Par Abdelmajid CHORFI





Le leurre iranien


L’on se souvient que, à la veille de l’invasion de l’Irak, l’armée américaine (officiers et bidasses confondus) s’était imaginé, à peine débarquée, pouvoir entreprendre la tournée des grands ducs dans une Mésopotamie accueillante à souhait. On comptait faire trempette dans les fleuves mythiques du Tigre et de l’Euphrate.. On envisageait de fouler le sol de l’antique Babylone dont on ne savait qu’une chose, rapportée par la Bible : celle d’avoir été un des hauts lieux du «péché».


L’on connaît la suite. Les Américains ont eu droit, en lieu et place des festivités escomptées, à un cauchemar, qu’ils n’auraient pas imaginé dans leurs rêves les plus hallucinatoires. Un naufrage. Un naufrage que les gens sensés ont attribué à leur méconnaissance totale de la réalité du pays.


Le scénario va-t-il être réédité avec l’Iran ? On peut se poser la question. Il apparaît en effet que leur méconnaissance de ce qui se passe en Iran est aussi flagrante qu’au temps de l’équipée en terre d’Irak. Certes ils connaissent les centres vitaux du royaume des mollahs (complexes industriels, installations militaires, la centrale nucléaire de Bouchehr etc.). Mais ils ne savent que dalle des forces politiques qui y font la pluie et le beau temps.


Les Iraniens sont passés maîtres dans l’art du leurre. Ce n’est pas sans raison qu’ils ont inventé le jeu d’échecs. Ils sont de loin mieux armés à ce sujet qu’un Saddam Husseïn qui s’était essayé lui aussi à ce jeu.


A la Maison-Blanche comme au Département d’Etat, on rivalise de conjectures pour se faire une idée sur les véritables détenteurs du pouvoir en Iran. Il y a bien sûr l’ayatollah Ali Khamenei. Mais son pouvoir étant essentiellement spirituel, le Guide suprême ne condescend à se mêler de politique qu’au niveau des orientations générales. Il y a également la redoutable institution des Gardiens de la révolution. Il ne faut pas non plus passer sous silence le Conseil national de la sécurité composé de 18 membres et présidé par Ahmedinejad qui ne dispose que de sa voix. Ce dernier possède, lui aussi, en tant que président de la République une part importante du pouvoir, mais on ne le sait pas avec exactitude. Enfin il faut citer le Parlement qui, tout monolithique qu’il soit, pèse sur le devenir du pays.


Qui détient les clés du pouvoir ? Les Américains en sont réduits à donner leur langue au chat : y a-t-il des situations conflictuelles entre ces principaux centres de décisions ? Ou bien est-ce là une démarche délibérée de Téhéran pour fourvoyer ses ennemis ?


Nageant dans le flou le plus complet, les Américains s’adonnent à des ruades désespérées. A preuve les déclarations incendiaires d’un Bush ou d’un Cheney qui font sourire les Iraniens.


 


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Aznavour ou l’éternelle jeunesse


Nous avons commencé la rubrique d’aujourd’hui par l’évocation d’un côté peu reluisant de l’homme, sa propension à la violence et notamment celle liée à la guerre. Nous la terminerons au contraire par une embardée dans un des espaces lumineux de sa nature, à savoir la place qu’y occupe l’art. Et dans cette optique comment ne pas évoquer Charles Aznavour qui se rappelle régulièrement à nous, soit par de nouvelles chansons, soit par des déclarations qui traduisent la hauteur de sa vision de l’homme et du monde !


La chanson de Charles Aznavour va droit au cœur. Personne n’en disconvient. Elle s’installe dans notre affect grâce à des mots simples. C’est la condition sine qua non de la chanson réussie, nous diriez-vous, mais ce n’est pas donné à n’importe qui de cibler la simplicité ! Cette chanson s’installe en nous grâce, également, à un ton juste où l’exaltation se pare de noblesse et de retenue. Sur cette matière et cette manière Aznavour enfile des notes musicales fraîches, innocentes et toujours juvéniles. Mais non dénuées d’un certain désenchantement, un désenchantement souriant. Car l’art d’Aznavour, c’est d’offrir à l’auditeur un bonheur au ras de l’humain, le temps, pour ce dernier, d’atténuer pendant un court instant, l’effet de ces scories qui polluent le quotidien. Bref d’atténuer ce désenchantement en jouant précisément sur lui.


C’est pour cela que ses chansons n’ont jamais cessé de connaître un accueil formidable. Cet accueil répond à la disposition de l’artiste à toutes les rencontres de cœur. C’est par ces rencontres qu’il «faut ouvrir les mentalités», a-t-il dit récemment. Il se déclare d’ailleurs «fier de trouver cinq religions dans sa famille, le grégorien, le catholique, le protestant, le juif et... le musulman».


L’on s’étonne de sa longévité. On s’étonne d’un art qui a résisté à l’épreuve du temps. La réponse ne réside-t-elle pas justement dans cette incessante ouverture aux hommes et au monde.



Abdelmajid CHORFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com