Exposition : Femmes otages… des clichés !






Une exposition, ô combien significative: «Femmes d’images», celle qui se tient jusqu’à la fin du mois au Palais Kheireddine. Une œuvre conjuguée au féminin pluriel relatant la vision occidentalisée, non exempte de préjugés, portée sur la femme arabe!


 


Quelle image peut-on véhiculer de la femme arabe sans pour autant la couler dans des moules préfabriqués?


C’est dire qu’en dehors du confort intellectuel que confèrent certaines idées reçues basées sur des présomptions non fondées, peut-on penser la femme arabe, la musulmane, bien entendu, sans tomber dans le piège d’une subtile diabolisation d’une religion monothéiste, l’Islam, qui croit en l’unicité du créateur?


Ce sont là quelques unes des questions, qui passent par l’esprit du visiteur averti de l’exposition «Femmes d’images», produite par Culture France et organisée par l’Institut français de coopération.


L’exposition collective regroupe dix femmes artistes entre photographes et vidéastes originaires du Monde arabe ou tout simplement qui y ont vécu.


«Femmes d’images» comporte deux volets: le premier concerne l’œuvre «Fragments d’intimité» qui narre une expérience personnelle de chacune des artistes arabes, Amal Saade (née à Beyrouth et vit entre Paris et son pays d’origine), Farida Hamak (photographe française d’origine algérienne), Jananne Al Ani, Majida Khattari (vidéaste et plasticienne marocaine) et Rana El Nemr (originaire d’Egypte), etc.


Le deuxième volet de l’exposition est titré «Espace privé» qui relate la vision des femmes tunisiennes sur elles-mêmes. Et comme toute œuvre artistique qui se présente à nous, l’art de la photo ou de la vidéo ici présent peut être apprécié par les uns comme rejeté par les autres.


Les jugements de valeur, c’est relatif. N’est-ce pas ?


On aime beaucoup le travail de Marianne Catzaras sur le thème du mariage. L’artiste, née en Tunisie de parents grecs,  construit un monde imaginaire à partir de mises en scène, il faut dire, qui ébranlent et dérangent même si l’on ne partage pas  son avis sur les faits.


Marianne nous montre, dans l’une de ses compositions photographiques, une mariée qui peut être tout le monde et personne, une femme en robe blanche immaculée, placée sur un fond de mur vétuste et délabré, dans une  chambre investie par une population de buffles. Une œuvre surréaliste qui invite à la réflexion sur le rapprochement entre le beau et le laid...


On aime, le diptyque de Jananne Al Ani qui met en scène une image où elle pose, accompagnée de sa mère et ses sœurs dans deux postures différentes qui changent avec la transformation des tenues qui sont tantôt traditionnelles, tantôt occidentales et modernes.


On adore le travail fait par Rula Halawani sur des images anodines rendues, sous son œil artistique, créatives. Née à Al Qods, l’artiste vit en Palestine. Dans son œuvre exposée sous le thème «Intimité», elle reprend des images d’actualité qu’elle restitue d’une manière personnelle.


On aime moins la vidéo de Majida Khattari qui pense ses «rêves de jeunes filles» (titre de son œuvre) non loin des sentiers battus.


On a l’impression que c’est du déjà vu. Majida, en évoquant le mariage au Maroc, ne nous offre pas, malheureusement, la denrée rare mais travaille plutôt sur un thème qui revient à chaque fois comme un leitmotiv quand il s’agit de mettre en exergue le poids de la tradition arabe.


Farida Hamak qui nous parle, en photos, de «L’histoire d’une immigration», celle de sa mère, travaille, elle aussi, sur un thème déjà consommé, à souhait, par les détracteurs de l’Islam. L’artiste, à travers l’expérience de sa mère nous montre que le modèle de libération est bien en Occident. Il faut tout juste «ôter le foulard» et tout ira bien!


Cette idée, on la retrouve explicitée d’une manière différente dans l’œuvre de Rana El Nemr qui photographie des femmes égyptiennes au foulard ressemblant ici à des zambies au regard d’hébété et à l’esprit brouillé!


Pis encore, on est indigné par l’œuvre de l’artiste franco-tunisienne Dorra Dhouib qui rassemble ici en une seule œuvre l’ensemble des préjugés que l’on envoie à la femme musulmane. Des jugements de valeur guidés par une subjectivité obnubilée par la haine et une absence totale de sincérité.


De cette exposition, enrichissante, par ailleurs, on ressort avec des idées plein la tête. Voici un enseignement, en guise de conclusion: il ne s’agit pas aujourd’hui de faire table rase de l’Islam pour résoudre les problèmes du monde mais plutôt de résorber les plaies de l’acculturation pénible des peuples, dont on voit ici-même le résultat.


 


Mona BEN GAMRA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com