Festivals à Tunis : Pas tout à la fois






En seulement quelques heures, la capitale s’est éclatée d’un seul coup après un silence qui s’est étiré sur quasi trois semaines. Quatre festivals simultanés ont été inaugurés avant-hier dans un petit carré grand comme un  mouchoir. Une chose qui donne à réfléchir.


 


Des festivités ramadanesques, on est sorti presque gavé. Le Mois Saint était grandement rythmé. Il y a eu le festival de la Médina, l’autre festival spirituel et leur cadet Musiqât sans compter les soirées organisées dans les quartiers et autres cafés chantants.


Puis tout d’un coup, au sortir de l’Aïd, Tunis est redevenue muette, plongée dans un sommeil assez profond.


De temps en temps, il y a une expo par-ci et une autre par-là et rien d’émouvant ou d’étonnant ne se passait dans nos murs.


Tout d’un coup, tout le monde s’est réveillé au même moment. Le 8 novembre dernier, Tunis n’est plus en veille et n’a plus une petite mine. L’Union européenne fait son cinéma, au centre-ville, le Young Arab Theatre Fund (YATF) fait de son côté deux en un, son 5ème Meeting Points et son Dream City qui se passent entre le Théâtre municipal, Ness El Fen, El Teatro et les rues de la Médina. Et ce n’est pas tout.


Car à un jet de pierre, il se passe quelque chose sur la petite colline de Sidi BouSaïd. Ennejma Ezzahra fête les 6èmes couleurs jazz. Les uns se félicitent de ce boom culturel en ville. Les autres n’arrêtent pas de rouspéter et parlent même de manque de coordination pour que ou tout tombe en même temps, ou alors c’est le black-out total et la traversée du désert. Certes on n’a pas à reprocher à la mariée d’être trop belle, mais qu’on sache gérer le temps et l’espace afin de permettre à tout le monde d’assister à ces manifestations qu’on aurait souhaité voir étalées, l’une après l’autre.


N’empêche que les gens ont répondu présent, fait leur choix et c’était dur de choisir.


En fin d’après-midi, Dream City a ouvert le bal. Un cortège d’artistes (danseurs, acteurs, peintures et autres) ont investi les rues de la vieille ville. Sous la houlette des Ouissi (Selma et Sofiane), le projet Musq, une production du YATF a pris forme, et jeudi, c’était la fête dans au moins quatorze lieux de la Médina.


 


Tunis - Sidi Bou - Tunis


“C’est extraordinaire, mais quelle trouvaille ! Certes, il faut le faire car ce n’est pas évident de consacrer tout un après-midi à une promenade artistique. Mais tellement épanouissant qu’on oublie la fatigue et les orteils enflés. Nous avons eu droit à tout. De la danse, du théâtre, de l’humour et autres couleurs et expressions artistiques et les pluies abondantes n’ont finalement pas amoché notre traversée. C’était vraiment cool”, nous raconte Noura avec un grand sourire de satisfaction. Elle était essoufflée  et n’en pouvait plus à cause de “son embonpoint”.


19 heures et quelques, alors qu’une réception se déroulait à l’Africa (en présence de bon nombre d’ambassadeurs étrangers accrédités à Tunis et une interminable liste d’invités de tout bord pour annoncer les 14èmes Journées du cinéma européen qui se dérouleront dans cinq grandes villes du 8 au 22 novembre), il se passe autre chose à un vol d’oiseau.


Nous sommes à Ness El Fen. Il y a foule. C’est noir de gens. Tarak Abou Al Foutouh à la tête de la Yatf s’affaire avec une poignée de ses collaborateurs à Tunis. Il veille de très près sur l’inauguration du 5ème Meeting Points. “Je ne peux que remercier Abou Al Foutouh qui m’a invité en personne. Et c’est un honneur pour moi. Un honneur pour moi aussi quand j’assiste à ce genre de manifestation où il y a une diversité d’expressions. J’ai préféré être ici car ça concerne les jeunes créateurs arabes à cent pour cent. Ce sont des jeunes qui affectionnent le théâtre et c’est important pour nous de les voir jouer afin de savoir où on est et de nous situer dans le paysage régional.  On a vraiment besoin de ces rencontres-là”, nous a confié Tahar Aissi Ben Arbi, acteur, dramaturge et metteur-en-scène. Il était avec une foule de jeunes de théâtre, de danse, de scénographie.


Dans la même file d’attente, nous avons croisé Habib Belhedi. Lui s'enorgueillit de l’ouverture samedi dernier de “CinemAfricArt”, tout comme ses autres potes, des cinéphiles avertis. Comment se fait-il que vous n’êtes pas de l’autre côté en train d’assister à l’ouverture des JCE? Réponse de Belhedi : “Tout d’abord, j’adore ce que fait Rabiî Marouah. Secundo, le théâtre n’intéresse beaucoup et c’est l’occasion de découvrir ce que font nos amis hors de nos frontières surtout que le théâtre (le bon, je veux dire) est devenu rare dans la cité. De ce genre de manifestations régionales, je souhaite qu’on s’intéresse un peu plus. C’est bien de les organiser mais il faut multiplier les rendez-vous le long de l’année”.


Le théâtre de poche de Ness El Fen était plein comme un œuf et les gens faisaient encore la queue au seuil de la porte. On a dû ajouter à droite et à gauche des chaises. Mais ça n’a pas résolu le problème. Quelques fans des tréteaux ont rebroussé chemin presque déçus mais dans l’espoir de revenir le lendemain un peu plus tôt pour d’autres moments. Le moment le plus fort aura été le 9 Novembre au théâtre municipal avec Anne Teresa de Keers maeker, directrice de la compagnie Rosas, Bruxelles qui dessina ses mouvements et sa chorégraphie moderne bien en solo avant d’aller le 11 novembre à New-York pour un autre spectacle, en solo Madame, on le sait, est une grande du théâtre dansant. Elle n’est pas loin de l’Allemande Pina Bausch, cette autre légende.


21 heures à Sidi Bou. Ennejma Ezzahra est tout en lumières. Et pour cause. Pierre Vaïna a déjà ouvert les Couleurs Jazz VI, depuis une demi-heure. Et c’est avec son projet El Funduq héritage. Au programme de la soirée, un jazz moderne, bariolé de pas mal d’influences. Il y a les Fabien Fiorini, Hafidh Abdelaziz, Najib Gamoura, Pierre Vandermael, Lara Roseel et David Braeders. Et il y a du saxo, du piano, des tambourins, une guitare, une contrebasse, une batterie et des airs nouveaux.


La manifestation, on le sait, est orchestrée par le Centre des Musiques Arabes et Méditerranéennes en collaboration avec la Délégation Wallonie - Bruxelles de Tunis. La salle n’était pas pleine, résultat d’un manque flagrant de communication.


De retour à Tunis, on a éteint les lumières de la salle de réception de l’Africa. On a changé de lieu. Le Mondial a libéré la scène pour la danse et la musique. Puis il n’est resté que les cinéphiles les plus avertis et ces derniers ont fait le plein de la salle de la rue Ibn Khaldoun.


L’ouverture des JCE était faite par le Portugal. “André Valente”, sorti en 2003, réalisé par Catarin Ruivo a tenu en haleine ce beau monde près   de 71 minutes, terminées sur une note de tendresse.


On clôture la journée épuisé, une tête bien lourde et un peu trop saturée.


De tout ce qui a précédé, il est aisé de tirer des conclusions édifiantes. La première, c’est que autant on se réjouit de cette profusion de manifestations culturelles qui introduisent une dynamique louable dans la ville, autant on se pose des questions objectives liées à la programmation. En effet, cette concentration inhabituelle ne meuble pas malheureusement le vide qui se fait sentir durant l’année. Ceci agace tout le monde. Pourtant les choses sont si simples. Il suffit de se mettre d’accord bien à l’avance sur les dates de ces festivals et de les étaler sur les douze mois d’une façon équitable. C’est tout bonnement une affaire de goût et de métier.


 

Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com