Casse sur le Soudan : Un hold-up en cache en un autre !





Ce qui se passe au Darfour est une tentative de hold-up en vue de priver le Soudan de sa province de l’Est. Mais cette tentative en cache une autre visant à faire sauter l’accord de paix signé en 2005 avec les rebelles du Sud. Eclairages.


Au train où vont les choses au Soudan, nombre d’observateurs prédisent une future partition du pays. Comme en Irak, un éventuel partage de ce géant africain (géant par la superficie, par ses potentialités agricoles, ses richesses pétrolières et par sa position stratégique) ferait l’affaire des Etats-Unis et d’Israël. Réussir le dépeçage du pays serait, jumelé avec la division de l’Irak, un excellent prélude au morcellement des pays arabes en de petites entités territoriales inoffensives.


Ce serait tout bénéfice pour les puissances qui font la pluie et le beau temps en ce monde. Elles y trouveront un terrain où faire leur beurre en toute quiétude. Car l’un des avantages, et non des moindres, de cette situation est que les populations de ces petites entités auront accumulé une telle charge de haine entre elles qu’elles seraient toujours tentées d’en découdre jusqu’à épuisement mutuel total. Ce qui aurait pour conséquence d’assurer aux pays pyromanes toute latitude pour faire perdurer leur mainmise jusqu’à la consommation des siècles.


Au Soudan, le président Al Bachir vient de donner satisfaction à une des demandes formulées par les ex-rebelles sudistes qui avaient retiré auparavant leurs ministres du gouvernement. Il a ainsi agréé une liste de ministrables qui lui avait été soumise par le Sud, nommant six ministres à différents postes.


Mais les revendications ne se sont pas arrêtées là. Elles ont touché quelques points de l’Accord global de paix signé il y a deux ans. Cet accord avait été pourtant accueilli favorablement à l’époque. Car il mettait fin à une guerre meurtrière de 21 ans et qui a coûté la vie à 1,5 million de personnes.


Accueilli favorablement, avons-nous dit ! Mais en réalité il a laissé un goût d’amertume chez les Nordistes et une sensation d’inachevé chez les autres. Car ceux-ci avaient initialement comme objectif de couper les ponts avec le gouvernement central. Chrétiens et animistes pour la plupart, les ex-rebelles voulaient se libérer totalement de la tutelle de Khartoum.


Bref, l’accord de paix de 2005 n’était en réalité qu’un pis-aller. Notamment pour les Sudistes qui ne le considéraient que comme une sorte de trêve en attendant qu’une occasion propice se présente pour tout remettre en question. D’autant que le leader historique de la rébellion, le charismatique John Garang, mort dans un accident d’hélicoptère, était la seule personnalité capable de faire respecter les différents points de l’accord.


Comme, par hasard, les événements du Darfour se sont déclenchés quelques temps après la signature de l’accord à partir d’incidents, somme toute mineurs, entre nomades et pasteurs autour de points d’eau. Etrange coïncidence !


 


L’occasion inespérée


Le drame du Darfour est certes né de la maladresse avec laquelle les autorités de Khartoum avaient géré ces incidents quand il était possible de les étouffer dans l’œuf. Mais quand l’affaire a pris une connotation ethnique (entre Soudanais arabes et Soudanais noirs) les éléments les plus irréductibles des ex-rebelles sudistes y ont vu l’occasion tant attendue. D’autant que le terrain avait été magnifiquement balisé par certaines ONG manipulées ou noyautées par des lobbies arabophobes et islamophobes. Le conflit du Darfour allant crescendo, avec un épouvantable passif macabre, Salva Kir, le leader sudiste, s’est décidé d’agir en vue de brouiller les cartes et préparer le terrain à une réactivation de la rébellion. C’est un acte de sabotage délibéré auquel les éléments modérés du mouvement, il faut le reconnaître, n’ont pas souscrit, car il y voyaient un atteinte au long et patient travail mené en vue de préserver l’unité du pays.


Salva Kir jure ses grands dieux qu’il n’a fait que mettre le doigt sur des violations de certains points de l’accord commises par l’Autorité centrale. Mais comme il est en position de force, il lui était loisible de dicter ses conditions. Le gouvernement central est en effet soumis à d’intenables pressions venant de l’extérieur et aussi de l’intérieur. Le Soudan est sur le fil du rasoir. Tout peut basculer à tout moment. Et si un sursaut majeur ne se produit pas, à partir d’une démarche sincère et courageuse de part et d’autre, le Soudan peut connaître le destin qui menace actuellement l’Irak. C’est-à-dire une partition en trois Etats.

Abdelmajid CHORFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com