Exposition: Les couleurs du bonheur






La plus Tunisienne des Autrichiennes expose jusqu’au 18 novembre ses récents tableaux à la galerie d’Art Essaâdi de Carthage. Des bruissements de l’être et de la nature superposés dans un heureux contraste.


 


Corine Hochwarter est un nom qu’on voit très souvent sur le générique des films, pièces de théâtre, feuilletons télévisés et autres qui se profilent à foison dans le paysage artistique autrichien. Mais jamais il ne nous est venu à l’esprit qu’il s’agit bien de cette Corine Hochwarter, la peintre. Pourtant, son visage nous dit quelque chose. Peut-être lors de ses nombreuses activités artistiques ou tout simplement on l’a croisée de passage à Djerba. Car Corine est fortement séduite par l’île et ses lumières. Au point d’acheter une demeure et d’y habiter le plus clair de l’année. Cela remonte à 20 ans déjà. Cette ancienne étudiante de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, diplômée de la classe de Arik Brauer (une grosse pointure dans les arts plastiques de son pays natal) de l’année 1988-1989, a exposé un peu partout dans le monde et son empreinte est détectable dès le premier regard.


Dans ses 22 travaux accrochés à la galerie carthaginoise sous le titre de Jardin d’amour, il y a beaucoup de la Tunisie d’où elle tire son inspiration avant de donner libre cours à son imaginaire créatif. Que peint-elle exactement? A première vue, on remarque beaucoup de générosité. Elle met plusieurs couches de peinture, l’une sur l’autre, jusqu’à faire apparaître des silhouettes, des natures mortes, des paysages marins, des maisonnettes djerbiennes, noyées dans des atmosphères à la fois chaudes et froides. Un peu de notre Sud et un peu de son Nord. Ses tableaux sont comme un chuchotement qui vient du cœur de son environnement. C’est-à-dire un étroit lien entre les brumes et les lumières du soleil. Les couleurs mates composent avec bonheur avec les autres éclatantes et chez elle il y a toujours ce plan voilé mais qui s’étend à la fois sur une surface immaculée, claire comme l’eau de roche. Où on peut dire que cette luminosité, cette tolérance, cet esprit de cohabitation, ce regard croisé entre deux mondes qui triomphent de paix en pointillé, en tacheté venant de l’être. De son intérieur paisible plein d’accords et d’harmonie. Une harmonie qui nous trouble. Corine Hochwarter et sa peinture ressemblent à tout cela à la fois. Ses «Dunes», «Jarres de Guellala», «L’olivier de l’Ile», «Dans l’ombre», «Disait Voltaire», «Souvenir d’été», «Vers le soleil», «Rêve d’amour», «Verdure d’ét黅 et autres «Lune d’automne» sont comme un chant, un rituel qui fleure bon cette douce musique qui vint du tréfonds de l’homme. Une musicalité quasi parfaite qui nous renvoie à un jardin parfait. Un jardin pur comme celui qu’on nous raconte sur l’Eden. Cette musicalité qui anime Corine est une musicalité qui vient de ses gênes. Car il ne faut pas oublier que cette grande actrice d’Autriche est la petite-fille (côté maternel) d’une musicienne professionnelle et d’un chef d’orchestre de la commune de Vienne. «J’aime la nature, la vie et mes couleurs sont à la fois vivantes et calmes», nous a-t-elle confié.


En effet, Corine n’est pas dans un rêve. Mais son rêve est une idée qu’elle projette dans l’impression, dans la nature. C’est la joie d’une femme qui aime mélanger les contrastes, mais calmement, sans colère. Grâce peut-être à cette «lumière djerbienne qui lui donne de l’inspiration», ajoute son mari, un écrivain et réalisateur. Wolfgang Lesowsky lui aussi, comme son épouse Corine, affectionne l’image, l’écran, les scènes et les lumières. Il est réalisateur et a produit pas moins de sept films documentaires sur nos artistes peintres et autres. Tous deux aiment les bleu, vert, ocre et tous les reliefs de leur Tunisie adoptive et ils ne cachent pas leur petite dose de bonheur. C’est en fait leur «voix» qui jaillit d’un paradis terrestre.


 

Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com