Pakistan : Benazir Bhutto… le saut dans l’inconnu





Son retour annoncé demain au Pakistan, après huit ans d'exil, sera un saut dans l'inconnu pour l'ex-Premier ministre Benazir Bhutto: son image est écornée et sa position fragilisée depuis qu'elle tente de pactiser avec le général putschiste devenu président, Pervez Musharraf.


 


Le Quotidien-Agences


A 54 ans, elle n'est plus cette première femme au monde à être devenue Premier ministre d'une République islamique, courageuse et "glamour", que célébrait la presse féminine des années 1990.


Les accusations de corruption qui lui ont valu d'être évincée du pouvoir par deux fois, les marchandages actuels avec un président Musharraf de plus en plus décrié pour un partage du pouvoir à l'occasion des législatives prévues pour mi-janvier et le soutien à peine voilé du gouvernement américain sont autant d'éléments qui assombrissent un retour que ses partisans voudraient "historique".


Les énormes détournements de fonds publics dont Bhutto et son mari sont accusés, lorsqu'elle a dirigé le pays, de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996, même s'ils n'ont jamais été formellement prouvés, ainsi que les tractations avec le général Musharraf, plombent la popularité de Bhutto.


Pour une large part, les 160 millions de Pakistanais ne voient pas d'un bon œil le soutien des Etats-Unis à un ticket Musharraf-Bhutto, dans un pays qui est son "allié-clé" dans sa "guerre contre le terrorisme". Le Pakistan est en proie depuis plus de trois mois à une vague sans précédent d'attentats


islamistes et Oussama Ben Laden a déclaré le "jihad" à Musharraf et son régime.


Et puis, au sein de son influent Parti du Peuple Pakistanais (PPP), de plus en plus de voix s'élèvent contre le "pacte" de Bhutto avec Musharraf qui a besoin du soutien du PPP aux législatives.


Elle était une antimilitariste affirmée dans un pays dirigé pendant de longues années par des généraux putschistes. Son père, Zulfiqar Ali Bhutto, Premier ministre civil et héros populaire, a été pendu en 1979 par le régime du général Zia ul-Haq.


"Son accord avec Musharraf est de nature à scinder son parti et compromet son avenir politique", dit le politologue Hasan Askari.


Enfin, autre menace et non des moindres: les radicaux islamistes, pakistanais mais aussi talibans afghans et combattants d'Al-Qaïda, présents dans le nord-ouest, ont juré de tuer celle qui prône l'éradication de l'islam intégriste et a promis récemment de laisser les Américains bombarder ces zones tribales.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com