Accueillie par 250.000 sympathisants et après 8 ans d’exil : Bhutto rentre en larmes au Pakistan





Le Quotidien-Agences


L'ancien Premier ministre Benazir Bhutto est rentrée hier en larmes au Pakistan, après huit ans d'exil, accueillie par 250.000 sympathisants dans une ville de Karachi transformée en forteresse après des rumeurs de menaces d'attentat islamiste.


Bhutto a fait ses premiers pas sur le sol de son pays après l'atterrissage à Karachi (sud) de son avion venu de Dubaï, où elle résidait.


Emue, elle est descendue lentement de l'appareil. Elle a attendu un moment avant de faire le dernier pas au bas de la passerelle, puis a finalement posé un pied sur le tarmac. Vêtue d'une tunique verte, d'un pantalon et d'un voile blancs, aux couleurs du drapeau pakistanais, Mme Bhutto s'est alors mise à pleurer.


"Je suis plus âgée, j'ai appris beaucoup au cours des vingt dernières années, mais nous nous battons toujours contre une dictature. Nous voulons isoler les extrémistes et construire un meilleur Pakistan", a-t-elle déclaré.


Elle retrouve le Pakistan qu'elle avait quitté en 1999 pour échapper à des poursuites pour corruption. Celle qui fut deux fois Premier ministre (1988-1990 et 1993-1996), a promis de ramener la démocratie dans son pays dirigé par le général Pervez Musharraf depuis un coup d'Etat sans violence en octobre 1999.


Elle compte mener son parti aux législatives prévues mi-janvier 2008.


Déjà, 250.000 sympathisants étaient massés hier à Karachi, mégalopole de 12 millions d'habitants, selon la police.


Mais "plus d'un million de ses partisans sont réunis", a assuré Taj Haider, du Parti du peuple pakistanais (PPP), la formation de Bhutto, laquelle est surnommée affectueusement "BB" (prononcer "bibi").


Ses admirateurs sont venus "des quatre coins du Pakistan, à pied, en bus, par train, en voiture, à vélo", a dit le PPP. "Nous avons commencé à marcher il y a 12 jours, mais ce n'est rien comparé aux sacrifices de Benazir pour nous", raconte un agriculteur, Dana Ram, venu de Mirpurkhas (centre) avec neuf amis.


Ses fans vouent un véritable culte à la première femme à avoir accédé à un poste de Premier ministre dans le monde musulman.


Mais Bhutto et les autorités ont dit redouter un attentat à la suite de menaces, rapportées dans la presse, d'un commandant des combattants islamistes proches des talibans et d'Al-Qaïda qui sévissent dans le nord-ouest.


"Benazir Bhutto a été deux fois Premier ministre et il lui sera accordé une sécurité correspondant aux menaces", a promis le ministre adjoint à l'Information Tariq Azim.


Karachi était quadrillée par plus de 20.000 policiers. Bhutto, qui doit effectuer une procession - prévue pour durer 18 heures - jusqu'au mausolée du fondateur du Pakistan, Muhammad Ali Jinnah, sera protégée par des boucliers blindés.


Mais ce retour est un saut dans l'inconnu pour Bhutto, sur fond de négociations avec le président Musharraf visant à partager le pouvoir à l'issue des prochaines législatives, mi-janvier.


Réputée être l'"enfant chéri" des Américains, à 54 ans, elle voit sa popularité écornée par ses tractations avec Musharraf et les énormes détournements de fonds publics dont elle et son entourage sont soupçonnés.


Confronté à une crise politique et à des incertitudes judiciaires, le régime Musharraf l'avait encouragée, en vain, à reporter son retour.


Car, d'une part, un décret d'amnistie présidentiel abandonnant les poursuites pour corruption --condition que Bhutto posait à un partage du pouvoir-- est contesté devant la Cour suprême, qui pourrait l'invalider, rendant possible son arrestation.


D'autre part, tout accord de partage du pouvoir dépend de l'avenir politique incertain de Musharraf. Le chef de l'Etat a largement remporté la présidentielle le 6 octobre, mais la proclamation de sa victoire est suspendue à un jugement de la Cour suprême dans les prochains jours sur son éligibilité et la validité du scrutin.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com