Les jeunes et la médisance : Les ragots passent avant le ragoût !





Durant le mois de Ramadan, bon nombre de jeunes ne savent pas comment faire pour passer le temps. Les uns profitent pour peaufiner leurs dons, apprendre de nouvelles choses, étudier, s’approcher davantage de Dieu et s’appliquer à faire leurs devoirs religieux comme il se doit. Les autres, en revanche, font en sorte d’écouler leur temps en jouant au rami, à la belote et à la « chkoba ». Et entre les uns et les autres, il y a ceux  qui s’adonnent à la médisance, aux cancans et à la dérision. Comment se comportent justement les jeunes jeûneurs? Bannissent-ils ces pratiques interdites par l’Islam ou se contentent-ils uniquement d’arrêter de boire et de manger ?


 


Tunis-Le Quotidien


Qui dit Ramadan, dit prière, tolérance, solidarité, piété et dévotion. A priori, le musulman est redevable de maintenir une ligne de conduite stricte et sans failles particulièrement  durant le mois saint. Il est d’autant plus redevable de faire preuve de rigueur, de bonne foi et de loyauté durant le mois de Ramadan. Or, le jeûne se limite chez certains au simple fait de s’abstenir de boire et de manger. A observer le comportement des gens dans la rue, il n’y a qu’une seule chose qui disparaît : le fait de manger, de boire et de fumer, bien que nombre de jeunes gens n’ont pas froid aux yeux de mâcher une collation et de fumer une cigarette en pleine rue et ce au vu et au su de tous. Les comportements de certains ne montrent aucun respect spécial des pratiques religieuses, de la sainteté du mois ou encore des autres jeûneurs. D’autres semblent oublier totalement les vertus, justement durant Ramadan. Ils trouvent dans le jeûne, un parfait alibi pour légitimer ce qu’on appelle « hchichet romdhan » et tout ce qui s’ensuit. Chez une autre catégorie majoritaire hélas, Ramadan n’est pas conçu en tant que mois de la vertu, de la rigueur, de la générosité, de la foi et la prière. Ramadan est pour eux le mois des veillées, des soirées, des délicieux mets, de la gourmandise et surtout d’une bonne partie de ragots aussi bien le soir qu’avant la rupture du jeûne. Les journées ramadanesques pour eux, doivent  passer très vite pour se retrouver à table et ils ne trouvent pas un meilleur passe-temps que de médire et avancer des propos malveillants sur autrui, visant à faire perdre l’estime dont bénéficient les autres. Sont-ils au courant que ces propos malveillants défont leur jeûne ? Savent-ils qu’une seule parole malveillante et de médisance est capable de détruire des vies, que Dieu ne tolère pas ce genre de comportement et que la médisance peut être considérée en tant que grave péché ? Les jeunes jeûneurs, arrivent-ils à avoir un comportement totalement au dessus de tout reproche ? Ou sont-ils, au contraire, des adeptes de la médisance, des ragots, des cancans et des potins ?


 


Hanène, 18 ans, pense qu’il est impossible de ne pas se retrouver dans la position du médisant. La jeune fille sait que ce n’est pas une bonne œuvre, mais elle semble incapable de retenir sa langue. « Je sais que ce n’est pas bien de parler des autres parce que je ne supporte pas qu’on parle de moi lorsque je suis absente et surtout si l’on dit des paroles méchantes et malveillantes me concernant. Je ne dois donc pas agir de cette manière et nuire aux autres. Or, je suis incapable de retenir ma langue. Je me retrouve à chaque fois en train de parler de celle-ci ou de celle-là. Mais, je dois dire que je n’invente pas d’histoires. Je ne fais que relater et commenter des faits concernant autrui. Il est vrai que je me sens malade lorsque j’entends les autres parler de moi et je ne dois donc pas médire les autres. Notre religion interdit ce genre de choses et incite chacun d’entre nous à s’occuper de ses propres affaires et le pousse à essayer de se corriger au lieu de fourrer son nez dans les affaires des autres, de s’occuper de leurs défauts et de jouer aux saintes nitouches. Cependant, seules les personnes vraiment bonnes peuvent se retenir. La majorité des gens médisent et ceux qui sont médis se vengent en étalant les défauts de ceux qui tiennent sur eux des paroles malveillantes et ce cercle vicieux ne finit jamais », dit-elle.


 


Amira, 19 ans. La jeune fille reconnaît qu’il est très difficile de se retenir et de ne pas médire des autres. « Il est évident que nul n’apprécie qu’on dise des propos malveillants sur lui. Personne n’aime être critiqué et aucun être humain normalement conçu n’aimera qu’on le poignarde dans le dos, qu’on divulgue ses secrets ou qu’on étale sa vie de manière aussi indiscrète. A priori, si nous savons cela, chacun de nous devrait retenir sa langue et s’empêcher de médire des autres, mais nous tombons tous dans le piège des ragots. La médisance me procure une certaine satisfaction et me fait plaisir. L’être humain a un penchant naturel pour tout ce qui est banni et interdit et je pense que c’est la raison pour laquelle on se laisse faire et on aime se payer une petite partie de ragots. En plus, cela nous permet de meubler notre temps et voir les heures passer avant la rupture du jeûne.  Pourtant, on devrait au moins se retenir de le faire durant le mois saint de ramadan. Cela dit, je n’accepterai jamais de faire l’objet des ragots des autres», reconnaît-elle.


 


Abdel Aziz, 19 ans, est contre le fait de médire ou de parler des autres. « Personne ne supporte qu’on dise du mal de lui derrière son dos et cela est tout fait naturel. Si je ne veux pas qu’on me fasse une chose, je ne dois pas la faire subir aux autres. Je ne pourrai pas tolérer qu’on parle de moi, même si on ne va pas dire des choses méchantes. Raison pour laquelle je fais en sorte de ne pas parler des autres en leur absence. D’ailleurs certains prétendent qu’ils médisent des autres parce qu’ils ont eu tort sur certaines choses ou parce qu’ils ont certains défauts. Or, n’est-il pas plus loyal d’aller les voir en privé et leur dire qu’ils ont eu tort ? Toutefois, ce n’est pas ce qu’ils veulent. Ils sont faux, hypocrites et envieux. Devant eux, ils font semblant de les apprécier et vont même jusqu’à les vanter et une fois ils ont le dos tourné la partie de ragots commence », dit-il.


 


Hamdi, 19  ans, croit que la médisance est une affaire purement féminine parce qu’elle est liée à la jalousie et la jalousie est une spécialité féminine.  « La majorité des médisants qui font des commérages sont des ignorants. Ils ne savent pas qu’ils sont en train de commettre des actes graves. Plus encore, certains croient qu’il est convenable de venir parler d’une tierce personne s’ils l’ont vue de leurs propres yeux commettre des erreurs ou encore si cette personne est réputée avoir tel ou tel défaut. Or, notre religion nous interdit de parler des autres même si on les a vu faire des choses inconvenables de nos propres yeux. Il est même interdit de faire des insinuations parce que certains non-dits nous poussent à faire des interprétations et des déductions graves. Ce sont les filles qui s’adonnent le plus à ce genre de ragots. Elles peuvent  haïr une fille et être  jalouses d’elle et feront tout ce qu’il faut pour ruiner totalement sa réputation », dit-il.


 


Nizar, 18 ans,  narcissique et égocentrique pense que nul ne mérite qu’on parle de lui ! Le jeune homme ne médirait donc pas d’une personne précisément. « Si je vais parler de quelqu’un, même si j’en dirais du mal, cela veut dire que je lui accorde un intérêt et qu’il compte dans ma vie, voire qu’il fait partie de mes plus grandes occupations et que je me sens tellement inférieur à lui que je ferai tout ce qui est en mon possible pour ruiner sa réputation. Or, personne ne vaut toute cette peine à mes yeux », dit-il.


 


Abir CHEMLI 




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com