieux des pères et des mères décidèrent alors de s’aventurer à l’intérieur pour aller chercher leurs enfants.


Rigolo mais également dramatique, on avait assisté à des scènes ou des hommes et des femmes avaient retroussé leurs pantalons et leurs robes en enlevant au passage leurs chaussures pour pouvoir pénétrer à l’intérieur des salles  et sortir  un peu plus tard avec leurs enfants sur le dos. Tant pis pour les fournitures scolaires qui leur ont coûté quelques jours auparavant, les yeux de la tête.


En progressant un peu plus loin, le spectacle est de plus en plus désolant. Le transport public est entièrement paralysé. Le agents de la Protection civile sont quasiment absents. Seuls les agents de la circulation faisaient comme ils pouvaient pour aider les gens à traverser les rues. Les gens sont nerveux. Les nerfs commencent à lâcher. Des femmes et des filles désespérées laissaient couler des larmes de frustration.


Il est vrai qu’elles étaient assez trempées pour éviter que leurs corps ne soit dévisagé par des regards malveillants. Dans la foulée, on avait peur pour ses biens: argent, téléphones portables, bijoux... etc.


Une petite accalmie a permis aux gens de presser le pas vers les stations et les gares. C’était cause perdue. Il n’y avait pas, tout simplement, de moyens de transport. Du coup, à deux, trois ou à quatre, de petits groupes se formaient pour rentrer à pied qui à Tunis Ouest, qui à Tunis Nord.


Aux alentours de seize heures, nous nous trouvions au niveau du tunnel de Bab Souika. Une grande foule s’est rassemblée des deux côtés de l’ouvrage.


On parlait d’un bus et de plusieurs voitures bloqués à  l’intérieur. Chacun est allé de ses propres constatations pour estimer le niveau d’eau dans le tunnel.


En baissant la tête, un homme avança même le chiffre de deux mètres quatre vingt. D’autres jureront qu’ils ont déjà entendu les cris de détresse des passagers du bus et des automobilistes.


A la sortie Sud du tunnel, nous avons demandé aux agents de la Protection civile de ce qui en était au juste. Malheureusement nous étions repoussés et nous dûmes quitter cet endroit.


Finalement, nous avons décidé de faire comme tout le monde. Nous avons alors enlevé nos chaussures afin d’entamer une longue marche de huit  kilomètres tout en espérant arriver avant la rupture du jeûne.


 


H. MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com