Théâtre : Molière en visite inopinée… !





Béchir Drissi vient de signer son retour au sein de la Troupe théâtrale de la ville de Tunis avec une nouvelle création intitulée «Tlames whrouz whes enakouz», présentée en avant-première le week-end dernier sur la scène du Théâtre Municipal de Tunis.


 


Dirigée par l’artiste Mouna Noureddine, la Troupe théâtrale de la ville de Tunis a renoué depuis l’année dernière sa collaboration avec l’artiste Béchir Drissi qui connaît bien et par cœur cette institution artistique puisqu’il a été son directeur entre 1980 et 1983. Figure emblématique du 4ème art, Drissi s’est distingué toujours par une vision particulière sur le plan dramaturgique aussi bien scénique. La nouvelle création théâtrale «Tlames whrouz whes enakouz» a annoncé cet heureux retour.


Puisant dans le répertoire de Molière et dans les différents personnages qui ont fait le succès de ses œuvres, Béchir Drissi a sondé la société tunisienne pour nous présenter une galerie contemporaine où les héros de Molière continuent à vivre et à exister même si le cadre spatio-temporel a changé. Béchir Drissi a cherché, a observé… et a tiré les conclusions avant de réécrire et de représenter la version tunisienne contemporaine.


C’est du côté des cafés et des restaurants du centre ville que Béchir Drissi a trouvé Harpagon, cet avaricieux qui use de tous les moyens possibles et imaginaires pour tirer profit des gens et pour empocher de l’argent, des cigarettes… L’essentiel qu’il sorte toujours gagnant et qu’il ne perd aucun sou. Cet héros emblématique qui a marqué «L’avare» de Molière se cache sous les apparences trompeuses d’un artiste qui peut te proposer un rôle dans un feuilleton ou une création théâtrale ou te confier un poste administratif dans un grand projet culturel… Bref, c’est une personne qui change de couleurs comme un caméléon selon les intérêts et selon le profit de l’interlocuteur. Et Béchir Drissi, le cœur ouvert sur la société et les yeux attentifs à ses mutations comportementales qui ne cessent de se produire, a pu nous épingler cet Harpagon d’une avarice légendaire. Mais, il n’est pas le seul personnage qui a pu échapper des écrits de Molière pour revivre une deuxième fois dans notre société.


Argan, ce «malade imaginaire», recroquevillé dans ses atours souffreteux continue à prendre part aux débats culturels et politiques lancés ici et là, essayant de défendre et d’imposer son point de vue pour confirmer qu’il est de l’extrême gauche et que rien ne peut le convaincre de changer ses avis. Pour lui, il faut toujours refuser et s’opposer même si il est en faute. Porté par cette illusion du mal, il ne voit de la vie que son côté obscur et pour Béchir Drissi, il ne faut jamais rater cette occasion pour nous présenter le nouvel échantillon de ce malade imaginaire et d’autres exemples comme celui du Maréchal qui tire ses racines du «Bourgeois gentilhomme» et que le dramaturge et metteur en scène l’a manipulé pour mettre l’accent sur le changement fondamental qui ne cesse de se produire au cœur de la société tunisienne…Un changement qui s’est coïncidé avec le bouleversement des normes et des mœurs et qui a été derrière l’apparition de nouvelles règles et de nouveaux comportements où l’argent et le pouvoir sont les deux mots clés.


Dans l’univers de Molière mais aussi dans notre entourage, Béchir Drissi a fait le tour pour relire les mutations socio-culturelles et pour esquisser l’image actuelle de la société tunisienne. Avec une ironie cinglante, Béchir Drissi a exposé les nouveaux protagonistes et a mis à nu certains personnages qui ont choisi de se glisser dans la peau des intellectuels uniquement pour servir divers intérêts.


Pour bien servir cette exposition de portraits, le metteur en scène a invité une pléiade d’artistes dont certains ont joué auparavant dans des adaptations des œuvres de Molière comme Mouna Noureddine, Amor Zouiten, Mohsen Zaâzaâ, Kaouthar Bardi, Rim Zribi, Fethi Mselmani, Ikram Azzouz et Mongi Ben Hafsia. Deux autres comédiens de talent à savoir Sadok Helouas et Jamila Camra ont rejoint l’équipe de la Troupe théâtrale de la ville de Tunis dans cette création, présentée en avant première à l’occasion du 20ème anniversaire du changement. D’autres rendez-vous sont sur l’agenda de Mme la directrice, Mouna Noureddine pour les jours qui viennent.


 

Imen ABDERRAHMANI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com