Conflit israélo-palestinien : Le message de «paix» de Bush





En messagère de Bush au Proche-Orient, Condoleezza Rice a fait part de la ferme volonté présidentielle de mettre le paquet pour la réussite de la Conférence internationale prévue pour novembre. Trop beau pour que ce soit vrai, diront d’aucuns !


 


Quand on fait le décompte des visites effectuées depuis des décennies au Proche-Orient par les différents chefs de la diplomatie américaine et quand on en constate des résultats, on se dit qu’elles n’ont été que perte de temps, d’argent et d’énergie. On ne peut qu’en déplorer l’inutilité. Tout au moins pour les Palestiniens. Car pour Israël elles constituent le moyen le plus efficace de gagner du temps et de reculer l’échéance d’une solution du conflit israélo-palestinien. C’est à se demander si ce n’était pas là une farce jouée par le duo américano-israélien à la barbe des Arabes. Exception faite, peut-être, de l’intermède des dernières années de l’ère Clinton où des avancées consistantes avaient été accomplies, malheureusement non couronnées de succès.


Condoleezza Rice en visite dernièrement dans la région ne serait-elle pas en train de procéder à la même manœuvre dilatoire ? Les arabo-sceptiques diront qu’en réalité elle était venue tout simplement distribuer les cartes d’invitation à la Conférence internationale pour la paix au P.O. Elle se serait en quelque sorte chargée du côté protocolaire de la réunion.


Les arabo-optimistes, eux, diront au contraire que ses déclarations étaient loin d’être lénifiantes. Ils y ont perçu un ton offensif, traduisant la ferme volonté de Bush de réaliser un coup d’éclat et de poser les jalons d’un processus ciblé sur une paix durable.


Ecoutons-la: «C’est une visite très importante et elle sera suivie par d’autres avant la tenue de la réunion internationale… Il faut assurer la réussite de cette réunion car la crédibilité des Etats-Unis et de la communauté internationale est en jeu». Mieux encore Rice a fait allusion à la mise en confiance des Palestiniens, appelant Tel-Aviv «à ne pas éroder» un tel acquis.


On le voit: le ton, bien qu’il soit teinté de prudence, est à même de combler les attentes des tenants de la paix.


 


Troublant virage


La question que l’on se pose tout de même est la suivante: par quel sortilège l’homme qui a combattu tous les efforts de paix depuis près de sept ans, qui a offert aux Israéliens les garanties les plus fortes pour se comporter à leur guise, par quel sortilège cet homme-là a-t-il maintenant l’intention d’effectuer un virage vers la paix ?


Les hypothèses ne manquent pas. S’agit-il pour lui de régler ce problème afin de s’assurer l’appui des pays arabes avant de s'attaquer à l’Iran ? A-t-il subitement pris conscience de la centralité du problème palestinien dans ce conflit majeur de la planète, comme l’y avait invité le rapport Hamilton-Baker ? Voudrait-il se démarquer de l’emprise pesante du redoutable lobby sioniste maintenant que son avenir politique est derrière lui? Rêverait-il enfin de passer aux yeux de la postérité pour l’incontournable artisan du règlement du conflit ? Ce qui lui vaudra, peut-être, d’obtenir le Nobel de la paix.


Car il n’est pas étonnant qu’il y pense depuis que son ex-rival à la présidence des Etats-Unis en a été honoré. L’illustre distinction accordée à Al-Gore va lui rester au travers de la gorge. Déjà que les réserves faites par ce dernier concernant la régularité du scrutin présidentiel de l’an 2000 avaient quelque peu pollué sa joie lors de sa victoire électorale et peut-être même troublé sa conscience !


Toutes ces hypothèses sont certes séduisantes. Ce genre de retournement, on en a vu tout au long de l’Histoire. De Gaulle acceptant l’indépendance de l’Algérie après avoir été un fervent défenseur de son assujettissement au giron de la France, en constitue un exemple frappant. Gorbatchev contribuant au démantèlement de l’Empire soviétique a effectué un virage spectaculaire dans une vision qui se voulait au départ hégémonique mais avec une certaine ouverture démocratique.


L’un et l’autre de ces deux acteurs déterminants de l’Histoire moderne ont certainement obéi aux appels impérieux de la réalité: l’Algérie ne pouvant plus demeurer sous le joug du colonialisme français et l’Union soviétique ne pouvant plus supporter le poids de son fiasco économique.


Mais Bush est-il dans le même cas ? N’oublions pas que le président américain surfait depuis son arrivée à la Maison Blanche sur un «délire» messianique fortement alimenté par un environnement ultra-conservateur, par un attachement sans faille à l’Etat d’Israël, point de chute du Christ à la fin des temps, et par une foi incommensurable dans la puissance de son pays et dans la pertinence de ses valeurs.


Se réveiller d’un tel délire, cela semble au-dessus de la capacité humaine. Le doute est permis quant à la réussite de cette Conférence internationale. Une conférence que maints observateurs pensent qu’elle sera biaisée.


 


Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com