Ile de Chikly : Le fort du dialogue et de la fraternité





Tunisiens et Espagnols se sont posés avant-hier sur la petite île de Chikly, le temps d’une allocution, pour voir où en est la restauration du fort et parler de ce monument d’histoire qui commence à avoir de la superbe dans la Méditerranée.


 


Tunis - Le Quotidien


Aller voir de  près le fort de Chikly ne nous arrive pas tous les jours. Du moins pour le moment.


C’est pour cette raison qu’on a sauté avec bonheur sur l’occasion, qui plus est officielle, et avec la délégation qui accompagne M. Miguel Angel Moratinos ministre des Affaires étrangères d’Espagne en visite-éclair dans nos murs.


Le rendez-vous nous a été tout naturellement fixé par le ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine pour le 3 octobre à midi pile au Club Sportif d’Al Bouheïra.


Sur Tunis, il a fait chaud. Très chaud même. On a l’impression que l’été a pris une petite rallonge et son soleil de darder avec ses rayons, écrasant tout ce qui bouge et ce qui  ne bouge pas sur terre et sur mer.


Pour cette excursion, il fallait tout d’abord passer par ce club privé qui donne sur une mare d’eau à perte de  vue, bordée tout au loin, à l’horizon, d’une fresque de formes et de végétations diverses. En arrière fond, le Boukornine se profile avec toutes sa majesté. Mais bien avant, au milieu des vagues, il y a un fort posé sur une grosse pierre. Ses murs colossaux s’imposent sur l’eau bleutée. Et c’est là où on va atterrir...


Derrière nous, on a laissé, quelques responsables de l’INP, le directeur de l’Exploitation du Lac et autres du circuit de l’Environnement et de l’Amicale des Anciens Jeunes Sciences. Ils attendent le cortège du ministère de la Culture et celui de la délégation, hôte chez nous depuis la veille.


L’allée pavée nous conduit jusqu’aux rives. Où on a mis à gauche comme à droite des jumelles sur des socles.


Quelques gens, à tour de rôle prenaient le plaisir d’aller voir en plus clair et plus grand. «Quelle vue!», lance une de nos collègues. «Mais c’est un véritable tableau fascinant», renchérit une autre.


Au bord, il y a des petites barques mises à notre disposition. Nous étions parmi les premiers. La nôtre en a accueilli une dizaine. Au fil des vagues et de nos causeries, on s’est posé mille et une  question sur le fort de Chikly.


On ne savait pas grand-chose. C’est quasi le mystère. «Il est  occupé, je crois par des militaires», nous dit un de notre fratrie de journalistes, peu informés sur l’histoire de notre pays.


De plus en plus chaud, on était tous en eau. De temps en temps, on s’essuyait la sueur qui perlait sur notre peau qui commence à avoir des couleurs.


On a regretté de ne pas nous être munis d’une casquette pour nous protéger un peu de ce soleil. L’eau était paisible. Les vagues scintillantes et notre barque de se la couler douce. Un bon quart d’heure et on était déjà sur une autre terre. On se précipitait pour avoir des photos souvenirs.


 


Un autre bout de terre


La terre est craquelée. Des touffes d’herbe jaunes et fanées.Pas un brin de verdure. A notre droite se profile une trouvaille de mosaïque. A quelques mètres, une étendue d’eau verdâtre et des galets. Puis à notre gauche, une autre trouvaille de mosaïque. Toutes deux diffèrent. Ça date peut être du temps des Romains ou des Phéniciens.


Au pas du fort, nous n’avons pas vu des militaires mais quelques hommes qui s’affairent. Ils sont sur l’achèvement des travaux de restauration. Ils sont là depuis des années déjà à minutieusement retaper le lieu qui date, d’après les historiens, du 16ème siècle. Des galeries par-ci et d’autres par-là qui sentent encore la fraîcheur du ciment. Des escaliers par-ci et d’autres par-là. Puis une grande cour. Pas encore pavée. Où on a disposé seulement la caillasse. Les murs montent au ciel en pierres bien travaillées.


Nous montons. Tunis et environs vus d’en haut et de loin, c’est autre chose. Ça fait rêver.


Sur quelques affiches accrochées  à notre gauche, nous lisons: «La restauration a été confiée à une équipe mixte de l’INP et de l’université de Madrid. Les 2 et 3 octobre 1989 s’est tenue une commission pour l’expertise de l’état du fort de Chikly...». Puis nous retenons d’autres dates: 26 novembre 1990. Puis 28 mai 1991 et autres du 7 décembre 1990. Les unes pour la  signature des protocoles, d’autres plus tard sur le déblaiement et les fouilles. D’autres sur la création d’un centre de recherche aquacole qui fut par la suite abandonné et d’autres en 1995 pour le démarrage à l’intérieur.


Le soleil nous tape comme du plomb sur la tête. Le fort se remplit de gens et les barques continuent à faire la navette entre le club et l’îlot.


Treize heures bien passées. Le grand cortège arrive, enfin ! «Il paraît que le ministre espagnol des Affaires étrangères était à Carthage avec le Président, toute la matinée. Puis il était peut-être à la Kasbah avec son homologue, Abdelwahab Abdallah», murmure-t-on.


 


L’officiel l’officieux


On a planté au fond deux drapeaux pour l’occasion et sous un parasol géant, il y a notre ministre de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine Mohamed Aziz Ben Achour et l’hôte de Tunis, M. Miguel Angel Moratinos. A chacun son allocution. Mais tous deux ont parlé de l’amitié entre les deux pays, “du sauvetage de ce monument construit au 16ème siècle dans une Méditerranée agitée.


C’est une histoire détruite puis reconstruite. Maintenant la place est à la reconstruction. Et ce fort qui avait une connotation militaire et de défense, aujourd’hui, il ne peut qu’être d’ouverture, de tolérance, de dialogue”.


Le ministre espagnol a rappelé au parterre de gens présents que Cervantes a fait référence dans son Don Quichotte à cette forteresse et Chikly est présent dans la mentalité et dans la littérature espagnole.


Des deux côtés, on s’est félicité pour la coopération, et on a remercié tous ceux qui ont travaillé pour que ce fort continue à exister et ne s’effrite pas de notre mémoire. Sans oublier que tout autour du fort et à chaque automne, il y a quelques espèces d’oiseaux qui viennent se poser sur l’îlot. Et qu’on est appelé à les protéger.


La restauration, on le sait, est totalement faite par les Espagnols qui ont dû mettre dans le un million et quelques euros. Quant à l’inauguration, ça s’approche. Mais a-t-on pensé à que faire de cet îlot. On a plein d’idées et de propositions qui ne peuvent être que bénéfiques au tourisme et à la culture.


Il est presque 15 heures. Les mêmes barques sur les bords, le même scénario. Sauf qu’on était plus bousculé que tout à l’heure. L’une après l’autre sans trop agresser ces vagues tranquilles. Cette fois-ci, même pas dix minutes et on était sur la berge du lac de Tunis.


Les Espagnols se dépêchent. Il paraît qu’ils sont en retard et il est temps de rentrer au pays de Cervantes.


Notre ministre est rentré à son ministère pour finir les autres formalités du jour. L’ambassadeur espagnol à Tunis a dû, lui aussi, faire la même chose. Quant à nous, à chacun sa route. La rupture du jeûne est à peine dans quatre heures.


 


Zohra Abid




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com