«CinémAfricArt» : Danse avec le loup !





C’est avec le film «Tendresse du loup» de Jilani Saâdi que «CinémAfricArt» a ouvert samedi 4 novembre ses portes aux cinéphiles. En somme, ce long métrage de 84 minutes se défend sur plusieurs plans.


 


Ceux qui ont traversé en fin d’après-midi la grande avenue Habib Bourguiba se sont certainement posé la question suivante: que se passe-t-il devant l’Africa?


A connaître la réponse, ils se sont sans aucun doute félicités la réouverture de la salle de cinéma qui, dans les années 1970, répondait aux attentes des amoureux du grand écran. A l’époque cinémAfrica fonctionnait sous la houlette de bonnes gens de la SATPEC (société d’Etat). Qui avait toujours assuré un programme de première vision, parfois même en parallèle des films projetés à Paris ou à Londres. Et ce n’est pas tout. La salle faisait le bonheur des cinéphiles en abritant «chaque mois, une semaine consacrée au cinéma français, allemand, hongrois, chinois, égyptien ou autres», d’après le dossier de presse.


Fermée en même temps que la disparition de la SATPEC afin de restaurer les murs et les sols, la salle a laissé un vide culturel intense dans la capitale. Une chose qui n’a laissé personne insensible, surtout après la fermeture d’autres salles, l’une après l’autre, à Tunis et ailleurs. Quelques hommes de bonnes intentions ne se sont pas laissé faire, déclarant l’urgence de la réouverture de cette salle.


Le moment venu, un petit cercle d’amis, des cinéphiles avertis, s’est réuni autour d’un projet de bonne cause et ça a marché. «Nous sommes réunis aujourd’hui dans une salle qui a accueilli de bons et grands moments. Et c’est un pari de fous. Mais notre travail va être sous un autre volet et c’est un honneur pour nous d’avoir été chargés de donner un nouveau sang à cette salle incrustée au cœur de notre capitale. Et pour l’ouverture on a été mis d’accord sur le film de Jalel Saâdi pour qui j’ai personnellement de l’estime. Saâdi a trouvé la bonne formule pour réaliser «Tendresse du Loup». Un film simple, profond et ciblé», a lancé à un parterre de présents, Tahar Chikhaoui, un homme de culture et de cinéma en guise d’ouverture de CinémAfricArt et de la projection du premier film dans cette salle. Tahar Chikhaoui était entouré de l’auteur de «Tendresse du Loup» et de presque toute l’équipe qui a collaboré à cette œuvre de 2006, couronnée depuis par un diadème de prix. Nous pensons ici aux prix du Cinéma en Mouvement (de San Sebastien 2007, Meilleur films africain (Milan 2007), d’Interprétation féminine (Tarifa 2007) du Jury (Carthage 2006), Sélection officielle (Rotterdam 2007), Spécial du Jury (Festival d’Alexandrie 2007), du Meilleur film arabe (San Francisco 2007) et bien d’autres.


A notre avis, le film est très bien construit. Tout tourne en une seule nuit. Une nuit glaciale dans les rues de la capitale. Stoufa, un rebelle en conflit éternel avec son entourage et en veut à mort à son père qui l’humilie sans cesse. Son seul refuge est de se joindre à une bande de copains malfaiteurs qui n’est pas de son étoffe. Une vraie horde de gens qui ne savent rien faire de la vie sauf déambuler dans les rues, avec leur seul bagage de mauvaise morale. Ils interceptent Saloua, une prostituée déguisée de premier degré. Tour à tour on la viole. Stoufa a tenté de la défendre et c’est lui qui reçoit les coups et les vengeances notamment de cette fille de nuit. Blessé jusqu’à la moelle, Stoufa part à la recherche du côté humain de cette fille de rue. Une nuit, une seule nuit où l’amour et la haine, la morale et la non morale, le plaisir et le rejet, et les mondes contrastés se croisent, se heurtent et font de ce film un film qui se respecte sur tous les plans. Car réunir tous les contrastes en une seule nuit, ce n’est pas évident. Ce n’est pas non plus ni évident, ni facile de raconter le nœud de ce Tendresse de loup en seulement 84 minutes. A notre regard, Jilani Saâdi a réussi à le faire dans la simplicité. Un film profond et ce n’est pas facile de le comprendre et de le décortiquer ou de le prendre, côté audace, à la légère. Tendresse du loup est tiré de notre vie de tous les jours et de toutes les nuits. C’est un regard qui sort des décombres d’une société sans repères. Désorientée jusqu’à perdre tout ce qui est humain. Les acteurs Anissa Daoud, Mohamed Graya, Atef Ben Hessin, Habib Ben M’Barek et Abdelmonëm Chouiette ont magnifiquement joué leur rôle un peu difficile dans notre société arabo-musulmane. Un film à lire et à voir au second degré, car il est ciblé, comme l’a annoncé Chikhaoui au début de la soirée inaugurale.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com