Théâtre: To be or not be… dramaturge






Ils sont venus du pays de Shakespeare et de la Royal Court pour animer des master classes et donner un coup de pouce au théâtre du Sud. Avec quelques becquées et la touche des professionnels, l’œuvre sera, Inchallah, au complet dans quelques mois.


Le week-end dernier, les portes de Dar Lasram dans la vieille ville étaient béantes. A l’intérieur, il y a du bruit. Un bruit inhabituel qui résonne saccadé. Au fur et à mesure de notre aproche - traversant le patio qui nous conduit jusqu’à une grande pièce agencée avec un grand goût, le tout tiré d’une architecture aux couleurs de l’Espagne andalouse -, les voix sont de moins en moins confuses. Et c’est l’anglais qui émerge le plus. Mais on reconnaît aussi l’arabe tunisien, celui du Maroc, du Liban…


Au total, il y a dans les vingt jeunes qui aiment perfectionner leur passion. Et ce n’est pas avec n’importe qui. Leurs formateurs viennent de la Royal Court en collaboration avec le British Council. Ils sont les David Greig, April De Angezis et Elyse Dogson. Tous sont des encadreurs du Royal Court Theater. Cette compagnie de renom cherche dans le cadre d’un meilleur échange culturel entre l’Angleterre et les pays arabes à propulser des talents.


«Tout au début, c’est une idée qui a germé au printemps dernier et on s’est dit pourquoi pas une collaboration avec cette compagnie londonienne qui circule avec tout son poids de par le monde. Surtout avec le Mexique et la Russie. Cette compagnie a un objectif scénique. C’est-à-dire élever le niveau de l’art dramatique dans le texte, la mise en forme avec les effets de la scène et donner de l’aura à ce théâtre qui ne vole pas assez haut dans notre région», nous raconte Chaïma Hamed, auteur de théâtre en Alexandrie. C’était entre midi-deux au moment de la pause après trois heures de formation et avant de reprendre le work-shop de l’après-midi de ce jeudi, deuxième jour de formation. Elle était entourée de David, April et Elyse. Mais aussi de Adnen, Abderrahim, Amani et les autres. Les autres ont profité du beau-temps pour aller visiter la Médina, contempler ses portes et ne pas oublier de grignoter quelque chose sur leur chemin avant de revenir reprendre leur écrit.


 


J'écris mon texte


Le projet est apparemment prometteur. «Car l’écriture est le matelas confortable du 4ème Art. Et on va dans un premier temps se limiter au vocabulaire dramaturgique des jeunes d’aujourd’hui», ajoute l’Egyptienne.


«Le dramaturge de la Scotland David Greig nous met sur les bons axes de l’écriture théâtrale qui fait la réputation de l’Angleterre. Et ce n’est pas l’école française qui travaille beaucoup plus sur la mise en scène. Il faut reconnaître que dans notre région arabe, il existe une carence dans l’écriture. Nous avons saisi cette opportunité pour améliorer la construction de nos textes de base», nous explique encore une fois Chaïma.


Commencé il y a six mois en Syrie, ce projet d’une année passe par pas mal d’étapes et Tunis est un processus. Mais avant de se produire avec le texte final à Londres, il y aura une autre station. Ça va être peut-être en Egypte ou si tout va bien politiquement au Liban.


Ce groupe est composé de plusieurs nationalités. Il y a les Tunisiens tout d’abord (Samia Amami, Elyès Laâbidi et Alaeddine Chouiref), puis d’autres de l’Egypte, du Maroc, de la Jordanie, de la Syrie, du Liban, et de La Palestine. Et de chaque pays, il y a trois jeunes. Tous ont entre 20 et 30 ans, sauf la Jordanienne Amani Zouaoui qui a seulement 19 ans et elle est étudiante en anglais.


Sur quelle base ont été sélectionnés les candidats à ces ateliers? Réponse de David G: «Nous avons mis des critères et on a eu 120 demandes. Nous comptons tout d’abord sur l’intérêt au théâtre, l’expérience et l’âge qui ne doit pas trop dépasser les trente ans. Nous aimons travailler sur le thème de l’identité et cette génération de la région qui nous propose une palette de thèmes et d’idées. Quand ces jeunes nous ont présenté leur texte, nous avons senti que l’écriture au Sud n’est pas morte, mais elle a besoin d’un nouveau souffle et un nouveau sang. Ce que nous tentons de faire avec ces jeunes, c’est revoir, corriger et donner de la teneur au thème choisi par eux». Et d’ajouter que leurs «candidats travaillent librement. Nous ne leur posons aucune contrainte. On n’impose rien. C’est leur sensibilité».


 


On reprend et on corrige


Pour Chaïma (encore !), elle a vraiment tiré profit des deux jours précédents. «J’écris des textes courts et pour moi, c’est une occasion pour reprendre mes idées avec ces encadreurs d’envergure et surtout de débattre de mon thème avec mes pairs arabes. Car j’estime qu’on est confronté tous aux mêmes problèmes».


Jawad Sounani est d’origine marocaine mais il a choisi Lyon (France) pour son Dabateatr fondé il y a 3 ans. Ce metteur en scène aime mélanger dans son théâtre la danse, la musique et les ambiances méditerranéennes de la France profonde. Ce jeune s’est déjà produit avec sa compagnie à Montréal, à Buccarest et ailleurs.


Abderrahim Al Âwji vient du Liban et il voit que les écritures dans cette région ne se ressemblent pas.


«La raison en est toute simple, car le théâtre dépend de la politique. Les problèmes qui se posent par exemple dans le théâtre tunisien sont loin d’être ceux de l’anarchie du Liban. Celui de la Tunisie est  basé sur une belle narration où il y a à la fois élégance et esthétique. Quand à nous, nous avons perdu tout cela. Notre priorité est le thème de la Terre».


De la Syrie, Adnan Aloûda nous raconte  que les premiers travaux qui ont eu lieu dans son pays «étaient de base. Mais cette rencontre à Tunis va nous permettre de mettre au propre les brouillons qu’on a esquissés». Sa voisine, la Jordanienne Rawane Barakat, qui étudie les arts dramatiques est fière de voir son texte plus élaboré, plus rythmé. «Ça n’a rien à voir avec mon premier jet. Maintenant, c’est autre chose», dit-elle.


Ces futurs auteurs de dramaturgie arabe s’enorgueillissent d’avoir rencontré la veille Fadhel Jaïbi et surtout d’assister à son Khamsoun au théâtre municipal de Tunis et de discuter de son thème d’actualité brûlante sur le terrorisme. Sur l’agenda des jeunes qu’a validé le British Council de Tunis, il y a la pièce de théâtre Le Fou de Taoufik Jebali. Un autre rendez-vous  à El Hamra chez Ezzeddine Gannoun n’est pas non plus exclu.


Il est quatorze heures et quelques. Tout le groupe est là. On se sert un petit café ou thé (du genre remontant) et on se prépare autour d’une table pour lire, écouter, débattre et se fixer les idées. Et être bien dans le corps et l’esprit du théâtre.


 


Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com