Mûsiqât : Une belle nuit tzigane





Merci pour les organisateurs de Mûsiqât pour leur cadeau de bonheur offert mardi dernier au Palais Ennejma Ezzahra.


Avec Urs Karpaz, on a estompé un peu le fiasco de Harri et Stoijka et compagnie de l’Autriche.


 


Plus généreux que les Tziganes cela n’existe certainement pas. Du moins pour nous, on n’en a pas encore vus. Il s’agit d’un peuple à part avec ses propres codes, lois et autres rites particuliers. Un peuple qui se veut nomade et a horreur du renfermement. Un peuple qui aime la vie, telle qu’il la conçoit. Spontané à volonté, entier, totalement libre et détaché de toute contrainte. Et par-dessus tout, il est de cette culture bohème et de bons vivants, qui veulent faire toujours la fête là où ils posent leurs bagages.


Et quand ils sont bien dans leur peau de manouches, ils déversent leurs joies à volonté.


C’est ce peuple qui aime donner sans compter. Il est ainsi fait.


La preuve de ces caractéristiques de Tziganes nous a été donnée en échantillon avant-hier soir à Mûsiqât II, lors du passage des Romains.


Le concert de Urs Karpatz, une formation roumaine a démarré à dix heures dans la salle couverte et s’est terminé en fanfare deux heures et demie plus tard à la terrasse sous la bonne étoile.


Que de pur bonheur avec cette armada d’artistes tout de noir vêtus qui, dès leur apparition sur scène et leurs premiers sons, le public venu en grand nombre a été saisi et resté aux anges, de bout en bout d’une soirée dense en notes jubilatoires, pour ne pas regretter le déplacement. Comme ce fut le cas  avec le groupe autrichien, produit à Mûsiqât le 27 septembre dernier laissant derrière lui une mauvaise presse.


Les Dimitri (chant, percussion et cithare), Bébé (chant, guitare, accordéon et cuillère), Goashe (violon alto, violon à pavillon), Kangou (contrebasse), Katsofane (violon et chœur), Kinezo (cymbalums), Lolit  (chant et percussion) et Matcho (saxophone, clarinette et flûte) ont joué et interprété en Romanès. C’est leur label de revisiter le patrimoine ancestral, de le reprendre de fond en comble pour le remettre au goût du jour et lui donner des couleurs plus vives, plus intenses.


Une musique libre et libérée qui se moque des frontières et qui enchaîne sans complexe avec les musiques du monde.


A la base de leur travail, c’est de garder avant tout l’âme du creuset des aïeux. Un creuset qui s’étire de l’Europe centrale à l’Inde du Nord en passant par les Balkans. D’où le nom de cette formation Urs Karpatz. Traduction : ours des Carpates. Un nom qui revient aussi à cette bête de scène Dimitri, «un personnage atypique, un gadjo passionné des rythmes des Tziganes et ancien dresseur d’ours», lit-on sur le catalogue de Mûsiqât.


Les huit musiciens, tout de noir vêtus tirent leur culture artistique de la Hongrie, de l’Ukraine et de la Roumanie et autres pérégrinations de délire et de libre cours.


Tous polyphoniques et poly-instrumentistes et leur art n’a rien à voir avec le simple folklore et autres «tziganeries». Avec eux, c’est autre chose. C’est de la créativité. Du vrai art qui étonne. L’art qui accroche.


Avec leurs instruments, les uns nous sont familiers. Les autres pas, comme ce fut cymbalums, leur piano original. Pour le faire venir, il a fallu que l’organisation se démène en changeant même de compagnie et de vol et ça a coûté dans les deux mille dinars rien que pour son poids de plus de 50 kg et c’est un instrument de base pour la formation.


Des moments de plaisir avec une musique de rébellion, d’enthousiasme avec des envolées fortement colorées.


Amusants et amusés avec une pincée de théâtralité ou plutôt de spontanéité, un brin d’humour et le tout ajouté à leur savoir-faire.


Du début jusqu’à la fin, le public a applaudi, sifflé, bissé... Un public qui s’est trouvé à l’aise avec ces compositions d’amour.


Toutes vibrantes, toutes saisissantes. Eux savent jouer, chanter, mettre de l’ambiance peu importe la circonstance. Car pour eux, la musique est un calmant, un oxygène, une raison d’être. Ni occidentales, ni orientales, des musiques à la fois tendres et survoltées. Et de finir en cortège avec les mélomanes jusqu’à la cour et ils étaient encore prêts à y rester pour faire vibrer et enchanter le cadre magnifique d’Ennejma Ezzahra et ses fidèles.


 


Zohra ABID




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com